Berlinale 2016 : Indignation


Etats-Unis, 2016
Titre original : Indignation
Réalisateur :
Scénario : James Schamus, d’après le roman de
Acteurs : , Sarah Gadon, , Pico Alexander
Distribution : –
Durée : 1h51
Genre : Drame
Date de sortie : –

Note : 2,5/5

James Schamus est un acteur de l’industrie du cinéma qui mérite toute notre admiration. Peu importe que ce soit dans sa fonction de producteur, de scénariste, de distributeur ou ponctuellement de président du jury du Festival de Berlin, ses choix artistiques et commerciaux témoignent d’une sensibilité et d’une culture générale exemplaires. Il lui aura fallu du temps pour s’investir dans un autre champ du processus de création filmique, puisque le quinquagénaire vient tout juste de réaliser son premier film. Ses débuts derrière la caméra à proprement parler sont certes respectables, mais il manque encore à Indignation l’intensité subtile qui rend si passionnants la plupart des films de Ang Lee, l’ancien collaborateur de Schamus. Les faux pas formels sont assez rares dans cette adaptation de Philip Roth, bien que la facture globalement académique du film ne vole en éclats que lors d’une seule et unique séquence. Ce sommet plutôt bref du découpage dramatique ne connaîtra hélas aucune réplique notable au fil d’un récit au ton trop neutre pour nous interpeller durablement.

Synopsis : En 1951, alors que la guerre de Corée fait rage à l’autre bout du monde, le jeune Marcus Messner compte parmi les heureux élus qui ne doivent pas accomplir leur service militaire. Avec la bénédiction de son père boucher et une bourse de sa synagogue en poche, il part de son New Jersey natal vers une université de l’Ohio pour devenir avocat. L’intégration à la faculté se passe pourtant moyennement, à cause du refus de Marcus de rejoindre la seule association d’étudiants juifs du campus et d’y rechercher activement de nouveaux amis. Il préfère se consacrer corps et âme à ses cours, jusqu’au jour où il tombe sous le charme de l’énigmatique Olivia Hutton. Or, lors de leur premier rendez-vous, cette dernière s’adonne à un acte qui n’a pas fini de troubler Marcus.

Pratiquer le tact

A force de fréquenter les plateaux de cinéma, James Schamus sait presque automatiquement comment tourner un film. Sa réalisation fait en effet preuve d’une certaine expertise, attachée de traiter chaque aspect de l’histoire avec soin. De cette forme consciencieuse de l’artisanat n’éclore toutefois pas systématiquement un film susceptible de se distinguer par son style personnel. La narration suit ainsi sagement les premiers pas d’un jeune homme loin de chez lui, en mettant à sa disposition des dispositifs aussi éprouvés que la voix off et un récit cadre dont le sens ne deviendra clair qu’à la fin du film. Il ne s’y opère toutefois aucune relecture astucieuse de l’époque, comme avaient pu le faire par exemple sur le mode de la farce les frères Coen dans Ave César et sur celui de la tragédie kitsch Todd Haynes dans Loin du paradis. Au contraire, le ton du premier film de James Schamus, présenté au Panorama du 66ème Festival de Berlin, est à l’image de l’état d’esprit du début des années 1950. Il est si fermement enraciné dans l’apathie douillette, née en réaction à la paranoïa des conflits courants, la Guerre froide et celle de Corée, que rien, ni personne ne peut le déranger, même pas un dépucelage arrivé sans avertissement.

Deux loups et une brebis

On était donc prêt à accepter cette histoire d’une médiocrité inoffensive sans plus rien attendre d’elle, quand survenait sans crier gare une séquence, qui aurait pu changer le statu quo du film d’une façon fracassante. Alors que Marcus a déjà parcouru une bonne partie de son chemin vers la perte de l’innocence – il a coupé le cordon ombilical avec ses parents, il a de bonnes notes, il a eu une première aventure sexuelle et il s’est embrouillé avec ses compagnons de chambre – il est justement convoqué par le proviseur de son université pour discuter de son déménagement récent, qui le met encore un peu plus en état d’échec social. Ce qui aurait pu n’être qu’une démarche administrative anodine, aussi terne que le contexte pédagogique dans cette université qui exige que ses étudiants assistent sans exception au sermon hebdomadaire, devient contre toute attente la pièce maîtresse de Indignation. Le protagoniste et Dean Caudwell s’y livrent une bataille verbale dont la férocité est parfaitement prise en compte par la mise en scène de James Schamus. Cette dernière se réveille miraculeusement de l’état de torpeur dans lequel elle risquait de tomber à tout moment, pour asséner des coups aussi secs et impitoyables que les répliques assassines que les deux hommes échangent alors que le ton monte entre eux. Et c’est logiquement dans cette séquence mémorable que l’interprétation trouve la seule occasion de briller, en l’occurrence au profit de Logan Lerman et de Tracy Letts.

Conclusion

Vous l’aurez compris, nos sentiments sont très partagés à l’égard de ce drame d’époque, qui reste certes cohérent dans son portrait de cet âge de l’inertie morale et sociale, mais qui ne s’efforce pas suffisamment de trouver une approche personnelle pour traduire en termes cinématographiques l’histoire pas très originale de Philip Roth. En somme, il s’agit d’un film honnête mais guère exceptionnel, la fameuse séquence précitée mise à part, qui ne nous ferait guère regretter que James Schamus retourne à son activité de producteur et scénariste, qu’il maîtrise sur le bout des doigts.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles