Test Blu-ray : Dracula père et fils

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Dracula père et fils

France : 1976
Titre original : –
Réalisation : Édouard Molinaro
Scénario : Alain Godard, Jean-Marie Poiré, Édouard Molinaro
Acteurs : Christopher Lee, Bernard Menez, Marie-Hélène Breillat
Éditeur : Gaumont
Durée : 1h39
Genre : Comédie, Fantastique
Date de sortie cinéma : 15 septembre 1976
Date de sortie DVD/BR : 1 décembre 2023

Cette comédie débridée met en scène le comte Dracula et son fils, chassés de leur château par le gouvernement roumain. Séparés après de multiples péripéties, le père échoue à Londres où il devient une vedette de films fantastiques et le fils à Paris où il mène la vie obscure des travailleurs immigrés. Mais le hasard va les réunir…

Le film

[3/5]

La carrière de Christopher Lee a été relancée au début des années 2000. Alors âgé de plus de 80 ans, il intégrerait en effet le casting de deux sagas cinématographiques majeures : Star Wars, dans laquelle il incarnerait le sinistre comte Dooku (la balayette), et Le Seigneur des anneaux au cœur de laquelle il prêterait ses traits au méchant Saroumane. Avant ce sursaut dans sa carrière, l’acteur britannique était surtout connu pour avoir incarné à de nombreuses reprises le comte Dracula, pour la Hammer Films, mais également pour d’autres cinéastes. Entre 1958 et 1976, Christopher Lee avait donc incarné Dracula à neuf reprises sur grand écran – un rôle qui, sans mauvais jeu de mot, avait littéralement vampirisé sa carrière avant 2001.

D’une façon assez surprenante, sa dernière interprétation à l’écran du Prince des ténèbres ne s’est pas faite au Royaume-Uni, sous les couleurs de la Hammer Films, mais dans une comédie française, Dracula père et fils. Un immense malentendu semble aujourd’hui planer autour de ce film. En effet, avec presque cinquante ans de recul, le cinéphile contemporain aurait volontiers tendance à classer le film d’Édouard Molinaro aux côtés des « nanars » de la comédie française s’étant laborieusement essayés à s’approprier les grands mythes du fantastique (Les Charlots contre Dracula en 1980, Frankenstein 90 en 1984…). Mais Dracula père et fils n’est pas tout à fait de ce bois-là.

Le film d’Édouard Molinaro n’est en effet pas la farce potache que l’on aurait pu attendre : il s’agit en réalité de l’adaptation d’un roman de Claude Klotz (alias Patrick Cauvin), « Paris Vampire », sorti aux Éditions Jean-Claude Lattès en 1970. Le roman mélangeait le mythe de Dracula avec une forte conscience sociale, née de son expérience en tant qu’enseignant dans des lycées de la région parisienne, et de sa vie dans un HLM à Sarcelles. Il n’est de fait pas étonnant que Dracula père et fils s’impose autant comme un conte fantastique que comme une dénonciation des conditions de vie des immigrés à Paris dans les années 70.

Dracula père et fils met donc face à face un duo improbable, composé par Christopher Lee et Bernard Menez. Christopher Lee y endosse pour la dernière fois de sa carrière la cape de Dracula, tandis que Bernard Menez incarne Ferdinand, le fils du vampire. Ferdinand est un vampire en mode Peace & Love, qui rêve de de mener une vie « normale » et refuse de se nourrir du sang de ses contemporains. Si ce postulat du vampire qui refuse sa condition a fait l’objet de nombreux films ces cinquante dernières années, en 1976, c’était une idée encore assez fraîche, et le traitement qu’en proposent Édouard Molinaro et ses coscénaristes Alain Godard et Jean-Marie Poiré est assez original et réussi.

En dépit que quelques « gags », essentiellement concentrés sur la première bobine, Dracula père et fils ne joue pas la carte de la rigolade débridée, ou de la farce légère destinée à provoquer chez le spectateur d’incontrôlables crises de rire. Quelques éléments de décor peuvent prêter à sourire, à la façon de ce couffin en forme de petit cercueil qui ferait rêver n’importe quel couple gothique, mais globalement, le film fait plutôt dans le comique de situation. Ne pouvant plus vivre dans leur château de Transylvanie, le Comte et Ferdinand vont, chacun à leur façon, essayer de trouver leur place dans un monde contemporain qu’ils ne comprennent pas réellement.

Habile technicien, Édouard Molinaro parvient également à nous proposer dans les premières minutes de Dracula père et fils un hommage flamboyant aux productions de la Hammer, mais le film ne persévérera pas bien longtemps dans cette voie, préférant faire un saut dans le temps qui sera plus à même de nous proposer une réflexion sur la relation père / fils dysfonctionnelle entre les deux personnages principaux.

Mais Dracula père et fils possède un sous-texte un peu plus sérieux : la représentation que propose le film des dérives sociales de la France des années 70 ne prête quant à elle pas vraiment à sourire. Le film met en effet en scène de nombreux immigrés vivant dans des taudis et obligés de subir un violent racisme de la part des français. La tonalité du film est grinçante, et globalement douce-amère, dans le sens où elle nous montre qu’en dépit de ces conditions de vie révoltantes, le bonheur est tout de même possible, notamment grâce à la solidarité qui existe entre ces immigrés venus travailler en France.

Du côté du casting, outre Bernard Menez et Christopher Lee (qui s’exprime dans un français parfait tout au long de Dracula père et fils), on pourra reconnaître à l’écran Marie-Hélène Breillat (épouse d’Édouard Molinaro à l’époque) ainsi que sa sœur, Catherine Breillat, future réalisatrice controversée. Les amoureux du cinéma français des années 70 se régaleront également de retrouver, dans des rôles plus secondaires, des acteurs tels que Gérard Jugnot, Raymond Bussières (L’Aile ou la Cuisse), Jean-Claude Dauphin (Le Choix des armes, Spécial Police), Robert Dalban, grand habitué des films de Georges Lautner et Michel Audiard, ou encore Marthe Villalonga (Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au paradis).

Le Blu-ray

[4,5/5]

Dracula père et fils vient donc d’arriver en Blu-ray sous les couleurs de Gaumont, et vient grossir les rangs de sa riche collection Blu-ray Découverte (parfois également appelée Gaumont découverte en Blu-ray). Le master restauré est assez irréprochable : le piqué est précis, et les couleurs / les contrastes retrouvent une nouvelle jeunesse, tout en respectant scrupuleusement le grain argentique d’origine. Les plans dits « à effets » sont naturellement plus doux que les autres, mais l’ensemble est globalement très bien tenu. Côté son, le film nous est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, et le rendu acoustique s’avère clair et parfaitement équilibré. Du beau travail !

Du côté des suppléments, on commencera par un entretien avec Bernard Menez (26 minutes). L’acteur y remettra le film dans son contexte de tournage, et se remémorera différentes anecdotes liées au film : on apprendra notamment que la production avait évoqué la possibilité d’embaucher, en lieu et place de Christopher Lee, un autre acteur mythique de la Hammer : Peter Cushing. Ce choix aurait, selon Bernard Menez, été plus cohérent d’un point de vue purement « physique ». On terminera avec trois véritables raretés : trois courts-métrages réalisés par Édouard Molinaro et proposés en Haute-Définition. On commencera avec un amusant hommage au cinéma muet, L’honneur est sauf (1954, 17 minutes), une formidable comédie chorale suivant des policiers dans Paris, Appelez le 17 (1957, 23 minutes) et un très intéressant documentaire, Nous, l’Europe (1957, 20 minutes). La traditionnelle bande-annonce clôturera la section bonus.

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