Revu sur OCS : MR 73

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© 2007 LGM Productions / Gaumont Production / TF1 Films Production Tous droits réservés

Ce que Thomas Lilti est pour le monde médical, l’est pour celui des flics : un ancien professionnel qui a ramené son savoir-faire dans son nouvel univers cinématographique. L’un comme l’autre, ces réalisateurs sont devenus en quelque sorte les spécialistes en la matière, quitte à se contenter de faire de ces sujets spécifiques leur fond de commerce exclusif. Dans le cas de Marchal, également très actif devant la caméra en tant qu’acteur de personnages pas toujours en uniforme – il suffit de voir sa récente apparition dans Papi sitter de Philippe Guillard dans lequel il joue justement l’adversaire baba cool du gendarme rigide du képi interprété par Gérard Lanvin – , cet attachement monomaniaque s’est soldé pour l’instant par cinq longs-métrages. Le sixième, Bronx avec Jean Reno, reste dans les cartons de la Gaumont, en attendant la réouverture des salles de cinéma post-crise du coronavirus. Parmi ceux qu’on en a vu, il n’y a curieusement qu’une seule œuvre majeure, le magistral 36 quai des Orfèvres sorti en 2004. Les autres, dont , font certes preuve d’une connaissance et d’une compréhension intimes du métier ingrat de flic. Ils se démarquent par contre aussi par une complaisance formelle souvent préjudiciable à l’égard du ton oppressant, qui est supposé régner au sein des brigades de policiers désabusés.

Le personnage principal de ce film-ci est le stéréotype même de l’officier de police au bout du rouleau. se démène comme il le peut avec le rôle peu séduisant d’un ivrogne qui accumule les infractions au règlement, y compris en prenant en otage un bus de ligne qui le ramène dans la mauvaise direction après une soirée de cuite. De nombreuses manœuvres sont tentées par la narration, afin d’expliquer pourquoi le commissaire Schneider est dans un si piètre état. Le dispositif dramatique le plus irritant parmi elles est sans doute le retour en arrière périodique en noir et blanc sur la scène d’un accident de la route, qui aurait anéanti la vie de famille du flic aux états de service exemplaires. Le même subterfuge esthétique est employé pour la même expression bancale d’un traumatisme chez l’autre personnage principal, la fille de parents sauvagement assassinés des années avant que l’intrigue principale n’ait lieu.

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La fausse astuce du scénario de consiste en effet à faire évoluer en parallèle deux histoires distinctes. Ces dernières ne se rejoindront qu’à la fin, lors d’un règlement de comptes général, qui aurait pu fasciner par sa noirceur, s’il ne cherchait à célébrer en même temps le cercle miraculeux de la vie. a la lourde tâche de nous faire adhérer à la tragédie personnelle de son personnage, ce fameux double massacre qui avait autrefois défrayé la chronique et dont elle est pratiquement la seule à présent à avoir gardé des séquelles affectives irréversibles. Toute la charge de la méchanceté se focalise alors sur l’assassin condamné et prêt à être libéré après avoir purgé sa peine, une responsabilité dont s’avère plutôt digne. Il avait par ailleurs tout intérêt à l’être, puisque l’enquête au temps présent sur un tueur en série, lui aussi animé par un mode opératoire monstrueux, avance par tant d’à-coups improbables, que sa solution paraît comme un prétexte paresseux afin de mettre en avant la nature corrompue des rapports de force au sein de la police à Marseille.

Enfin, l’élément qui résume à lui seul l’impression fortement mitigée que nous a laissée ce policier inégal lors de notre visionnage sur le replay d’, ce serait peut-être la musique toujours aussi explicitement directive de . Comme elle, la mise en scène de part un peu dans tous les sens, plutôt que de rester efficacement concentrée sur l’action principale. La mise en parallèle interminable entre le pauvre Auteuil à l’éthique professionnelle en lambeaux et la guère plus vigoureuse Bonamy aura ainsi fini par avoir raison d’un récit, probablement plus percutant s’il avait su éviter un tel éparpillement à la stérilité néfaste.

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