Les sorties du 1er février 2017

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Les Etats-Unis d’Amérique sombrent irrémédiablement, avec chaque nouveau décret du commercial en chef Donald Trump. Il y a de quoi être écœuré par autant de dilettantisme et d’aveuglement idéologique à l’œuvre en une durée si courte. En ces temps crépusculaires pour l’hégémonie américaine en termes de culture, d’économie et de force militaire, deux options s’offrent à nous, observateurs européens impuissants : regarder ce spectacle désolant avec un recul faussement ironique, puisque les conséquences pour l’humanité toute entière risquent d’être néfastes, ou bien aller voir ailleurs pour découvrir de nouveaux repères encore inexplorés. Tandis que nous tentons, au moins depuis ce jour sombre en novembre dernier de l’élection présidentielle américaine, de mettre en avant dans nos chroniques hebdomadaires des films produits hors des sentiers battus hollywoodiens, cette semaine-ci, la beauté empreinte de tristesse du sublime de Barry Jenkins nous oblige à faire une exception. De même, bien que le fond musical ait visiblement agacé notre cher confrère Jean-Jacques, de Pablo Larrain est le genre de drame historique, qui s’emploie à une astucieuse mise en abîme artistique, alors que la réalité – ou de nos jours ces fameux faits alternatifs cités partout – s’avère trop déprimante pour y faire face.

Une tragédie infiniment plus intime se trame dans le documentaire touchant de Anne-Dauphine Julliand sur un groupe d’enfants malades, qui ne perdent pourtant pas le goût de la vie. Eux ont une conception plutôt excentrique de l’existence en général et de leur musique en particulier : les Stooges autour de Iggy Pop, à l’honneur dans le deuxième documentaire remarquable de la semaine, de Jim Jarmusch. Puis, il y a aussi deux curiosités morbides à l’affiche en ce premier mercredi du mois de février, a priori à ne pas mettre devant les yeux des chers bambins qui commenceront dès samedi le cycle des vacances d’hiver, Cruel de Eric Cherrière et de Idan Haguel. Enfin, la locomotive commerciale de cette période faste pour le box-office, , le cinquième film de Dany Boon, ne nous inspire pas plus confiance qu’une énième suite de l’univers de Ring ou les nouveaux films de Hong Sang-soo et de Ang Lee, des maîtres visiblement en petite forme.

Une seule sortie majeure en reprise cette semaine, avec l’Ours d’or du 34ème Festival de Berlin, Love streams Torrents d’amour de John Cassavetes. La 67ème Berlinale commence, quant à elle, dans à peine une semaine et nos préparatifs de voyage et de séjour ont désormais atteint un certain niveau de fébrilité. Car nous espérons y faire une fois de plus de belles découvertes cinématographiques, au moins aussi stimulantes et exigeantes que les films de Lav Diaz, récompensé l’année dernière pour son film-fleuve de plus de huit heures, Berceuse pour un sombre mystère, qui devrait sortir miraculeusement en France au printemps. En guise d’avant-goût, c’est son Lion d’or du dernier Festival de Venise, qui ne dure « que » près de quatre heures, qui sera projeté dans une dizaine de salles aussi exemplaires que téméraires. Dans un monde pris dans l’étau de la folie despotique, quoi de plus fou du coup que de se laisser transporter par le style éminemment contemplatif du réalisateur philippin ?


de F. Javier Gutierrez (Etats-Unis, Horreur, 1h42) avec Aimee Teegarden, Johnny Galecki et Laura Wiggins

Cruel de Eric Cherrière (France, Thriller, 1h48, distribué sur 15 copies) avec Jean-Jacques Lelte, Magali Moreau et Maurice Poli

de Anne-Dauphine Julliand (France, Documentaire, 1h19, distribué sur 70 copies)

de Lav Diaz (Philippines, Drame, 3h46, distribué sur 13 copies) avec Charo Santos-Concio, John Lloyd Cruz et Michael De Mesa

de Jim Jarmusch (Etats-Unis, Documentaire, 1h48, distribué sur 42 copies) (critique)

de Idan Haguel (Israël, Drame, 1h12) avec Ilanit Ben Yaakov, Mohammad Bakri et Galia Isay

de Pablo Larrain (Etats-Unis, Drame historique, 1h40, distribué sur 210 copies) avec Natalie Portman, Peter Sarsgard et Greta Gerwig (critique)

de Barry Jenkins (Etats-Unis, Drame, 1h50, distribué sur 86 copies) avec Trevante Rhodes, Naomie Harris et Mahershala Ali (critique)

de Dany Boon (France, Comédie, 1h45, distribué sur 771 copies) avec Alice Pol, Dany Boon et Michel Blanc

de Pierre Core (France, Animation, 1h30, distribué sur 492 copies)

de Christophe Leclaire (France, Fantastique, 0h57) avec Frantz Herman, Cindy Rodrigues et Fabio Alessandrini

Tout un monde lointain de Alain Mazars (Birmanie, Drame, 1h28) avec Win Thiri New, Ma Phyu et Moe Moe Khaing

Un jour dans la vie de Billy Lynn de Ang Lee (Etats-Unis, Drame, 1h50) avec Kristen Stewart, Chris Tucker et Garrett Hedlund

de Hong Sang-soo (Corée du Sud, Comédie dramatique, 1h26, distribué sur 27 copies) avec Kim Ju-hyuck et Lee You-young

Reprise

 

Love streams Torrents d’amour (1983) de John Cassavetes (Etats-Unis, Drame conjugal, 2h20, distribué sur 9 copies) avec Gena Rowlands, John Cassavetes et Diahnne Abbott

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