Critique : Danish girl

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Danish girl

Royaume-Uni, 2015
Titre original : The Danish girl
Réalisateur : Tom Hooper
Scénario : Lucinda Coxon, d’après le livre de David Ebershoff
Acteurs : Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw, Sebastian Koch
Distribution : Universal Pictures International
Durée : 2h00
Genre : Drame
Date de sortie : 20 janvier 2016

Note : 2,5/5

Dans les civilisations occidentales, la question des transgenres reste le dernier tabou dans le domaine des mœurs. C’est la dernière étape à franchir dans la lente évolution du regard que nous portons sur la sexualité de l’autre, qui a déjà accompli tant de progrès au cours du siècle passé pour les femmes et les homosexuels. Toute occasion devrait donc être bonne à prendre pour enrichir le débat sur ce sujet délicat, ne serait-ce que la transition d’un ancien athlète américain pour devenir Caitlyn Jenner, la nouvelle vedette des émissions people. Tôt ou tard, le cinéma grand public allait s’intéresser également à ces hommes et femmes en quête d’une nouvelle identité. Dommage que le précurseur en la matière soit un réalisateur aussi terne et peu téméraire que Tom Hooper, qui a réussi à transformer une histoire à fort potentiel polémique en un mélodrame tellement soporifique et superficiel que son propos devient carrément inoffensif. Les interprétations appliquées des deux têtes d’affiche ne changent alors pas grand-chose à ce que Danish girl soit un divertissement au charme édenté, sans la moindre utilité pour faire avancer le débat.

Synopsis : En 1926, le peintre danois Einar Wegener est l’un des membres les plus respectés de sa profession, contrairement à sa femme Gerda qui peine à percer dans le milieu avec ses portraits. Quand l’un de ses modèles est absent, Gerda demande à son mari de le remplacer au pied levé, quitte à enfiler des bas et porter une robe afin de ressembler le plus possible à leur amie, la danseuse Ulla. Einar se prête avec une certaine réticence à l’exercice, mais éprouve une jouissance honteuse en touchant l’étoffe des habits féminins. Il pousse la confusion des genres encore plus loin en accompagnant Gerda à un bal d’artistes déguisé en Lili, sa cousine imaginaire. Dès lors, la possibilité d’une toute nouvelle identité s’ouvre à Einar.

Etre entièrement soi-même

S’accepter soi-même au point d’oser changer de sexe – si l’on est ainsi incliné – n’est pas une mince affaire. De nos jours, cela implique au moins une dose considérable de discriminations, qui peuvent prendre dans le meilleur des cas la forme du ridicule et de regards ou de commentaires désapprobateurs. Il y a quatre-vingts-dix ans, une telle chose était carrément inouïe, sans même parler du travail pionnier à fournir du côté médical. Peu importe la période et en attendant des jours meilleurs d’une tolérance plus large envers les personnes transgenres, il y a quelque chose d’intrinsèquement radical dans le processus de changer de sexe. Le vocabulaire amplement rodé du cinéma dispose certainement de dispositifs dont l’intensité conviendrait à pareille rupture identitaire, sans pour autant s’attarder outre mesure sur les aspects anatomiques de l’intervention. La mise en scène anémique de Tom Hooper ne fait appel à aucun d’entre eux. Elle préfère visiblement concevoir le récit comme un chemin de croix convenu, rythmé de ses cadrages obliques habituels et de multiples plans de transition de canaux danois. En adoptant ce style très précieux et pictural, Hooper reste certes fidèle à lui-même, mais il passe d’une façon regrettable à côté de la rage de vivre des transgenres, qui exigent d’exister selon les termes qu’ils ont choisis eux-mêmes.

Le misérable discours de Tom Hooper

L’intégralité des autres éléments de Danish girl est à l’image de ce dilemme fâcheux de faire un film ennuyeusement respectable sur un sujet qui demande tout sauf un traitement si convenable. Les interprétations énumèrent ainsi sans verve différentes déclinaisons de la virilité ou de la féminité, sans que ces facettes complémentaires des personnages ne suscitent le moindre intérêt dramatique. Côté hommes, Matthias Schoenaerts reste abonné aux épaules fortes et larges sur lesquelles les demoiselles en détresse peuvent se consoler en toute circonstance, tandis que Eddie Redmayne perfectionne sans la moindre retenue l’éventail de la préciosité affectée. Les femmes s’en sortent à peine mieux, puisque Alicia Vikander y paraît beaucoup moins naturelle et sûre de son pouvoir de conviction que dans ses films précédents. Quant au scénario, il se démarque par un manque d’intensité et d’ingéniosité qui n’a d’ailleurs pas dû rendre la tâche plus facile à la narration exsangue de Tom Hooper.

Conclusion

Quelle occasion ratée de rendre le sujet des transgenres plus accessible aux spectateurs sans affinité avec cette communauté de moins en moins marginale ! Danish girl est le genre de film mou et frileux qui ne cherche à offenser personne, à l’exception des amateurs d’un cinéma engagé qui oserait prendre des risques pour la bonne cause.

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