Critique : Holy Lands

France, Belgique, 2018

Titre original : Holy Lands

Réalisatrice :

Scénario : Amanda Sthers, d’après son roman

Acteurs : , ,

Distribution : Studiocanal

Durée : 1h40

Genre : Comédie dramatique

Date de sortie : 16 janvier 2019

2,5 / 5

Est-ce qu’un film à lui seul peut englober toutes les facettes de la vie, les joies et les peines, les sujets à la mode et les grandes questions existentielles qui turlupinent l’humanité depuis la nuit des temps ? Si de tels films existent, ils y sont parvenus au prix de nombreux détours et de subtilités, presque par accident au fil d’un processus créatif qui ne visait sans doute pas si haut. Le troisième long-métrage de Amanda Sthers ne s’encombre pas de pareille délicatesse. Il y va franchement, quitte à condenser le cycle de la vie de façon surréaliste. En somme, Holy Lands est un ratage, au discours pompeux et ampoulé, quoique un ratage pas inintéressant dans ses excès et sa volonté manifeste, oh si maladroite, de faire partir le spectateur avec un sourire sur les lèvres. Sauf qu’il ne suffit pas de faire appel in extremis à une chanson emblématique de Charles Chaplin et de raccommoder tant bien que mal une famille hautement dysfonctionnelle pour nous donner envie d’adhérer sincèrement à cette histoire caricaturale au possible ! Toutes les sources de la discorde sur le terrain miné d’Israël y sont en effet réunies, non pas pour faire avancer intelligemment le regard sur un conflit vieux d’au moins soixante-dix ans, mais afin de servir d’arrière-plan vaguement folklorique à un mélodrame familial passablement grotesque. Néanmoins, ce serait une perte de temps de s’insurger avec aplomb contre ce type de film, qui veut tellement célébrer la victoire de l’amour en dépit de tous les obstacles qu’il en oublie largement de faire du cinéma avec élégance.

© Studiocanal Tous droits réservés

Synopsis : Un jour, le vieux Harry Rosenmerck a tout plaqué et est parti s’installer près de Nazareth, en Israël, pour y élever des porcs. Ce choix radical est resté d’autant plus incompréhensible pour ses proches qu’il a coupé tout contact avec son fils David, un dramaturge gay acclamé à New York, et qu’il n’entretient pas non plus des rapports chaleureux avec son ex-femme Monica et sa fille Annabelle, une éternelle étudiante qui donne seulement des nouvelles lorsqu’elle a besoin d’argent. Sur place, son travail ne fait pas non plus l’unanimité, puisque le rabbin Moshe Cattan le bombarde de lettres, exigeant qu’il cesse sur-le-champ son élevage de bêtes impures, et que des fanatiques catholiques veulent le chasser de ses terres, où Jésus en personne aurait vécu autrefois.

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On n’a pas élevé les cochons ensemble

Au bout d’une heure et demie de film, on finit quand même par quitter les personnages de ce récit choral avec un vague sentiment de familiarité. Toutefois, l’impression de savoir désormais dans quel périmètre les personnages peuvent évoluer ne résulte point de leur richesse, mais de leurs limitations manifestes. En effet, Holy Lands n’est guère plus qu’un amas de stéréotypes, saupoudré de nombreuses séquences dont la seule vocation paraît être de couvrir en long et en large les sujets à la mode. Ainsi, l’homosexualité vécue pas sans tracas par le fils prodigue, interprété avec son air blasé habituel par Jonathan Rhys-Meyers, se résume à une fin de non-recevoir de sa demande d’adoption – l’homoparentalité, c’est fait – et la découverte intime de son orientation sexuelle est associée avec un culot scénaristique sans merci aux attentats du 11 septembre 2001 – le terrorisme et l’homophobie aussi ! De même, l’oppression du peuple palestinien n’aura droit qu’à une autre parenthèse sans véritable lien avec le récit, lorsque Annabelle s’oppose verbalement à une soldate israélienne à un point de passage de l’ignoble mur, où elle voudrait tant prendre cette misère en photo. Les autres personnages ne sont pas mieux lotis, leur utilité dramatique se voyant réduite à une sorte de paradis perdu fortement édulcoré pour le vieux patriarche dont les motivations restent complètement opaques, à une fonction amicale qui s’agence trop abruptement pour le rabbin finalement pas si intégriste que cela, ainsi qu’à des vestiges bourgeois restés dans le « vieux » monde, qui se situe bizarrement ici outre-Atlantique, auprès de l’ex-femme moribonde et de son médecin-ami aux petits soins.

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Prière œcuménique pour des critiques pas trop méchantes

Tout ce beau monde s’agite beaucoup et s’engueule encore plus par lettres traditionnelles et virtuelles interposées, selon le principe de l’hystérie du rythme narratif, qui n’a pas peur de faire coïncider d’une manière abusivement théâtrale les deux extrémités de la vie en l’espace de quelques secondes seulement – ceci n’est hélas pas une exagération ! La mise en scène a par ailleurs tendance à s’inspirer outre mesure des ressorts des romans de gare, dont les aspects tragiques sont rapidement relativisés par le passage à des moments encore plus intenses. Néanmoins, dans tout ce marasme de trivialité, la réalisatrice arrive tant bien que mal à faire perdurer un certain optimisme, voire une légèreté de ton, capable de nous éviter un désespoir plus profond face à tant d’exagérations sans suite, ni fondement. Pour un film à tel point surchargé de poncifs névrosés et de bonnes intentions mal exprimées, le propos final reste également peu clair, quelque part entre la nécessité de rafistoler le bric-à-brac familial avant qu’il ne soit trop tard d’un côté et l’orgueil d’avoir une opinion consensuelle sur tous les sujets d’actualité de l’autre. Bien sûr, aucun de ces champs de réflexion ne débouche sur quelque ingéniosité formelle que ce soit, pas plus que sur un point de vue éclairé par rapport à cet univers écartelé entre trois continents. Il n’empêche que, dans tous ses ébats convulsifs, le film sait préserver un degré minimal de divertissement, certes le plus souvent malgré lui, mais peu importe, puisque parfois, les œuvres les plus instructives sont celles dont on voit outrancièrement les ficelles et donc les choses à éviter en termes cinématographiques.

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Conclusion

James Caan et , et Tom Hollander – à ne pas confondre avec Tom Holland – : la distribution de Holy Lands est pour le moins éclectique, ne serait-ce que parce que nous étions plus ou moins empressés de retrouver ces acteurs. Le film de Amanda Sthers n’est pas moins hétéroclite dans son ensemble, truffé de fausses bonnes idées et d’écarts thématiques superflus, enclin à une économie narrative drastique qui multiplie pourtant les digressions incongrues. Alors qu’il serait facile de le discréditer d’office comme une œuvre platement opportuniste, nous préférons voir le verre à moitié plein et lui tenir rigueur de beaucoup d’énergie et de bonne volonté, dont les manifestations concrètes nous ont cependant laissés plus dubitatifs.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles