Nécrologie News — 25 juin 2015
Décès du compositeur James Horner
(AMPAS/ABC)

(AMPAS/ABC)

Doublement oscarisé pour la musique et la chanson de Titanic de James Cameron, James Horner est décédé dans le crash de l’avion qu’il pilotait lui-même ce lundi 22 juin. Il aurait eu 62 ans en août prochain. Il était le grand responsable de la chanson «My heart will go on» (avec le parolier Will Jennings) qui fit de Céline Dion une star internationale et a rendu fou de nombreux auditeurs contraints de l’entendre en boucle encore et encore pendant des mois. Le thème principal scandé par la voix de Sissel Kyrkjebø durant le film est lui plutôt agréable et surtout n’écrase pas l’émotion de l’histoire d’amour entre Leonardo di Caprio et Kate Winslet. Il n’est pas interdit d’arrêter la vision du film dès le début du générique lorsque la canadienne donne de la voix. Outre Titanic, James Horner avait aussi composé les musiques de deux autres longs-métrages pour Cameron, Aliens le retour et Avatar parmi les quelques 150 scores dont il était le signataire. Il restera donc comme le compositeur des deux plus grands succès en salles de l’histoire du cinéma, Titanic et Avatar.

James Horner apprend à jouer au piano dès l’âge de cinq ans, devient enseignant à UCLA dès la fin des années 70 et commence à signer des musiques pour des films d’étudiants à l’American Film Institute. Il débute dans le long-métrage avec Du rouge pour un truand de Lewis Teague, suivi de plusieurs productions de Roger Corman, de Charles B. Griffith, Les monstres de la mer de Barbara Peeters puis la divertissante production de SF Les Mercenaires de l’espace de Jimmy T. Murakami dont les décors étaient signés… James Cameron. Il participe ensuite à plusieurs films de genre, La Ferme de la terreur de Wes Craven, Wolfen de Michael Wadleigh, La Main du cauchemar d’Oliver Stone, Krull de Peter Yates ou La Foire des ténèbres de Jack Clayton, avec un sens plutôt efficace du frisson, de l’atmosphère mystérieuse mais aussi de l’épique notamment lorsqu’il reprend à son compte la franchise Star Trek le temps de deux épisodes majeurs, Star Trek 2 : La Colère de Khan de Nicholas Meyer et Star Trek 3 : À la recherche de Spock de Leonard Nimoy en remplacement de Jerry Golsdmith, le compositeur du thème de la série et de la majorité des films de cinéma.

C’est dans les années 80 donc qu’il devient l’un des compositeurs de musiques de films les plus célébrés de sa génération grâce en premier lieu à Aliens le retour, une des bandes-sons les plus emblématiques du cinéma d’action, devenue une aussi grande source d’influence que le film lui-même, souvent copié. Le rythme de ce grand moment de SF d’horreur lui doit autant qu’à la mise en scène de Cameron.

Il signe ensuite les partitions de films marquants de la période : 48 heures de Walter Hill, de Douglas Trumbull, L’Habilleur de Peter Yates, Gorky Park de Michael Apted, Natty Gann de Jeremy Kagan, de Mark L. Lester, Le flic était presque parfait de Michael Dinner, Projet X de Jonathan Kaplan, Miracle sur la 8e rue de Matthew Robbins, Double Détente de Walter Hill ou Glory d’Edward Zwick pour lequel il composera plus tard les thèmes de Légendes d’automne et À l’épreuve du feu. Avec Cocoon, il entame une autre longue collaboration, avec Ron Howard qu’il retrouve ensuite pour Willow, Apollo 13, La Rançon, Le Grinch, Un homme d’exception ou (très rare western de sa filmographie). Il signe plusieurs musiques pour les films d’animation produits et/ou réalisés par Don Bluth, Fievel et le nouveau monde et sa suite Fievel au Far West, Le Petit Dinosaure et la vallée des merveilles et sa suite Les Quatre Dinosaures et le Cirque magique.

Il enchaîne alors avec certaines de ses plus belles partitions, Jusqu’au bout du rêve de Phil Alden Robinson où il accompagne plutôt joliment un récit poétique et magique, Cœur de tonnerre, film policier brillant de Michael Apted situé dans les réserves indiennes et dans un tout autre registre Chérie, j’ai rétréci les gosses de pour lequel il trouve le ton juste, dynamique, enjoué et assez vif et qu’il retrouve pour Rocketeer, plaisant hommage au sérial.

Les années 90 et 2000 sont marquées par les films de suspense ou des films ancrés dans le merveilleux. 48 heures de plus de Walter Hill toujours, Les Experts de Phil Alden Robinson, et Danger immédiat de Philip Noyce, L’Affaire Pélican et Ennemis rapprochés d’Alan J. Pakula, Swing Kids de Thomas Carter, Jade de William Friedkin côté thriller et action, Je t’aime à te tuer de Lawrence Kasdan, de Brad Silberling, de Joe Johnston, Mon ami Joe de Ron Underwood, L’Homme bicentenaire de Chris Columbus, de Mark Waters côté humour ou aventures. Il travaille à plusieurs reprises avec Mel Gibson (L’Homme sans visage, Braveheart, Apocalypto), Martin Campbell ( et La Légende de Zorro, ), Wolfgang Petersen (, Troie) et Steven Zaillian (À la recherche de Bobby Fischer, Les Fous du roi).

Il compose encore les musiques de Deep Impact de Mimi Leder, Windtalkers de John Woo, House of Sand and Fog de Vadim Perelman, Flight Plan de Robert Schwentke, Le Nouveau Monde de Terrence Malick et The Amazing Spider-Man de Marc Webb. S’il n’était pas le mélodiste le plus original du cinéma américain, il aura su s’imposer dans les mémoires collectives en se retrouvant aux génériques de films vus d’un très large public et auxquels il a su apporter des notes souvent efficaces (riches – parfois trop – en cuivres et choeurs lyriques) avec parfois tout de même quelques jolies envolées, sur Le Masque de Zorro ou Aliens ou les moins connus Bobby Fischer ou Par amour pour Gillian.

Cette année il avait composé la musique du Dernier loup de Jean-Jacques Annaud pour qui il avait fait celles du Nom de la rose, Stalingrad et Or Noir. On attend de découvrir encore celles pour le moment inédites de (Southpaw) d’Antoine Fuqua qui sort en salles le 22 juillet et de The 33 sur les chiliens bloqués pendant 69 jours au fond d’une mine.

Pour sa contribution au septième art, il avait obtenu huit autres citations aux Oscars, pour les musiques de Aliens le retour, Jusqu’au bout du rêve, Braveheart et Apollo 13 la même année, House of Sand and Fog, Un Homme d’exception et Avatar ainsi que pour la chanson de Fievel et le nouveau monde (« Somewhere Out There »). Il a remporté pour cette dernière le Grammy de la chanson de l’année et de la chanson de film, trois autres pour la chanson de Titanic ainsi qu’un Grammy de la composition instrumentale pour un thème de Glory.

Il avait également composé un concerto pour violon, violoncelle et orchestre, « Pas De Deux », une commande de deux solistes norvégiens, Mari Samuelson et son frère Hakon Samuelson, créé en novembre 2014.

Articles semblables

Partage

Auteur

Avatar
Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles