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Albi 2018 : Les Invisibles (Louis-Julien Petit)


France, 2018
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Louis-Julien Petit, Marion Doussot & Claire Lajeunie, d’après un livre de Claire Lajeunie
Acteurs : , , , Déborah Lukumuena
Distribution : Apollo Films Distribution
Durée : 1h42
Genre : Drame social
Date de sortie : 9 janvier 2019

Note : 3/5

La misère sociale n’a ni solution, ni structure. Elle est juste là, à nous regarder au quotidien de près ou, de préférence, de loin. A nous alors de prendre en considération les personnes qui en souffrent ou bien – la réaction instinctive qui en dit long sur l’hypocrisie de la nature humaine – de détourner le regard et de nous pincer le nez, en espérant que pareille dégringolade ne nous arrivera pas un jour. Depuis le film qui l’avait révélé en 2015, le poignant Discount sur les tensions salariales au sein d’un hypermarché, Louis-Julien Petit peut être vu comme l’un des défenseurs les plus ardents de ces hommes et de ces femmes qui disparaissent dans la masse ou qui, pire encore, en sont irrévocablement exclus. Présenté en avant-première au Festival d’Albi et prévu de sortir en France juste après les fêtes de fin d’année, le moment opportun pour le cocktail parfait de la culpabilité entre la gueule de bois due à une consommation accrue et des températures glaciales à l’extérieur, son nouveau film s’emploie à la tâche toujours un peu ingrate de donner un visage à ce fléau social que personne ne semble en mesure d’éradiquer. Les Invisibles déborde par conséquent de bonnes intentions, soumises au moins au spectateur d’une façon guère platement édifiante. Il se heurte cependant aux limites de sa forme, c’est-à-dire à un récit choral cherchant à tenir compte de plusieurs destins convergents, quitte à ne rentrer en détail dans l’intimité d’aucun des personnages, interprétés soit par des actrices aussi aguerries et finement investies que Audrey Lamy, Corinne Masiero et Noémie Lvovsky, soit par des femmes ayant réellement vécu le calvaire de l’existence précaire dans la rue.

Synopsis : Manu et Audrey gèrent avec un investissement sans faille l’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes sans abri. Leur travail d’accompagnement, censé favoriser la réinsertion, tarde toutefois à porter ses fruits. L’administration décide alors de fermer le centre dans les trois mois. Cette mauvaise nouvelle galvanise pourtant les travailleuses sociales et les femmes dont elles s’occupent, donnant naissance à toutes sortes d’initiatives farfelues.

Ligne d’urgence, ne quittez pas

Ce n’est un secret pour personne que la prise en charge des personnes confrontées à de grandes difficultés matérielles reste perfectible en France. Il suffit de faire un tour, en ce début d’hiver, dans les stations de métro parisiennes pour se le rappeler douloureusement. Supposons en toute naïveté que ces insuffisances ne résultent pas d’un manque de moyens ou de volonté politique, il reste néanmoins un souci majeur de gestion de cette crise, hélas faite pour durer, à moins qu’elle ne soit artificiellement maintenue en vie pour justement garantir la pérennité de l’archaïque hiérarchie des classes. Car au lieu de chercher à intégrer efficacement les exclus d’une société malgré tout assez riche, on les pousse vers la périphérie de nos consciences et de nos villes. Les Invisibles se fait l’écho de ce fait de cynisme suprême par le biais d’une séquence aussi courte que probante, au cours de laquelle on voit le mobilier urbain affublé de pics et autres dispositifs superflus, qui réduisent encore un peu plus l’espace où les hommes et les femmes sans toit pourraient venir se réfugier. Le scénario ne fait certes pas toujours preuve de la même concision percutante dans la dénonciation des méthodes employées pour déplacer le problème, plutôt que de le résoudre durablement. Mais il sait multiplier sans trop de manichéisme les aveux d’impuissance de la part d’une administration, trop occupée à gérer sans états d’âme le nombre croissant de demandeurs d’aides sociales pour en prendre la mesure à l’échelle de l’individu humain.

Cours, hamster, cours

Pour cela, le récit préfère faire appel à une bande de collègues, entièrement solidaires dans l’effort de résistance face à la fin annoncée de leur aventure commune. L’enjeu de la fermeture prochaine du centre reste alors au mieux à l’arrière-plan des préoccupations narratives, pendant que cette épée de Damoclès déclenche une nouvelle dynamique d’initiatives plus ingénieuses les unes que les autres. Sauf que la volonté manifeste de conférer une certaine épaisseur à plusieurs personnages à la fois, environ quatre ou cinq dans chacun des trois camps complémentaires des bénéficiaires du centre, de ses gestionnaires et de l’administration antagoniste, mène tôt ou tard à un certain éparpillement. L’action est censée se cristalliser tant soit peu autour du personnage interprété avec beaucoup de conviction par Audrey Lamy, une femme idéaliste qui donne tout pour son travail, au risque de passer à côté de sa vie privée. Mais face à une pléthore de digressions, dont la cerise romantique finale qui la verra repartir soudainement avec le beau gosse de service n’est pas la plus heureuse, aucun rythme dramatique réellement passionnant ne peut s’établir. Heureusement, un parfum d’authenticité est presque omniprésent, grâce au jeu décomplexé des femmes en détresse, sur le visage desquelles se lit davantage leur parcours de combattante en marge que dans toutes les bonnes actions de l’intrigue réunies.

Conclusion

Le rôle que le cinéma peut jouer dans le cadre des grands équilibres sociaux au sein d’une civilisation est forcément limité. Au mieux, il peut agir en tant que dénonciateur et avertisseur sur ce qui ne va pas dans une société. Les Invisibles s’acquitte plus qu’honorablement de cette fonction d’alerte et de rappel salutaire, sans jamais tomber dans le misérabilisme, ce qui est déjà un exploit en soi. Le film de Louis-Julien Petit ne risque pas trop de changer durablement les mentalités, mais il nous administre au moins une petite piqûre de rappel essentielle d’empathie à l’égard de ces femmes et de ces hommes qu’on a trop souvent tendance à ignorer lâchement.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles