News — 03 décembre 2019
Le box-office de la semaine du 20 novembre 2019
© SRAB Films / Rectangle Productions / Lyly Films / Le Pacte Tous droits réservés

Un petit Disney de Noël et hop, le box-office français sort de sa phase d’hibernation précoce en cette semaine 47, allant du 20 au 27 novembre ! Son gain par rapport à la semaine dernière de près de 2 200 000 spectateurs correspond en effet à la recette du démarrage de notre nouveau champion, qui devrait se maintenir en tête jusqu’à l’arrivée du prochain rouleau compresseur estampillé Disney d’ici la mi-décembre. Quoiqu’il en soit, le rebond est tout de même assez spectaculaire, de plus de 65 % par rapport à la même période en 2018 ! La fréquentation des salles obscures françaises reste cependant toujours bien en dessous des niveaux records de l’automne 2011, qui était placé sous le signe de l’exception Intouchables. Or, l’aspect le plus étonnant des résultats hebdomadaires est qu’ils ne sont pas au service exclusif de . Car les productions nationales – pour une fois majoritaires dans le classement – en bénéficient aussi largement, en affichant une part de marché des plus saines à 41 %. Enfin, à l’autre bout du monde, on croit également aux capacités commerciales du cinéma français populaire, puisque L’Extraordinaire voyage du fakir de Ken Scott, sorti dans l’indifférence générale en France en mai de l’année dernière, vient de bénéficier d’un nombre élevé d’écrans lors de sa sortie en Chine.

La Reine des neiges II de Jennifer Lee et Chris Buck réussit donc un démarrage enchanté, largement supérieur à celui des premières aventures de Anna et Elsa six ans plus tôt. Grâce aux deuxièmes meilleures premières séances parisiennes et à la quatrième meilleure première semaine de l’année, le film d’animation devrait sans aucun doute faire le plein de spectateurs jusqu’à la fin des vacances de Noël, d’ici six semaines. Or, ce qui se passe dans le sillage de cette histoire d’un succès annoncé nous paraît beaucoup plus intéressant. Ce sont en effet pas moins de trois films français qui contribuent à rafraîchir considérablement le Top 10. Ainsi, le démarrage de Les Misérables de Ladj Ly, récompensé du Prix du jury au dernier Festival de Cannes, est à lui seul déjà assez impressionnant, puisqu’il dépasse la barre du demi-million d’entrées avec plus de panache que la plupart des autres champions français récents, à l’exception de de Nicolas Bedos, qui avait attiré six mille spectateurs supplémentaires trois semaines auparavant. Et ce n’est pas tout, puisque la comédie au titre bien dans l’air du temps de Fabrice Bracq montre, en titillant elle aussi le demi-million, qu’un public existe encore pour ce genre de cinéma populaire sans prétention. Il est par contre fort à parier qu’on le trouvera plus en province qu’à Paris. Enfin, on connaissait l’engouement de certains spectateurs américains pour les sujets religieux. La présence de de Sarah Suco à une dixième place vaillamment défendue n’a cependant pas grand-chose à voir avec le zèle évangélique de l’autre côté de l’Atlantique, grâce à son regard critique à l’égard de telles manifestations d’un fanatisme aveugle.

L’autre bonne nouvelle de la semaine est que le carnage n’a pas eu lieu parmi les films en continuation, qui auraient pu pâtir de la dominance du royaume d’Arendelle. Les baisses restent par conséquent modérées, bien en dessous des 40 %. J’accuse de Roman Polanski est le bon élève de la classe, puisque son décrochage est négligeable, malgré l’arrivée d’une nouvelle triple offre. Le million de spectateurs lui est assuré, avec ou sans polémique, un chiffre honorable qui vient d’être atteint déjà par La Belle époque. Depuis de longues années, le cinéma italien est aux abonnés absents parmi les plus grands succès au box-office français. Grâce à une critique plus qu’élogieuse, Le Traître de Marco Bellocchio a néanmoins su cumuler plus de trois-cents mille spectateurs en quatre semaines à l’affiche.

Voici les principaux chiffres du Top 10 du box-office français entre le mercredi 20 et le mardi 26 novembre 2019 :

  1. La Reine des neiges II – distribué par The Walt Disney Company France – Nouveauté – 2 137 267 entrées cumulées – 41 % part de marché
  2. Les Misérables – distribué par Le Pacte – Nouveauté – 559 378 entrées cumulées – 11 % part de marché
  3. Joyeuse retraite ! – distribué par SND – Nouveauté – 477 116 entrées cumulées – 9 % part de marché
  4. J’accuse – distribué par Gaumont – 2ème semaine / – 23 % – 385 334 entrées / 886 562 cumul – 7 % part de marché
  5. – distribué par 20th Century Fox France – 2ème semaine / – 31 % – 277 941 entrées / 680 858 cumul – 5 % part de marché

6. La Belle époque – distribué par Pathé – 3ème semaine / – 35 % – 197 069 entrées / 1 064 425 cumul – 4 % part de marché

7. – distribué par Gaumont – 5ème semaine / – 38 % – 146 619 entrées / 1 912 805 cumul – 3 % part de marché

8. – distribué par Warner Bros. France – 7ème semaine / – 37 % – 134 403 entrées / 5 423 531 cumul – 3 % part de marché

9. – distribué par Metropolitan Filmexport – 2ème semaine / – 32 % – 102 499 entrées / 253 695 cumul – 2 % part de marché

10. Les Éblouis – distribué par Pyramide Distribution – Nouveauté – 81 678 entrées cumulées – 2 % part de marché


© Lacey Terrell / Sony Pictures Releasing France Tous droits réservés

Le phénomène de La Reine des neiges a été décuplé sur le marché américain, comparé à une réponse française conforme aux attentes. Par ailleurs, la recette française, estimée à un peu plus de treize millions de dollars, est inférieure aux démarrages dans d’autres pays à la fréquentation cinématographique soutenue, comme l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon. Sans même parler de la Chine et ses 53 millions de dollars rapportés. Dans les salles d’outre-Atlantique, la suite du film d’animation, qui a fait rêver des générations entières de gamins, truste près des deux tiers des dollars dépensés pour se faire une toile. Ce qui assure à La Reine des neiges II le cinquième meilleur démarrage pour un mois de novembre, pas si loin derrière trois films de l’univers Twilight et Hunger Games L’Embrasement de Francis Lawrence, qui s’accroche depuis 2013 à son record de 158 millions de dollars. Il s’agit également du quatrième meilleur démarrage américain pour un film d’animation, juste derrière les 135 millions de dollars de Le Monde de Dory de Andrew Stanton en juin 2016.

A l’image de la France, le mastodonte de chez Disney n’était pourtant pas le seul à tirer son épingle du jeu, en dépit de sa moyenne par copie imposante de près de trente mille dollars. Celle de Dark Waters de Todd Haynes, un thriller environnemental avec Marc Ruffalo et Anne Hathaway qui sortira en France fin février, n’en est pas si loin avec vingt-cinq mille dollars, quoique sur seulement quatre écrans, ce qui suffisait cette semaine pour une 29ème place. Les deux autres démarrages sur un large parc de salles ont fait preuve de solidité auprès d’un public complémentaire. Tandis que Un ami extraordinaire de Marielle Heller servait simultanément à garder vivante la mémoire de l’institution du petit écran Fred Rogers et à positionner Tom Hanks pour sa première nomination à l’Oscar en vingt ans, de Brian Kirk est davantage le genre de film à tester l’attrait commercial du jeune Chadwick Boseman, en dehors de l’univers de Black Panther. Enfin, au fin fond du classement, au delà de la cinquantième place, on trouve deux documentaires sortis discrètement : Varda par Agnès, le dernier film de Agnès Varda qui avait été diffusé en France directement sur arte et dont la moyenne sur deux copies n’a rien d’exceptionnel, ainsi que Citizen K de Alex Gibney sur l’ancien oligarque russe Mikhaïl Khodorkovski, qui s’en sort un peu mieux avec dix mille dollars dans une seule salle.

Face à la force concentrée de La Reine des neiges II, les films en continuation font plutôt pâle figure aux États-Unis. Les films les plus durement touchés se trouvent vers la partie inférieure du Top 20, où ils finissent assez laborieusement leur parcours en salles. Ainsi, en raison de baisses conséquentes allant de 69 % à 75 %, les films suivants atteindront à peine ces sommes rondes : Doctor Sleep de Mike Flanagan les 30 millions de dollars, Terminator Dark Fate de Tim Miller les 60 millions de dollars, le film d’animation La Famille Addams les 100 millions de dollars et Countdown de Justin Dec les 25 millions de dollars. La baisse la plus inquiétante dans le Top 10 est à mettre sur le compte de Charlie’s Angels de Elizabeth Banks, qui perd cinq places et près des deux tiers de son public. Enfin, les expansions de Honey Boy de Alma Har’el et de Waves de Trey Edward Shults ne laissent augurer rien de phénoménal, puisque la fréquentation de ces productions indépendantes n’augmente que de 24 %, alors qu’elles viennent de doubler, voire de quintupler le nombre d’écrans sur lesquels elles sont projetées.

Voici les principaux chiffres du Top 5 du box-office américain pour le week-end se terminant le dimanche 24 novembre 2019 :

  1. La Reine des neiges II – distribué par Walt Disney Studios – Nouveauté – 130 263 358 $ cumulés
  2. Le Mans 66 – distribué par 20th Century Fox – 2ème semaine / – 50 % – 15 730 678 $ / 57 720 248 $ cumul
  3. Un ami extraordinaire – distribué par Sony – Nouveauté – 13 251 238 $ cumulés, sortie française le 25 mars 2020
  4. Manhattan Lockdown – distribué par STX Entertainment – Nouveauté – 9 261 268 $ cumulés, sortie française le 1er janvier 2020
  5. – distribué par Lionsgate – 3ème semaine / – 45 % – 4 640 673 $ / 43 048 234 $ cumul

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles