Test Blu-ray : Coffret Lino Brocka – Manille + Insiang

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Du cinéma en provenance d’Asie du Sud-Est, on connait surtout quelques cinéastes originaires de Thaïlande (Apichatpong Weerasethakul), du Vietnam (Tran Anh Hung) ou même d’Indonésie (Joko Anwar). Mais le cinéma de cette partie du monde ne se résume pas aux high-kicks dans les rouleaux généreusement portés par le bondissant Tony Jaa… Ainsi, si son nom ne dira à priori probablement rien au cinéphile contemporain, demeure pourtant le cinéaste philippin le plus (re)connu à travers le monde ; on remercie donc chaleureusement , qui vient de prendre le pari de remettre son œuvre sur le devant de la scène avec l’édition de deux chefs-d’œuvre issus de sa riche filmographie. Réunis pour la première fois au sein d’un Coffret Collector Limité contenant deux Blu-ray et un DVD, les bouleversants et seront disponibles dès le 7 juin en version restaurée, accompagnés en exclusivité du documentaire Retour à Manille : le cinéma philippin réalisé par Hubert Niogret.

 

 

Manille


Philippines : 1975
Titre original : Maynila sa mga Kuko ng Liwanag
Réalisateur : Lino Brocka
Scénario : .
Acteurs : , , .
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 2h06
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 28 avril 1982
Date de sortie DVD/BR : 7 juin 2017

 

 

Julio, 21 ans, a quitté il y a sept mois son village de pêcheurs pour Manille afin de retrouver sa fiancée, Ligaya. Cette dernière s’en est aussi allée à la capitale où du travail l’attendait. Mais lorsqu’elle a cessé de donner des nouvelles, Julio a tout laissé derrière lui pour partir à la recherche de sa bien-aimée. Bientôt à court d’argent, il se fait embaucher comme ouvrier sur un chantier. Julio découvre peu à peu l’univers du sous-prolétariat à Manille entre prostitution, corruption et pauvreté extrême…

 

 

Insiang


Philippines : 1976
Titre original : –
Réalisateur : Lino Brocka
Scénario : Mario O’Hara, Lamberto E. Antonio
Acteurs : Hilda Koronel, ,
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 1h34
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 28 avril 1982
Date de sortie DVD/BR : 7 juin 2017

 

 

Insiang habite un bidonville de Manille avec sa mère, la tyrannique Tonya. Les deux femmes hébergent également la famille du père, parti du domicile conjugal avec sa maîtresse. Insiang se démène corps et âme pour survivre dans ce quartier où chômage et alcoolisme font partie intégrante du quotidien. Elle ne cesse de presser son petit ami Bebot de l’épouser afin de quitter ce lieu de misère au plus vite. Un jour, Tonya chasse sa belle-famille de chez elle et ramène à la place son nouvel amant, Dado, le caïd du quartier, en âge d’être son fils. Ce dernier tombe rapidement sous le charme de sa nouvelle « belle-fille »…

 

 

Les films

[4/5]

Qui était donc Lino Brocka ? Carlotta nous l’explique de façon très vivante et synthétique sur son site Internet : « Né en 1939 et mort prématurément en 1991 à l’âge de 52 ans, Lino Brocka est unanimement salué comme l’un des plus importants cinéastes philippins, et surtout l’un de ses plus célèbres représentants à l’étranger. (…) C’est dans les années 1970 – alors que le régime dictatorial de Ferdinand Marcos est en place depuis 1965 – qu’un petit nombre de réalisateurs commencent à prendre des risques et qu’émerge pour la première fois un cinéma indépendant philippin, dont Lino Brocka sera la tête de file. Il réalise en 1970 son premier long-métrage, Wanted : Perfect Mother, pierre angulaire d’une œuvre qui comptera plus de 60 films. Son premier gros succès est Tinimbang ka ngunit kulang (jamais sorti en France), portrait sans concession de la société philippine qui obtient de nombreuses récompenses dans son pays. Suite à ce succès, Lino Brocka crée sa propre société de production, CineManila. Il réalise ensuite ses deux chefs d’œuvre, Manille et Insiang, sortis respectivement en 1975 et 1976, qui consacreront son auteur et lui ouvriront les portes de l’international en partie grâce à la sélection d’Insiang au Festival de Cannes de 1978 (à la Quinzaine des Réalisateurs). Par la suite, plusieurs de ses films seront sélectionnés à ce festival, parfois dans la prestigieuse compétition officielle. Lino Brocka est connu pour être un cinéaste très engagé politiquement – l’un des seuls dans son pays –, osant s’attaquer à des sujets sociétaux très forts, tels que la pauvreté, l’homosexualité ou les marginaux en général. Ce refus de la langue de bois lui vaut beaucoup de problèmes avec le pouvoir en place, le cinéaste devant ruser pour éviter la censure – ce qui ne l’empêchera pas de faire un court séjour en prison. À travers sa filmographie, Brocka fait le choix de s’adresser à un public populaire ; en alternant films « commerciaux » et films plus ambitieux politiquement et esthétiquement, le réalisateur souhaite élever le niveau du cinéma national tout en éveillant les consciences de ses concitoyens. Grâce aux films de Lino Brocka, le monde entier a pu découvrir tout un pan inconnu du cinéma asiatique. Quant à son auteur, il est désormais considéré comme un véritable « héros national » en son pays, ayant contribué à sa façon à la chute de la dictature Marcos. »

 

 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la découverte, quarante ans après leur réalisation, des deux œuvres « coup de poing » que sont Manille et Insiang aura assurément de quoi bouleverser le spectateur. Ce diptyque social et naturaliste, encore plus fort et troublant quand il aborde la condition féminine (Insiang), aura en effet à coup sûr un impact sur le public comparable à celui créé par de grands films unanimement reconnus tels que Pixote, la loi du plus faible d’Hector Babenco (1981) pour le Brésil, ou Los olvidados de Luis Buñuel (1950) pour le Mexique. De la même façon que Babenco et Buñuel, Lino Brocka dévoile sans la moindre concession le malaise social des Philippines dans les années 70. Vivant, grouillant de personnages, et littéralement plongé au cœur de l’environnement des personnages (dans la rue, au travail…), le cinéma de Lino Brocka épate par sa modernité, sa caméra très mobile, son rythme, et même jusque dans ses thématiques, qui dans le brillant Insiang (qui, vous l’aurez compris, se situe formellement et narrativement encore un cran au-dessus de Manille), slalome volontiers entre le mélodrame d’influence néoréaliste pour aller presque côtoyer le cinéma de genre à travers la vengeance et les manipulations du personnage principal, qui rend la monnaie de leur pièce à tous les hommes qui l’ont fait souffrir.

 

 

Le coffret Blu-ray

[5/5]

Le coffret Blu-ray édité par Carlotta, disponible dès le 7 juin dans toutes les bonnes crèmeries, est difficile à prendre en défaut : qu’il s’agisse de la qualité des masters ou des suppléments, on est vraiment en présence d’une édition « collector » de haute volée. L’image conserve son rugueux grain d’origine, en adéquation absolue avec le sujet abordé par les films, mais propose une définition et un piqué d’une belle précision. Le format des deux films est évidemment respecté, et les masters s’avèrent de très bonne tenue, le tout ne faiblissant qu’en de très rares occasions, certains plans étant probablement un poil plus abimés que d’autres. Côté son, la VO est proposée en DTS-HD Master Audio 1.0 dans les deux cas et s’avère tout à fait nette et claire.

Du côté des suppléments, on se retrouve vraiment avec une pléiade de bonus dont la richesse est vraiment étonnante. Chacun des deux films a droit à une présentation de Pierre Rissient, remettant brillamment les films dans leur contexte historique ; Manille bénéficie également d’une introduction par Martin Scorsese, à qui l’on doit la restauration du film et la redécouverte de Lino Brocka. À cela viendront s’ajouter quelques passionnants documentaires d’époque : un reportage sur Manille de 1975 et Signé : Lino Brocka, un documentaire consacré au cinéaste tourné en 1987 par Christian Blackwood. On terminera avec les traditionnelles bandes-annonces et galeries photos.

On notera également que si les deux films sont disponibles à l’unité, le coffret édité par Carlotta propose néanmoins un bonus inédit : un DVD supplémentaire contenant le très intéressant documentaire Retour à Manille : le cinéma philippin (Hubert Niogret, 2010).

 

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