News — 10 juin 2019
Les Oscars d’honneur 2019
Cicely Tyson, Kathleen Kennedy, Frank Marshall, Lalo Schifrin et Marvin Levy aux en novembre 2018
© Matt Petit / Academy of Motion Picture Arts and Sciences Tous droits réservés

L’année prochaine, la cérémonie des aura lieu plus tôt que d’habitude, le dimanche 9 février 2020. Il peut par conséquent paraître logique que la cérémonie plus intime des d’honneur, qui inaugure en quelque sorte la saison des prix hollywoodiens au mois de novembre, soit également avancée. Ce qui est effectivement le cas, puisque les 11èmes Governors Awards seront remis à la salle de bal Ray Dolby du centre Hollywood & Highland le dimanche 27 octobre. Déjà plus surprenante a été par contre l’annonce des heureux lauréats dès la semaine passée, lundi dernier le 3 juin pour être précis, carrément trois mois plus tôt que celle que l’Académie du cinéma américain communique traditionnellement début septembre. Ce chamboulement de l’emploi du temps est d’autant plus étonnant que d’autres nouvelles importantes autour des attirent habituellement l’attention des médias en ce début d’été, comme l’élection partielle du conseil d’administration et la liste des nouveaux membres, invités à rejoindre l’illustre institution hollywoodienne.

En plus des choix motivés soit par des mérites artistiques, soit par des questions politiques des lauréats que sont le réalisateur américain , l’acteur amérindien et la réalisatrice italienne pour les Oscars d’honneur et l’actrice américaine pour le prix humanitaire Jean Hersholt, voici quelques autres nouvelles récentes venues de l’Académie du cinéma américain. Parmi les modifications apportées au règlement au mois d’avril dernier pour la prochaine cérémonie des Oscars, les plus importantes sont le changement de nom de la catégorie du Meilleur Film étranger, qui s’appellera désormais Meilleur Film international. Le dispositif de la liste de présélection est maintenu dans cette catégorie, mais elle comptera dix films au lieu de neuf précédemment. La dernière catégorie technique réduite jusqu’à présent à trois nominations, celle du Meilleur maquillage et des meilleures coiffures, aura droit à cinq nominations à partir de la 92ème cérémonie des Oscars, afin d’être au même niveau que ses consœurs des effets visuels et du montage sonore augmentées respectivement lors de la 83ème et de la 79ème cérémonie. Enfin, la catégorie du Meilleur Film d’animation a été pérennisée puisque elle ne requerra plus la sortie de huit longs-métrages d’animation par an pour avoir lieu. Puis, à la mi-mai, les trois postes de membres extraordinaires du conseil d’administration, créés il y a trois ans dans un souci de diversification de cette instance suprême de l’Académie du cinéma américain, ont été renouvelés. Les nouveaux membres extraordinaires sont le producteur américain DeVon Franklin (Breakthrough), le réalisateur colombien Rodrigo Garcia (Albert Nobbs) et la productrice américaine Janet Yang (Larry Flynt).

David Lynch et Laura Dern dans « Twin Peaks The Return »
© Suzanne Tenner / Showtime Tous droits réservés

Pour certains cinéphiles, le réalisateur américain David Lynch (* 1946) est un dieu vivant du Septième art. Un cinéaste au penchant expérimental indiscutable, Lynch n’a pas cessé depuis la fin des années 1970 de créer des univers fort singuliers, à la fois cauchemardesques et féeriques, qui l’ont rendu indiscutablement culte. Il a beau n’avoir réalisé que dix longs-métrages de cinéma – et un corpus impressionnant de courts-métrages, sans oublier bien sûr sa série incontournable « Twin Peaks », sortie en 1990 et sa suite de 2017 –, chacun d’entre eux est une œuvre d’art cinématographique à lui tout seul, des productions assez commerciales comme Elephant Man, Dune, Une histoire vraie, jusqu’aux délires expérimentaux presque extrêmes tels que Eraserhead et Inland Empire, en passant par les films sur lesquels se base principalement sa renommée, Blue Velvet, Sailor et Lula, Lost Highway et Mulholland Drive. Lauréat d’une Palme d’or et d’un Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, respectivement pour Sailor et Lula en 1990 et Mulholland Drive en 2001, et d’un Lion d’or honorifique au Festival de Venise en 2006, David Lynch a été nommé à quatre reprises à l’Oscar, en tant que Meilleur réalisateur pour Elephant Man, Blue Velvet et Mulholland Drive, ainsi que pour le Meilleur scénario adapté pour Elephant Man. En tant que réalisateur au style trop artistique pour gagner un Oscar compétitif, mais au prestige largement suffisant pour justifier un Oscar d’honneur, il succède entre autres à Orson Welles, Robert Altman, Jean-Luc Godard et Spike Lee.


Wes Studi dans Geronimo © 1993 Columbia Pictures Tous droits réservés

L’acteur amérindien Wes Studi (* 1947) de la tribu des Cherokees a souvent interprété des personnages emblématiques ou en tout cas valorisants pour le peuple indigène des États-Unis. Il a ainsi été à l’affiche de westerns marquants des années ’90 et 2000 tels que Danse avec les loups de Kevin Costner – Oscar du Meilleur Film en 1991 –, Le Dernier des Mohicans de Michael Mann, Geronimo de Walter Hill et Le Nouveau monde de Terrence Malick. Studi s’est également illustré dans des films de genre comme The Doors de Oliver Stone, Street Fighter L’Ultime combat de Steven De Souza, Heat de Michael Mann, Un cri dans l’océan de Stephen Sommers, Un seul deviendra invincible de Walter Hill, Avatar de James Cameron, Monsieur Flynn de Paul Weitz, Albert à l’ouest de Seth McFarlane et L’Incroyable aventure de Bella de Charles Martin Smith. L’Oscar d’honneur attribué à Wes Studi peut être compris en tant que hommage symbolique rendu à l’ensemble des acteurs amérindiens, dont l’Académie n’a daigné nommer que deux dans son histoire : Chief Dan George en 1971 pour Little Big Man de Arthur Penn et Graham Greene en 1991 pour Danse avec les loups dans la catégorie du Meilleur acteur dans un second rôle.


Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été
© 1974 Medusa Distribuzione / Carlotta Films Tous droits réservés

La réalisatrice italienne Lina Wertmüller (* 1928) appartient hélas à une catégorie de professionnels du cinéma guère mieux reconnue à Hollywood. Son lien historique avec les Oscars résulte en effet de sa nomination en tant que Meilleure réalisatrice en 1977 pour Pasqualino, la première pour une femme et également la seule pendant dix-sept longues années jusqu’à celle de Jane Campion pour La Leçon de piano en 1994. A ce jour, seules cinq réalisatrices ont été nommées à l’Oscar du Meilleur réalisateur : Wertmüller et Campion, puis Sofia Coppola en 2004 pour Lost in Translation, Kathryn Bigelow en 2010 pour Démineurs – la seule gagnante – et Greta Gerwig l’année dernière pour Lady Bird. A ce sujet, Wertmüller est également la deuxième réalisatrice à recevoir un Oscar d’honneur, après Agnès Varda il y a deux ans. L’essentiel de la filmographie de la réalisatrice se situe dans les années ’70, quand elle avait remporté un certain succès critique et public grâce à des comédies irrévérencieuses souvent avec Giancarlo Giannini comme Mimi métallo blessé dans son honneur, Film d’amour et d’anarchie, Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été et donc Pasqualino, pour lequel elle fut aussi nommée dans la catégorie du Meilleur scénario original. Lina Wertmüller est la sixième Italienne honorée de la sorte par l’Académie du cinéma américain, après l’actrice Sophia Loren en 1991, les réalisateurs Federico Fellini en 1993 et Michelangelo Antonioni en 1995, le compositeur Ennio Morricone en 2007 et le créateur de costumes Piero Tosi en 2013.


Geena Davis dans « Commander in Chief » © abc Tous droits réservés

Enfin, le prix humanitaire Jean Hersholt a été attribué à l’actrice américaine Geena Davis (* 1956). Elle a fondé en 2004 le Geena Davis Institute on Gender in Media, une association qui œuvre à rendre plus égalitaire la représentation des femmes dans les productions médiatiques destinées aux enfants. Pour ce faire, elle procède à des études approfondies sur l’image des personnages féminins renvoyée par les films et séries depuis le début du siècle, elle organise des réunions d’information et de sensibilisation sur cette thématique et elle la défend auprès des instances législatives américaines. Oscarisée en tant que Meilleure actrice dans un second rôle en 1989 pour Voyageur malgré lui de Lawrence Kasdan et nommée à nouveau comme Meilleure actrice trois ans plus tard pour le mythique Thelma et Louise de Ridley Scott aux côtés de Susan Sarandon, Geena Davis a également joué dans des films aussi mémorables que Tootsie de Sydney Pollack, La Mouche de David Cronenberg, Beetlejuice de Tim Burton, Une équipe hors du commun de Penny Marshall et Au revoir à jamais de Renny Harlin. Le prix Jean Hersholt est remis à intervalle irrégulier depuis 1957. Geena Davis est la neuvième femme à le recevoir, après les actrices Martha Raye, Rosalind Russell, Audrey Hepburn, Elizabeth Taylor, Oprah Winfrey, Angelina Jolie, Debbie Reynolds et la productrice Sherry Lansing.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles