Critique : Dossier secret

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Espagne, France, Suisse, 1955
Titre original : Confidential report
Réalisateur :
Scénario :
Acteurs : , Paola Mori, , Patricia Medina
Distribution : Carlotta
Durée : 1h38
Genre : Thriller
Date de sortie : 8 juillet 2015 (Reprise vidéo)

Note : 2,5/5

Un avion est à la dérive, sans pilote, dans le premier plan de ce film de , connu aussi sous le titre . Il s’agit hélas d’une image prémonitoire qui symbolise à elle seule l’état global de . Car à bien y regarder, cette histoire énigmatique autour d’un milliardaire excentrique, qui simule l’amnésie pour mieux effacer les traces d’un passé peu glorieux, n’est rien d’autre qu’un pastiche presque pitoyable de , le chef-d’œuvre du début de la carrière cinématographique de Welles. Depuis, la chance n’a point souri au réalisateur, qui se retrouve quinze ans plus tard avec cette coproduction européenne au style chaotique et au propos plutôt nébuleux. De très rares morceaux de bravoure y sont constamment rabaissés au niveau d’un thriller trivial, à cause de la narration peu ferme de Welles. De même, dans une mesure pas négligeable, la proximité thématique de ce film-ci avec la biographie filmique de Charles Foster Kane souligne péniblement ses lacunes, au lieu de lui permettre un épanouissement dramatique indépendant du prédécesseur à la réputation écrasante.

Synopsis : Dans le port de Naples, le contrebandier Guy Van Stratten vient au secours de Bracco, qui meurt sur place après avoir été poignardé. Avant de s’éteindre, il transmet à Van Stratten et à sa copine Mily deux noms dont celui de Gregory Arkadin et leur promet que ce secret les rendra riches. Le couple cherche alors à s’approcher de Arkadin, un homme aussi riche que mystérieux, qui passe sa vie entre son yacht à Juan-les-Pins et son château en Espagne. Van Stratten fait la connaissance de Raina, la fille unique de Arkadin, grâce à laquelle il espère avoir accès au cercle fermé autour de son père. Ce dernier finit par le recevoir lors d’un bal masqué. D’abord hostile à toute tentative de chantage, il demande enfin à Van Stratten de mener une enquête en son nom pour savoir d’où lui vient sa fortune, acquise à partir de 1927.

L’anti- par excellence

Les points de ressemblance sont bien trop nombreux pour ne pas supposer un lien de parenté étroit entre et . A partir d’un fait divers, l’avion fantôme d’un côté, la disparition du magnat de la presse de l’autre, le récit s’engage dans l’exploration de fond en comble de la vie du personnage interprété dans les deux cas par Welles. Si le dispositif est donc quasiment identique, au détail près que c’est un petit malfrat corruptible qui mène l’enquête ici, son résultat ne pourrait pas être plus différent selon le film. Le personnage le moins intéressant dans est sans doute le journaliste à l’origine des recherches. Il n’y aurait pas d’intrigue à proprement parler sans lui, soit, mais il sert avant tout d’outil opportuniste pour relier les souvenirs des intervenants successifs, qui ont des événements plus ou moins enrichissants avec Kane à partager. La formule bascule vers un héroïsme douteux avec l’enquêteur forcément et fortement intéressé Van Stratten, qui attache une importance vitale plutôt démesurée à l’issue de sa course effrénée à travers l’Europe. De surcroît, la donne est faussée d’une façon que l’on qualifierait de machiavélique, si seulement la tenue globale du film était plus souveraine, puisque l’objet de l’enquête y participe activement, au point de la vider de toute substance. Enfin, le jeu très limité de dans le rôle principal ne contribue aucunement à rendre les enjeux de l’intrigue plus palpitants.

Pas de foie gras pour Noël

Il manque en effet une force fédératrice pour rendre les différents aspects de l’histoire moins disparates et pour dissiper l’impression déplaisante que ce film n’est qu’un du (très) pauvre, sans autre raison d’être que de l’imiter bêtement. La sensation passagère d’ivresse des sens, comme lors du bal masqué, est invariablement anéantie par le retour obligatoire vers les platitudes du propos et des actes du détective amateur, guère plus perspicace que nous face aux mécanismes de manipulation dont il est la cible, mais en tout cas une figure d’identification peu attrayante. Le même constat circonspect s’applique à Arkadin, un titan tragique aux pieds d’argile, qui apparaît sous un jour de plus en plus misérable au fur et à mesure que l’enquête progresse. Parallèlement, ses motivations deviennent de moins en moins crédibles, alors que l’emprise de son pouvoir, prétendument illimité, se réduit comme une peau de chagrin. Le fait qu’il ne réussit même pas à obtenir une place dans l’avion pour l’Espagne, bien qu’il soit arrivé presque à bout de son plan maléfique, en dit plus long sur la structure narrative pour le moins problématique du film que la nature de ce personnage peu inquiétant. En somme, il n’y a aucune raison pour crier au chef-d’œuvre injustement ignoré face à ce film bancal. Celui-ci sert néanmoins de prétexte à quelques numéros d’acteur savoureux, notamment de la part de et de . Ils sont certes sans répercussion notable sur la suite de l’intrigue, mais presque plus charnus que les interventions comparables dans .

Conclusion

Même après lui avoir laissé une deuxième chance pour nous convaincre, nous voyons toujours plus de défauts que de qualités dans ce film issu de la période creuse de la carrière de . L’ombre de son chef-d’œuvre initial plane en effet avec une telle insistance sur que ce dernier ne peut que s’incliner humblement face à ce maître démesuré. Ce qui serait presque dommage, puisque en dépit de toutes ses faiblesses, le scénario contient une sagesse mystérieuse hélas à l’état embryonnaire et sans espoir de se développer brillamment, à cause des moyens très réduits à la disposition de Welles dans cette production aux multiples versions, en fonction du pays où elle a été montrée.

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