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Critiques de films Drame — 16 novembre 2016
Critique : Une vie

Une vie

une-vie-afficheFrance, Belgique : 2016
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Stéphane Brizé, d’après Guy de Maupassant
Acteurs :   , ,
Distribution :
Durée : 1h59
Genre : Drame
Date de sortie : 23 novembre 2016

4.5/5

C’est avec des films comme Je ne suis pas là pour être aimé, Mademoiselle Chambon, Quelques heures de printemps ou La loi du marché que Stéphane Brizé s’est construit une solide réputation d’entomologiste de la vie quotidienne contemporaine. Autant dire qu’on ne pouvait que se montrer surpris de le voir s’attaquer à une adaptation  d’un des monuments de la littérature française, « Une vie », le premier des six romans écrits par Guy de Maupassant. Certes, il s’agit de vie quotidienne, mais d’un quotidien remontant à près de deux siècles. Le choix de Stéphane Brizé était donc risqué d’autant plus que l’adaptation d’un roman au cinéma n’est jamais chose facile et s’avère encore plus difficile lorsqu’il s’agit de transposer à l’écran l’écriture d’un auteur comme Maupassant.

Synopsis : Normandie, 1819. A peine sortie du couvent où elle a fait ses études, Jeanne Le Perthuis des Vauds, jeune femme trop protégée et encore pleine des rêves de l’enfance, se marie avec Julien de Lamare. Très vite, il se révèle pingre, brutal et volage. Les illusions de Jeanne commencent alors peu à peu à s’envoler.

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La vie d’une oie blanche

Alors qu’elle n’a pas encore vingt ans, Jeanne Le Perthuis des Vauds n’est sortie du château familial que pour aller passer quelques années dans un couvent, histoire de parfaire son éducation. Autant dire qu’elle est l’archétype de ce qu’on a coutume d’appeler une oie blanche. Peu de temps après sa sortie du couvent, cette pure jeune fille va se retrouver mariée avec Julien de Lamare, un jeune homme à première vue bien sous tout rapport. Sauf que, très vite, sa vraie nature va apparaître : pingre, volage, brutal, égoïste. Pauvre Jeanne qui, par sa faute, va perdre le contact avec Rosalie, tout à la fois sa servante et sa sœur de lait, et se retrouver en concurrence avec Gilberte de Fourville, sa meilleure amie. Et ce n’est pas auprès de son fils Paul que Jeanne peut espérer trouver du réconfort : criblé de dette, une seule chose l’intéresse chez sa mère, son argent.

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Une adaptation particulièrement réussie

Pour adapter le roman de Guy de Montpassant, Stéphane Brizé a fait des choix radicaux, qui s’avèrent tous totalement convaincants. Tout d’abord, celui concernant le format de l’image : 1.33, communément appelé format carré, sans doute pour montrer le côté étriqué de la vie de Jeanne Le Perthuis des Vauds. Ensuite, le réalisateur se permet de jouer avec le temps, glissant par-ci, par-là, de courts moments en provenance du passé ou du futur, établissant simultanément un décalage entre une voix off, très littéraire, et l’image du présent. Façon pour lui d’installer le spectateur dans le paysage mental plein de confusion de son héroïne. Par ailleurs, Stéphane Brizé a choisi l’option consistant à montrer très souvent Jeanne dans des tâches d’une grande banalité, en train de jardiner ou perdues dans ses pensées. Autre choix plutôt radical : une utilisation très parcimonieuse de la musique pour accompagner les images : à 6 ou 7 reprises, se succèdent pendant un temps très limité deux pièces du compositeur interprétées au pianoforte par , ainsi qu’un morceau composé par ce dernier. Quant au travail de la caméra, il consiste à effleurer, à caresser les personnages de façon particulièrement douce. Tous ces choix permettent au film de Stéphane Brizé de s’éloigner de l’académisme trop souvent de mise dans les adaptations en costumes d’œuvres littéraires, films ou téléfilms, et d’en faire une totale réussite, très fidèle à l’esprit de Maupassant.

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Une superbe interprétation de Judith Chemla

Le choix de l’interprète de Jeanne était particulièrement important. Stéphane Brizé a trouvé avec Judith Chemla la comédienne idéale : elle campe de façon magistrale une Jeanne restée attachée à son enfance, ne connaissant rien des réalités du monde et encaissant sans vraiment réagir les aléas de son existence. On est presque surpris de trouver Jean-Pierre Darroussin et Yolande Moreau dans les rôles de ses parents, Le baron Simon-Jacques Le Perthuis des Vauds et la baronne Adélaïde. Surpris, mais, à l’usage, conquis ! et sont convaincantes dans les rôles de Rosalie et de Gilberte de Fourville. Très intéressantes sont, par ailleurs, les prestations d’ et du (oui, un véritable prêtre !) qui interprètent deux prêtres aux antipodes l’un de l’autre qui vont se succéder dans l’entourage de Jeanne : d’un côté, l’abbé Picot, un prêtre tolérant, voire complaisant, par peur, peut-être, de perdre des paroissiens ; de l’autre côté, l’abbé Tolbiac, cruel et intolérant, ne se souciant absolument pas des conséquences prévisibles des actes qu’il préconise. Finalement, le seul tout petit point faible de cette distribution se trouve chez , dont le comportement apparait un brin trop lisse dans le rôle du très trompeur Julien.

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Avec Une vie, Stéphane Brizé réussit haut la main son examen de passage parmi les grands réalisateurs d’adaptations cinématographiques de classiques de la littérature. C’est de plus en plus une évidence : il est l’un des plus grands réalisateurs du cinéma français contemporain.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles