Critique : La Pluie de printemps

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La Pluie de printemps

Etats-Unis, 1969
Titre original : A Walk in the Spring Rain
Réalisateur : Guy Green
Scénario : Stirling Silliphant, d’après le roman de Rachel Maddux
Acteurs : Ingrid Bergman, Anthony Quinn, Fritz Weaver, Katharine Crawford
Distribution : Columbia
Durée : 1h38
Genre : Drame romantique
Date de sortie : 2 décembre 1970

Note : 3/5

Six ans après qu’ils se sont tournés autour comme des fauves dans La Rancune de Bernhard Wicki, Ingrid Bergman et Anthony Quinn se retrouvent pour des ébats sensiblement plus pudiques et sentimentaux. Tout n’est que souffrance intériorisée et expression timide de la frustration causée par le mariage dans ce conte digne d’un roman de gare. Et pourtant, la mise en scène sobre de Guy Green et le jeu tout en nuances des deux têtes d’affiche permettent à La Pluie de printemps de préserver une certaine dignité. A tel point que l’on aurait presque souhaité un peu plus d’exubérance artificielle pour conférer une dimension plus kitsch à l’aventure extra-conjugale. Or, une approche à la Douglas Sirk n’intéressait visiblement pas le réalisateur dans ce drame intimiste, pas plus d’ailleurs qu’une direction naturaliste en quête de vérités universelles. Le spectateur et les principaux intéressés devront par conséquent se contenter d’une amourette, aussi belle que triste. Celle-ci reflète, en passant et sans inciter personne au renversement du statu quo, la position de la femme dans la partie intello-bourgeoise de la société américaine à la fin des années 1960.

Synopsis : Le professeur Roger Meredith s’installe pendant un an à la campagne, afin de s’y consacrer à l’écriture d’un manuel de droit. Sa femme Libby le suit docilement. Dès leur arrivée, ils sont accueillis chaleureusement par Will Cade, le gérant en charge de la ferme qu’ils louent. Par la suite, Cade se rend indispensable pour le couple de citadins. C’est surtout avec Libby qu’il passe beaucoup de temps à l’air libre. A l’approche du printemps, il lui avoue qu’il est amoureux d’elle. Libby résiste d’abord à ses avances, mais finit par y céder, aussi parce que sa vie conjugale avec Roger ne présente plus aucun attrait pour elle.

Vous prendrez bien du sucre dans votre café ?

Pour comprendre notre allusion dans ce premier titre, il faudrait avoir vu ce film. Ce qui relève au demeurant de l’exploit, puisqu’il est tellement obscur qu’il nous a été impossible de trouver suffisamment de photos en couleurs pour illustrer convenablement notre texte, ni de bande-annonce digne de ce nom. Il nous paraît cependant tentant d’analyser les rapports entre les personnages exclusivement à partir de leurs échanges culinaires. Après un dîner d’adieu en famille, où Libby affiche un instinct maternel prononcé en s’occupant du plat de son petit-fils pendant que son mari fuit le conflit avec leur fille en commandant le dessert, le couple se fait inviter d’une façon insistante par Cade pour prendre le café avant de découvrir leur nouvelle demeure. C’est à cette occasion que Mme Cade fait non seulement étalage de son talent pour les bons gâteaux, mais qu’elle boit sa tasse de café sans jamais y tremper le morceau de sucre d’une manière conventionnelle. Le décalage trop voyant entre les bonnes manières des invités et la coutume quasiment vulgaire de la paysanne est heureusement la seule instance où la différence entre les Meredith et les Cade se manifeste aussi crûment. Car par la suite, il existe toujours un fond symbolique difficile à ignorer dans chacun des échanges de boissons et d’aliments. Tel un fil rouge, de la tarte au cidre, en passant par le cresson et le saucisson, il serait aisé d’interpréter toutes sortes de sous-entendus érotiques dans la gourmandise fort variable des personnages.

Ni heureux, ni malheureux

Sauf que la narration s’avère bien trop sensible aux états d’âme des amoureux transis pour nous inviter clairement à une telle voie d’interprétation par procuration. Tout le problème de ce film presque maladivement hésitant est là : dans sa fidélité à toute épreuve à l’égard d’une romance qui s’éclipse longtemps avant qu’elle ne puisse éclater au grand jour. Il y est bien plus souvent question d’un amour abstrait et idéalement romantique que de sa concrétisation charnelle. Et même cette utopie d’un bonheur sentimental persiste principalement à cause de la grisaille routinière que Libby partage jour après jour avec son mari. En effet, l’adultère ne lui vient point naturellement. Elle fait même des efforts pour le contrarier, comme cette visite en ville tout à fait morose avec son mari, qui lui montre sans équivoque l’existence ennuyeuse d’une épouse modèle qu’elle a menée jusque là et qui constitue la chape de plomb de son avenir probable. En comparaison, sa vie à la campagne relèverait de l’idylle bucolique, si la réalité sous sa forme la plus sinistre, c’est-à-dire la mort, ne la relativisait pas soudainement. Dès lors, Libby et indirectement le film ne sont plus à la hauteur pour faire face à la tragédie, ni pour s’en servir éventuellement afin de transformer le mensonge de sa vie sentimentale en un nouveau départ vers quelque chose de plus sain. Il réside une part considérable de frustration dans ce dénouement, qui renvoie Libby à peu de choses près au point de départ de sa présence effacée au profit de son rôle de (grand-)mère responsable. Toutefois, il émet également une fin de non-recevoir aux rêves radicaux de bouleversements féministes très en vogue à ce moment-là.

Conclusion

A l’image de la musique de Elmer Bernstein, parfois nostalgique des rythmes du western, parfois plus délicate dans la transcription des maux de cœur des personnages, ce film ne sait pas toujours sur quel pied danser. Il en résulte un drame agréablement ordinaire, dépourvu d’idées clairement tranchées, ce qui convient peut-être le mieux aux hésitations incessantes de cette femme au seuil de la vieillesse, que Ingrid Bergman interprète avec sa classe habituelle. Enfin, pour l’anecdote, la bagarre dans la scierie qui a apparemment été chorégraphiée par Bruce Lee en personne ne vaut pas nécessairement le détour.

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