
La réalisatrice norvégienne Anja Breien est décédée avant-hier à Oslo. Elle était âgée de 85 ans. L’une des cinéastes majeures de la Nouvelle Vague norvégienne au début des années 1970, Breien avait réalisé une petite dizaine de longs-métrages, entre 1971 et 1996. Pendant ce quart de siècle d’une carrière d’exception, elle avait souvent filmé des histoires à la portée féministe, dont la trilogie Wives sur un groupe de femmes qui font pendant un temps abstraction des devoirs que la société scandinave leur impose. Certains films de Anja Breien ont été sélectionnés aux plus prestigieux festivals internationaux, y compris au Festival de Cannes, tour à tour à la Quinzaine des réalisateurs et en compétition, ainsi qu’à celui de Venise.
Pourtant, à la fin du siècle dernier, la filmographie de cette réalisatrice pionnière risquait sérieusement de tomber dans l’oubli. Ce n’est que grâce à un travail de mise en avant patrimoniale de longue haleine que la plupart de ses longs-métrages et leur propos étonnamment moderne ont été rendus de nouveau accessibles au public contemporain. En 2003 au Festival de La Rochelle, le premier pas de cette bataille contre l’effacement de la mémoire a été fait à travers une rétrospective qui comprenait à la fois l’ensemble de ses neuf longs-métrages et cinq de ses courts. Dix ans plus tard, déjà chez Malavida, une première édition vidéo de son œuvre phare Wives était sortie.
Or, ce n’est que tout récemment que la redécouverte de l’univers filmique de Anja Breien a réellement pris sa vitesse de croisière. Avec un premier coup de projecteur partiel en cinq films l’année dernière, dans le cadre de l’Histoire permanente des femmes cinéastes au 17ème Festival Lumière à Lyon. Puis au mois de mars à Paris à la Cinémathèque Française pour son festival de films restaurés. De façon encore plus exhaustive, c’est toutefois le distributeur attitré de la réalisatrice, Malavida Films, qui vient de ressortir d’abord la trilogie Wives début avril, puis trois autres de ses films la semaine dernière.
Et la France n’est pas le seul pays européen à se remettre à l’heure Breien, puisqu’en Espagne, la Cinémathèque de la Catalogne à Barcelone lui consacre actuellement une rétrospective et que le distributeur Lost & Found vient de ressortir également six de ses films, quoique pas tout à fait les mêmes titres que dans les salles françaises.

Inspirée des films du réalisateur suédois Ingmar Bergman (Le Septième sceau et Les Fraises sauvages) et de son confrère français François Truffaut (Les 400 coups), Anja Breien avait osé faire quelque chose qu’aucune autre femme n’avait réussi à faire avant elle : entrer en 1962 à l’école de cinéma prestigieuse de l’Institut des hautes études cinématographiques, devenue depuis la Fémis. Après trois premiers courts-métrages et un long collectif, elle signe en 1971 avec Le Viol [Le Cas Anders] son premier film à part entière.
Quatre ans plus tard, en réponse indirecte au film Husbands de John Cassavetes, elle tourne donc le doux manifeste féministe Wives. D’ailleurs, ces deux films-là – Husbands de Cassavetes et Wives de Breien – seront encore disponibles en ligne dans l’abonnement de LaCinetek pendant une dizaine de jours, jusqu’au 22 mai inclus !
Pour la réalisatrice, les choses plus sérieuses commencent ensuite, grâce au drame romantique Un jeu sérieux, qui devrait aussi retrouver prochainement la lumière des projecteurs de cinéma, le doux-amer L’Héritage, présenté en compétition au Festival de Cannes en 1979, l’encore plus tragique La Persécution, en compétition au Festival de Venise deux ans plus tard, et Le Cerf-volant, visible chez nos voisins ibériques mais pas chez nous.
Anja Breien termine sa carrière sur les deux suites de Wives, Wives 2 Dix ans après en 1985 et Wives 3 Elles ont 50 ans ! onze ans plus tard. Au tournant du siècle, en 1998 et 2001, deux de ses courts-métrages concourent à l’Ours d’or du court-métrage au Festival de Berlin.
















