Critique : Ce qui nous lie (deuxième avis)

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France : 2017
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Cédric Klapisch, Santiago Amigorena,
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h53
Genre : drame, comédie
Date de sortie : 14 juin 2017

3/5

Le dernier long métrage de fiction de Cédric Klapisch était sorti sur nos écrans à la fin de l’année 2013. Il s’agissait de Casse-tête chinois, le dernier volet de la trilogie commencée en 2002 avec L’auberge espagnole, continuée en 2004 avec Les poupées russes et tournant autour du personnage de Xavier, interprété par Romain Duris. Ce qui nous lie faisait partie des projets de Klapisch depuis 2010, mais trouvant que beaucoup de temps s’était déjà écoulé depuis Les poupées russes, il a préféré tourner Casse-tête chinois avant de s’attaquer à ce film sur le monde du vin.

Synopsis : Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent. .

Le retour du fils aîné

Parti depuis 10 ans bien loin de sa Bourgogne natale et de l’exploitation vitivinicole familiale, parti parce qu’il ne s’entendait pas bien avec son père, voici Jean qui revient, au moment même où les vendanges vont commencer. Jean, c’est le fils aîné, celui qui aurait dû seconder son père et reprendre un jour l’exploitation. Sauf que ce père n’avait que trop tendance à rendre Jean responsable du comportement de Juliette et de Jérémie, sa sœur et son frère. D’où ce départ pour un tour du monde qui s’est terminé en Australie où Jean s’occupe dorénavant d’une exploitation vitivinicole et où il a entraîné Alicia, une compagne rencontrée en Amérique du sud, compagne avec qui il a eu un fils, Ben, mais avec qui les rapports du moment semblent difficiles. Du fait de l’absence de Jean, c’est Juliette qui, après avoir secondé son père, a pris en main l’exploitation, aidée par Marcel, le fidèle employé du domaine, lorsque ce père est tombé gravement malade. Quant à Jérémie, le petit dernier, celui qu’on n’écoute jamais même lorsqu’il a raison, il est marié avec Océane, l’héritière d’un domaine voisin, et il n’a pas toujours la vie facile avec ses beaux-parents.

Son retour au pays, motivé par la grave maladie de son père, Jean l’a commencé par une visite auprès de ce dernier, à l’hôpital, ce qui vaut au spectateur une des plus belles scènes de Ce qui nous lie, scène d’autant plus belle qu’elle n’est montrée qu’au milieu du film, après qu’on ait appris les rapports difficiles existant entre les deux hommes. Une scène où on ne voit que la main de ce père, allongé sur son lit, une main que Jean va serrer avec affection. Une affection que l’on retrouve dans les rapports entre Jean, Juliette et Jérémie même si, parfois, ils deviennent plus tendus. Il faut dire que la mort du père va entraîner des problèmes liés à l’héritage avec, en particulier, la décision à prendre afin de pouvoir payer les frais de succession.

Un film, trois volets

Cinéaste des milieux urbains mais, dès son plus jeune âge, rendu amoureux du bon vin par son père, Cédric Klapisch a commencé a avoir en tête une fiction consacrée au monde du vin à la vision de Mondovino. En bon parisien, c’est un monde qu’il connaissait très mal mais il a eu le mérite de passer beaucoup de temps à se renseigner, allant à la rencontre d’une quarantaine d’exploitants. Il a eu aussi la chance de pouvoir compter sur Jean-Marc Roulot, un comédien vigneron qui a contribué à l’écriture du scénario, qui a fait en sorte que ce monde vitivinicole soit montré de façon parfaitement crédible, qui interprète le rôle de Marcel et dans le domaine duquel de nombreuses scènes ont été tournées. En fait, Klapisch était client de Roulot depuis 25 ans et, de toute façon, il n’envisageait pas de tourner son film ailleurs qu’en Bourgogne, une région où les exploitations sont encore souvent familiales.

On peut voir 3 registres dans Ce qui nous lie, un qui est totalement documentaire, un autre qui n’en est pas très loin et un dernier vraiment fictionnel. Le premier est consacré à la vie d’une exploitation vitivinicole sur une période de 12 mois. Il commence par des vendanges et se termine un an après, sur de nouvelles vendanges. Il a nécessité un tournage très particulier : quatre sessions de 3 à 4 semaines chacune, chacune de ces sessions étant liées à une saison et montrant ce qu’est, dans une exploitation vitivinicole, l’activité qui s’y déroule. Ce registre est parfaitement documenté et même, osons le dire, trop bien documenté : on a en effet parfois la sensation que Klapisch a voulu trop bien faire et qu’il est tombé dans le défaut du film un peu trop scolaire. Le deuxième registre, proche du documentaire et plutôt bien traité, c’est celui consacré aux problèmes que pose l’héritage entre 3 enfants dans une entreprise familiale comme peut l’être une exploitation vitivinicole. Quant au troisième registre, celui là purement fictionnel , il s’intéresse à l’évolution personnelle de 2 frères et d’une sœur que les événements amènent à intégrer de plain pied le monde des adultes, chacun avec ses propres problèmes, ainsi qu’à l’évolution des rapports qu’ils entretiennent entre eux. Il y a Jean qui passe son temps à hésiter quant à son avenir, Juliette qui s’affirme de plus en plus et Jérémie qui aimerait bien qu’on le prenne, enfin, au sérieux. Le challenge de Klapisch, c’était de faire en sorte que l’articulation entre ces 3 registres se fasse de façon harmonieuse : reconnaissons que, si l’effort pour y arriver est indéniable, le résultat n’est pas toujours pleinement satisfaisant.


Jeu de mots, comédiens, photographie et musique

Il est évident que, connaissant le goût de Klapisch pour les jeux de mots, le titre du film n’a rien d’innocent : le mot « lie » est là tout aussi bien en rapport avec  les liens entre frères et sœurs que pour faire un clin d’œil au monde du vin. De même, le fait que les prénoms de cette fratrie commencent tous par la lettre J (Jean, Juliette, Jérémie auxquels on peut rajouter Julien, le fils de Jérémie) ne doit rien au hasard : il s’agissait pour le réalisateur de contribuer ainsi à renforcer les liens au sein de cette famille.

Si le film souffre de quelques défauts, il a aussi des qualités, la plus importante se situant dans l’interprétation : pour le rôle principal, celui de Jean, Klapisch a fait appel à Pio Marmai, avec qui il souhaitait travailler depuis longtemps. Bonne pioche, le comédien se montrant très à l’aise en trentenaire qui n’avait pas encore vraiment assimilé son statut d’adulte mais qui va progressivement y arriver en se réconciliant avec son passé. A ses côtés, Ana Girardot est parfaite dans le rôle de Juliette, une jeune femme qui prend de l’envergure, à la fois très féminine et sachant tenir tête à ses frères. Quant à François Civil, c’est un jeune comédien prometteur et on lui doit, en particulier, une scène très réussie où il s’invective avec son beau-père sans jamais arriver à terminer une  phrase. Dans les autres rôles, on trouve, entre autres, Jean-Marc Roulot, le comédien vigneron, dans le rôle de Marcel, le fidèle employé de l’exploitation, dans celui du père de la fratrie et et Florence Pernel interprétant les beaux-parents de Jérémie.

Pour réaliser la photographie de son film, Klapisch a choisi de faire appel à , un Directeur de la photographie avec qui il n’avait jamais collaboré mais qui avait le grand mérite d’avoir travaillé sur de nombreux documentaires et qui est habitué à filmer la nature. Quant à la musique, si l’impression de départ est très positive avec, sur le générique de début, la très belle chanson « Red, red, red » interprétée par , si l’idée consistant à utiliser le Cristal Baschet interprété par est plutôt heureuse, on a le droit de trouver que les compositions de et Christophe Minck prennent une place trop importante et nuisent à la montée de l’émotion plutôt que le contraire. Heureusement, la scène de l’hôpital où Jean serre la main de son père est exempte d’accompagnement musical et, franchement, on s’en félicite.

Conclusion

A la vision de Ce qui nous lie, on se félicite de la prestation des interprètes du film et on devrait se féliciter d’avoir trois films pour le prix d’un. Malheureusement, entre le registre consacré au monde du vin, par ailleurs traité parfois de façon un peu trop scolaire, celui consacré aux problèmes que peut poser la réception d’un héritage au sein d’une famille et le registre fictionnel qui s’intéresse à l’évolution personnelle des personnages ainsi qu’aux rapports qu’ils entretiennent entre eux, l’articulation n’est pas toujours heureuse et on ressort de la projection avec l’impression mi-figue, mi-…raisin d’un film qu’on aurait souhaité aimer davantage.


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