Critique : The Florida Project

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Etats-Unis : 2017
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Sean Baker,
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h51
Genre : comédie, drame
Date de sortie : 20 décembre 2017

3/5

Avant 2015, le nom de Sean Baker n’évoquait pas grand chose auprès du public français. La sortie de Tangerine, survenue peu de temps après l’obtention du Prix du Jury au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2015, était arrivée à le mettre en lumière. Cette année, The Florida Project, le nouveau film de ce réalisateur américain, a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes et ce serait mentir que d’affirmer qu’il a été jusqu’à fasciner l’ensemble des spectateurs. C’est donc avec une certaine surprise qu’on voit un tas de récompenses fondre sur lui aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, que ce soit pour le film lui-même, pour son réalisateur ou pour un(e) de ses interprètes.

Synopsis : Moonee a 6 ans et un sacré caractère.
Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney world, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents.
Ses incartades ne semblent  pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère.
En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien…

La pauvreté en Floride

Moonee, fillette de 6 ans, est une véritable chipie : mal élevée, elle passe son temps, avec ses copains Scooty, Dicky et Jancey,  à insulter des adultes et à cracher sur des voitures. Il faut dire qu’elle a au moins une excuse à faire valoir : sa mère, Halley, est une jeune femme totalement immature qui a beaucoup de mal à trouver les ressources nécessaires pour pouvoir manger, elle et sa fille, et pour payer la chambre du motel dans lequel elle vit avec Moonee, tout près du Disney World d’Orlando. Cela peut aller de la vente de parfum à des touristes, sur un parking de motel, à la prostitution, moments où Halley enferme sa fille dans la salle de bain, en passant par de la nourriture que la mère de Scooty chaparde pour elle dans le fast-food dans lequel elle travaille. Face à cet environnement de pauvreté, Bobby, le gérant du motel, fait figure de père protecteur, tout autant pour la jeune adulte Halley que pour Moonee. Mais que faire quand l’une ou l’autre va trop loin, alors, qu’en plus, les services de protection de l’enfance pointent le bout de leur nez ?

Une société à deux vitesses

C’est donc à proximité immédiate d’un de ces nombreux temples du rêve et de la consommation des Etats-Unis que Sean Baker a choisi de faire vivre au cinéma un échantillon de ces déclassés qui vivotent tant bien que mal dans un pays où il est particulièrement difficile d’être pauvre. A ce titre, The Florida project est avant tout un film sur la décomposition d’une société. C’est aussi un film sur le type d’éducation que peut recevoir un enfant de la part d’une mère qui, elle-même, est totalement immature et n’a jamais été vraiment éduquée. Bien que Sean Baker ne nous donne pas la moindre piste en ce qui concerne le passé de Halley, on peut imaginer qu’elle-même a vécu, plusieurs années auparavant, ce que Moonee vit au temps présent.

Un choix assumé

Pour ce film, dont le titre fait référence au nom donné par Walt Disney au projet qui allait donner naissance au Disney World d’Orlando, Sean Baker dit avoir eu comme modèle la série Our gang, créée dans les années 20 par Hal Roach. Sean Baker a choisi de nous faire vivre les péripéties de son film au travers de la perception qu’en a la toute jeune Moonee, d’où une caméra placée à hauteur d’enfant. D’où l’obligation de rester à la surface des choses, ce que, manifestement, le réalisateur assume entièrement mais peut laisser des regrets aux spectateurs. D’où, également, une arrivée dans The Florida project qui demande un temps d’adaptation : celui qu’il faut pour s’habituer à ces enfants dont les actions montrent un manque total d’éducation ; pour s’habituer, aussi, au cabotinage dont font preuve les jeunes comédiens qui les interprètent, avec une mention spéciale à Brooklynn Prince, l’interprète de Moonee.

Dans la distribution, Willem Dafoe, l’interprète de Bobby, le gérant du motel, est le seul à avoir une grande notoriété. Il interprète avec beaucoup de subtilité son rôle de père de substitution, à la fois ferme et compréhensif. Quant aux gamins, force est de reconnaître, comme on l’a écrit plus haut, qu’ils ont tendance à trop forcer leur jeu, et, cela aussi, on le regrette.

Conclusion

A la vision de The Florida project, on s’étonne que ce film se voit attribuer, aux Etats-Unis, autant de nominations et de récompenses dans les diverses cérémonies qui précèdent les Oscars. Ce n’est certes pas un film sans intérêt, les sujets qu’il traite étant des sujets sérieux, mais le choix qu’a fait le réalisateur de les aborder au travers de la perception qu’en a un enfant de 6 ans l’oblige à rester à la surface des choses et on peut le regretter !

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