La Pagode ferme, les Fauvettes rouvrent

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Deux événements majeurs ont lieu cette semaine du côté des salles de cinéma parisiennes : d’un côté la fermeture de la vénérable Pagode dans le 7ème arrondissement, et de l’autre la réouverture du Gaumont Gobelins Fauvette sous le nom de Les Fauvettes, le premier complexe d’un grand exploitant exclusivement dédié aux films de répertoire. De quoi à la fois attrister et réjouir les cinéphiles de la capitale, même si en fin de compte l’offre s’enrichit tout de même sensiblement !

LaPagode

La fin temporaire de la Pagode a été annoncée hier dans un communiqué par l’exploitant actuel, le groupe Etoile Cinémas, géré par David Henochsberg, à qui appartiennent aussi le Saint-Germain-des-Près, le Balzac et l’Etoile Lilas. Cette fermeture forcée paraît avant tout être le fruit d’un différent entre le groupe et la propriétaire des lieux, l’industrielle Elisabeth Dauchy. Au bout de maintes procès, Etoile Cinémas, qui avait géré la Pagode depuis quinze ans, devra quitter les lieux au plus tard dans deux mois. La décision a donc été prise de cesser toute programmation dès mercredi prochain. Il ne vous reste donc que jusqu’au mardi 10 novembre 2015 pour y voir les derniers films à l’affiche, en l’occurrence Marguerite de Xavier Giannoli et Youth de Paolo Sorrentino. La salle devrait rester fermée un certain temps, histoire de procéder à une rénovation en règle de ce cinéma emblématique. Aucune information précise n’a été communiquée par rapport à sa vocation lors de cette réouverture hypothétique.

LaPagodeSalle2

Créée à la fin du 19ème siècle pas loin du grand magasin Bon Marché, la Pagode ne devient un cinéma qu’en 1931. Les premiers films de Jean Epstein, Jean Renoir et Luis Buñuel sont projetés dans la célèbre salle japonaise, classée monument historique. Le complexe a été racheté en 1986 par sa propriétaire actuelle. Ces derniers temps, il accueillait environ 130 000 spectateurs par an dans ses deux salles de 212 et 180 places chacune. Il s’agit du seul cinéma du 7ème arrondissement. La Pagode acceptait à la fois les cartes UGC Illimité et Le Pass Pathé/Gaumont.

FauvettesFacade

Après ce coup de blues, faites péter le champagne, puisque dans quelques heures ouvrira un complexe flambant neuf à l’autre extrémité de la rive gauche parisienne ! De longs mois d’attente et de travaux arriveront ainsi à leur terme, grâce à l’ouverture des Fauvettes ce vendredi 6 novembre 2015, avec une première séance du Conformiste de Bernardo Bertolucci dès 10h30 du matin. Car placé sous la devise « versions restaurées, émotions intactes », Les Fauvettes ne proposera que des films en copie restaurée. Il existe certes déjà plusieurs salles à Paris qui se consacrent depuis longtemps aux films de répertoire, comme le circuit Action, le Champo, la Filmothèque du Quartier latin ou le Mac Mahon, sans oublier les lieux de projection institutionnels comme la Cinémathèque Française ou le Forum des Images. Mais c’est la première fois qu’un groupe majeur, dans ce cas Gaumont, tente l’aventure commerciale, jusque là cantonnée dans des séances uniques par semaine d’UGC Culte chez la concurrence ou plus irrégulièrement chez Gaumont.

LaFauvette

L’Histoire des Fauvettes se déroule quasiment en parallèle de celle de la Pagode. Construite en 1900 en tant que salle de bal, La Fauvette ne projette alors que des vues, puisque le cinéma en est seulement à ses balbutiements. Elle devient une salle de cinéma à proprement parler en 1937, forte de 1000 places avec balcon. Différentes répartitions et ajouts de salles sont entrepris au fil des ans, jusqu’à ce que Les Fauvettes renaisse de ses cendres avec ses cinq salles rénovées, qui peuvent accueillir entre 199 et 94 spectateurs. Toutes les salles sont équipées d’écrans résolution 4K et du son Dolby 7.1. Deux d’entre elles peuvent également projeter de la 3D, tandis que seule la Salle 1, la plus grande, dispose encore d’un projecteur 35 mm, au grand dam de notre cher Pascal Le Duff, grand réfractaire au DCP, qui ne manquera pourtant pas d’explorer les lieux pour vous dès demain.

FauvettesSalle1

Quant à la programmation, si elle ne peut pas rivaliser avec les trouvailles confidentielles et autres raretés de certains de ses concurrents, elle se distingue néanmoins par une variété appréciable de films plus ou moins grands publics. L’équilibre de programmation idéal est même à peu près respecté pendant ces cinq premiers jours, avec une salle dédiée au cinéma européen (Le Conformiste venu de l’Italie), une autre au cinéma asiatique (grâce à une petite rétrospective de cinq films de Wong Kar-Wai), une troisième au cinéma d’animation (la trilogie Toy Story y inaugure une intégrale Pixar) et les deux autres au cinéma américain assez récent (la trilogie Retour vers le futur de Robert Zemeckis, Top Gun de Tony Scott, les ressorties récentes de Casino de Martin Scorsese et Blade Runner de Ridley Scott, ainsi que le dernier James Bond Skyfall en attendant la sortie du nouveau mercredi prochain). Seul le cinéma français est pour l’instant aux abonnés absents, une minime erreur de démarrage qui sera rattrapée très prochainement grâce à la ressortie du Corniaud de Gérard Oury et à un hommage à Jean-Paul Belmondo en dix films. Pour une éventuelle inclusion du genre documentaire, il vaudrait mieux être patient, puisque les Fauvettes ne seront point destinées au cinéma d’art et essai ou de recherche, mais exclusivement au cinéma populaire, selon son propriétaire Jérôme Seydoux.

FauvettesHall

Enfin, trois rencontres sont pour l’instant annoncées aux Fauvettes : avec la scénariste et réalisatrice Danièle Thompson le 10 novembre à 20h00 pour l’avant-première du Corniaud, avec le réalisateur Wim Wenders qui viendra présenter sa version (très) longue de Jusqu’au bout du monde le 11 novembre à 16h00 et avec le réalisateur John Landis autour d’une séance des Blues brothers le 12 novembre à 20h00. De quoi ravir le cœur de tout cinéphile parisien, s’il n’y avait pas l’obligation contraignante de réserver au préalable ou à la caisse sa place précise dans la salle. Qu’à cela ne tienne, nous serions prêts à nous abonner exprès au Pass Gaumont/Pathé pour pouvoir fréquenter assidûment ce nouveau temple de la cinéphilie parisienne !

 

A vos claviers donc, pour nous convaincre de franchir ce pas légèrement coûteux ou afin de partager dans les commentaires vos premières impressions des Fauvettes / vos plus beaux souvenirs de la Pagode !

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