Critique : Grimsby Agent trop spécial

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Royaume-Uni, 2016
Titre original : The Brothers Grimsby
Réalisateur :
Scénario : , Phil Johnston et Peter Baynham
Acteurs : , , ,
Distribution : Sony Pictures Releasing
Durée : 1h23
Genre : Comédie
Date de sortie : 13 avril 2016

Note : 3/5

L’humour selon commence et se termine avec son trou du cul. Une fois qu’on a compris, voire accepté cette obsession anale, le ton de ses films devient tout de suite moins vulgaire. La focalisation sur les parties génitales et l’appareil digestif de l’homme s’apparente chez lui à un bras d’honneur constant, lancé à cet ultime terrain interdit de la bienséance, pourtant déjà amplement exploré par les comédies d’adolescents depuis une vingtaine d’années. Or, le comique britannique n’est au fond qu’un grand gamin, qui s’amuse à jouer avec ses propres excréments, quitte à choquer les spectateurs les plus susceptibles avec ses blagues à forte tendance fécale. C’est à une forme corsée de la satire sociale qu’il nous convie avec chaque nouveau film, même si privilégie clairement le divertissement de haut vol, au détriment d’un commentaire acerbe des travers de notre civilisation, qui se fait plus discret cette fois-ci. Toujours est-il que ce film constitue une évolution appréciable dans l’univers de , qui y tire certes toujours les ficelles, mais qui n’est plus le centre narcissique de toutes les attentions.

Synopsis : Nobby est un membre éminent de la communauté du quartier défavorisé de Grimsby. Tout ce qui compte dans sa vie, ce sont le foot, le pub et sa famille, déjà riche de près d’une dizaine d’enfants. Depuis vingt-huit ans, il attend le retour improbable de son frère Sebastian, dont il a été séparé à la mort de leurs parents. Contre toute attente, il est informé de la présence de son frangin à une réception luxueuse à Londres. Nobby s’y rend, ravi de le retrouver enfin. Sebastian est pourtant devenu au fil du temps le contraire absolu de son frère : il est un agent spécial surentraîné, qui agit sans états d’âme et atteint toujours son objectif. Jusqu’à ce que les retrouvailles avec son frère maladroit fassent de lui la cible de tous les malfaiteurs de la planète.

God save

Borat, Brüno et les autres : aime depuis longtemps se mettre en scène dans des accoutrements extravagants. Jusqu’à présent, l’action tournait exclusivement autour de ses personnages profondément caricaturaux. Ils servaient de reflet à peine déformé d’une société elle-même obsédée par les apparences et par le rapport plus ou moins complexé au corps humain. Il y a toujours beaucoup de cela dans , avec ce prolo aussi dégoûtant qu’attachant qui devient malgré lui une redoutable machine à tuer. Dans cette évolution réside toutefois la différence cruciale avec les films précédents de l’acteur principal, taillés sur mesure pour lui. Il a beau être au cœur de l’intrigue, sa présence plus grande que nature devra désormais rivaliser avec celle d’un pendant en tous points parfaits. La valeur comique incontestable du film naît précisément de cette concurrence forcément déloyale. Chacun des frères y cherche désespérément à sauver un peu de son identité personnelle de la tempête déclenchée par leur rencontre inopinée, tout en se souvenant du passé lointain, lorsque leur unité faisait encore leur force.

La révolte des sous-merdes

Le propos du film a beau être assez rudimentaire, le scénario le ponctue de quelques observations savoureuses, sans exception véhiculées à travers une référence explicite à ce fameux anus. L’humour de n’est alors jamais platement bête, mais saupoudré d’une intelligence et d’une vivacité d’esprit qui le distinguent clairement de celui de ses confrères péniblement grossiers. Il plonge certes sans retenue dans le microcosme ignorant et grivois des bas-fonds anglais, mais il arrive simultanément à sauvegarder tant soit peu la noblesse démunie de la classe ouvrière dans toute sa dégénérescence. Et puis, la mise en scène musclée de apporte une touche d’action extrêmement efficace, notamment lors des scènes de poursuite et de combat en caméra subjective. Enfin, l’emploi des acteurs n’a rien d’inspiré, mais se conforme sobrement aux rôles que , , et ont l’habitude d’interpréter depuis plus ou moins longtemps. L’apparition rapide de et de nous rappelle hélas à quel point l’industrie du cinéma est sectaire et peu disposée à donner leur chance à ces jeunes espoirs vite déçus.

Conclusion

a encore réussi à nous surprendre. En se mettant relativement en retrait dans ces aventures aussi brèves que rocambolesques, il élargit considérablement le champ de réflexion que ses personnages iconoclastes exploitent. Son humour ne vole toujours pas plus haut que son propre nombril. Il devient cependant de plus en plus aisé pour nous de déceler dans ses vannes irrévérencieuses, qui fusent à cent à l’heure, non pas une méchanceté gratuite, mais au contraire une envie enfantine à se moquer de tout et de n’importe quoi.

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