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Berlinale 2018 : Invasion (Kiyoshi Kurosawa)


Japon, 2017
Titre original : Yocho
Réalisateur :
Scénario : Hiroshi Takahashi & Kiyoshi Kurosawa, d’après une pièce de Tomohiro Maekawa
Acteurs : Kaho, Shôta Sometani, , Ren Osugi
Distribution : Art House Films
Durée : 2h20
Genre : Science-fiction
Date de sortie : 5 septembre 2018

Note : 2,5/5

Tant qu’on peut en juger à partir d’un échantillon personnel forcément incomplet, le cinéma asiatique nous a plutôt déçus pendant cette Berlinale. Après avoir été laissés sur notre faim par les Coréens Hong Sang-soo et Kim Ki-duk, nous voici confrontés à un autre cinéaste prolifique en mode redondance. Les détails de l’environnement dramatique ont en effet beau être légèrement différents par rapport à ses films précédents, Kiyoshi Kurosawa répète dans Invasion l’éternelle rengaine de l’amour plus fort que tout, même en l’occurrence supérieur au débarquement imminent d’extra-terrestres à la stratégie de colonisation machiavélique, quoique pas entièrement aboutie. En temps normal, on aurait peut-être pu souscrire à ce message romantique, qui sait cependant éviter l’arrière-goût douceâtre de l’eau de rose concentrée. Mais ce film japonais, présenté au dans la section Panorama Spécial, a beaucoup trop tendance à étirer son propos. Car une fois que l’intrus et son mode opératoire sont démasqués, il ne reste plus qu’à négocier les termes de la reddition, puisque le concept d’une coexistence paisible dépasse encore la conscience étrangère, assoiffée de connaissance. Dès lors, le récit perd sensiblement de sa densité, revenant sans cesse sur les mêmes configurations conflictuelles, en panne d’un dénouement à la hauteur des interrogations fantastiques et philosophiques soulevées plus tôt.

Synopsis : Etsuko Yamagiwa, une ouvrière dans une usine de textile, est parmi les premiers à noter un changement inquiétant. Le ciel a pris une couleur étrange et son mari Tatsuo a des absences en regardant par la fenêtre. Ses doutes se concrétisent quand sa collègue Miyuki la supplie de l’accueillir chez elle, parce que sa propre maison serait hantée. Or, le fantôme si terrifiant pour la jeune femme n’est personne d’autre que son père. Miyuki est envoyée à l’hôpital, où le psychiatre lui atteste une perte inexplicable de la notion de famille. Etsuko y croise son mari, un assistant technique, qui lui présente le médecin Shiro Makabé, nouvellement arrivé, à qui il sert de guide et qui n’inspire point confiance à son épouse.

Suspicion générale sur la gente masculine

Comme c’est souvent le cas dans les films de Kiyoshi Kurosawa, l’introduction est la partie la plus fascinante d’une histoire, qui finira par être inutilement tirée en longueur. L’ignorance y est une fois de plus un moteur d’investissement redoutable, aussi parce que la menace reste diffuse pendant une durée raisonnable. Ainsi, aucune sous-coupe volante ne descendra avec fracas du ciel dans Invasion, pas plus qu’on verra une transformation spectaculaire d’extra-terrestres voulant retrouver leur aspect originel, après avoir pris l’apparence trompeuse d’un humain afin de passer inaperçus. Le spectre des interprétations possibles de l’intrigue va même jusqu’à une hypothétique guerre des sexes, les méfaits étant au début surtout l’œuvre d’hommes qui gardent une main-mise quelque peu archaïque sur leur pendant féminin, cantonné au rôle de victime. Hélas, ce n’est pas vraiment pour cette voie-là de l’engrenage que la mise en scène a opté. La portée morale de l’intrigue reste de même plutôt à l’état embryonnaire : le raisonnement des personnages se résume rapidement à un antagonisme sommaire – en dépit de sa forme triangulaire – entre Etsuko, le seul espoir de l’humanité alors que l’on ne sait jamais très bien d’où lui viennent sa clairvoyance et sa force, et le docteur Makabé, auquel Masahiro Higashide confère certes les traits séduisants d’un géant juvénile, sans pour autant accentuer outre mesure son côté cruel et calculateur. Le pauvre Tatsuo devra se contenter, quant à lui, de l’emploi nullement enviable d’intermédiaire entre ces deux pôles d’influence, qui vont bientôt montrer leurs faiblesses.

Macchabée et tremblement

En effet, après l’exposition pas sans intérêt et de premières rencontres du troisième type elles aussi exprimées de façon concluante, l’intrigue prend subitement congé de tout développement logique et organique pour mieux tourner en rond dans la boucle des préparatifs stériles d’un envahissement de la Terre. Les scrupules de Tatsuo, un guide-espion de moins en moins volontaire, n’y servent alors plus que de prétexte aux douleurs fantômes dans sa main droite, pendant que sa femme affolée cherche à comprendre les implications d’un danger vital, contre lequel elle est d’ores et déjà et comme par miracle immunisée. Cet immobilisme narratif n’est guère aidé par l’apparition assez anecdotique d’un deuxième récolteur de concepts et encore moins par le glissement vers cette quête d’un amour impossible – et au demeurant évoqué en des termes cinématographiques peu engageants –, une fois que des sentiments moins mielleux, comme l’orgueil ou la peur de mourir, ont été rajoutés sans conséquence notable au savoir des futurs occupants. C’est là un regrettable gâchis d’options futuristes passionnantes, à mettre au moins autant sur le compte de la pièce de théâtre de laquelle Invasion est l’adaptation cinématographique – elle-même la version courte d’une série que Kiyoshi Kurosawa a réalisée pour la télévision japonaise l’année dernière, un peu à la manière de Shokuzai qui était sorti en deux parties au cinéma en France au printemps 2013 – que sur celui de cette fâcheuse propension du réalisateur à insister lourdement sur les divers ressorts d’une fin, qui ne justifie que rarement les moyens et le temps investis pour parvenir jusqu’à elle.

Conclusion

Avec Invasion, on n’est certes pas parti aussi loin dans le délire grandiloquent de la suprématie de l’amour, sur fond d’effets spéciaux improbables, que dans Real du même réalisateur. Néanmoins, il ne reste pas moins frustrant que cette histoire au potentiel certain ne fait pas preuve de davantage de discernement pour éviter les mauvais choix scénaristiques et formels. Ces derniers sont portés au paroxysme, lors d’une conclusion qui anéantit les rares subtilités et nuances développées précédemment et quoiqu’il en soit en perte de vitesse, depuis que l’envahisseur a décidé avec une insouciance préjudiciable de jouer cartes sur table avec ses proies.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles