Critique : Super-héros malgré lui

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Super-héros malgré lui

France, 2021

Titre original : –

Réalisateur : Philippe Lacheau

Scénario : Philippe Lacheau, Pierre Dudan, Julien Arruti et Pierre Lacheau

Acteurs : Philippe Lacheau, Julien Arruti, Tarek Boudali et Élodie Fontan

Distributeur : Studiocanal

Genre : Comédie

Durée : 1h23

Date de sortie : 2 février 2022

2,5/5

Décidément, on aura toujours autant de mal avec l’humour selon Philippe Lacheau et sa bande. Certes, nous pensons en comprendre les dispositifs et les ressorts. Et pourtant, cette nouvelle farce avec ses blagues passablement poussives ne nous a réellement fait rigoler qu’une maigre fois. C’est bien sûr trop peu pour en faire autre chose qu’un divertissement tout juste passable, plus révélateur de la vision de la France d’aujourd’hui par ses créateurs que de leur éventuel génie comique. Car Super-héros malgré lui est le genre de film qui se croit malin, mais qui finit par recycler toutes sortes d’idées déjà pas si ingénieuses à l’origine. Le pire, c’est l’absence d’évolution tangible des personnages, pris au piège du cliché qui leur a été attribué d’emblée et dont ils ne cherchent nullement à se défaire par la suite.

Ainsi, aucune personnalité pétillante ne vient égayer cette galerie de stéréotypes, des amis d’une passivité consternante à l’idole plutôt ignoble, en passant par une figure paternelle qui ne sait visiblement pas quoi faire de son fils, grand rêveur d’une carrière au cinéma à ses heures perdues. Sauf que la quête de ce dernier, à la fois d’un peu de reconnaissance privée et d’une consécration professionnelle sans appel, s’agence d’une façon guère convaincante.

Toujours à l’affût du prochain gag consciencieusement préparé, quoique incapable d’en tirer profit afin de rendre l’intrigue au moins en apparence crédible, le récit s’enlise, une fois les balises de la prémisse posées. En effet, le problème principal du cinquième long-métrage de Philippe Lacheau se trouve bien là : du côté d’une hideuse frilosité à rendre son personnage soit complètement crétin, soit en mesure de se dépasser jusqu’à devenir à ses yeux et à ceux des autres un héros sans reproche à la française.

© 2021 Julien Panié / Cinéfrance Studios / Baf Prod / TF1 Studio / Studiocanal Tous droits réservés

Synopsis : L’acteur Cédric Dugimont n’a que deux ambitions dans la vie : percer dans le cinéma et rendre fier son père. Son jour de chance paraît enfin être arrivé, lorsqu’il décroche contre toute attente le rôle principal du film Badman, une version française des aventures de super-héros qui cartonnent au box-office. Le premier jour du tournage se passe plutôt bien. Mais quand Cédric a un accident de voiture avec sa Badmobile, en chemin pour l’hôpital où son père est soigné, il se réveille sans se souvenir de quoique ce soit. Dès lors, il croit dur comme fer être son personnage, quitte à confronter à l’improviste des braqueurs de banque et à se précipiter au château de Vaucresson, où son ennemi juré le clown aurait pris en otage sa femme et son fils.

© 2021 Julien Panié / Cinéfrance Studios / Baf Prod / TF1 Studio / Studiocanal Tous droits réservés

Hallucinations de grandeur

Qui sont les bons dans cette parodie bancale et qui les méchants ? Ou bien, le monde fictif de Philippe Lacheau n’a-t-il plus besoin d’une telle répartition manichéenne des rôles ? Hélas, il est à craindre que ces cartes morales brouillées soient le résultat d’un désintérêt entier à l’égard de ce type de considération, dans le seul but de partir à la chasse de la prochaine blague facile. Le hic, c’est qu’une bonne moitié de ces trouvailles à peu près comiques risquent dangereusement l’association avec un état d’esprit nauséabond.

Une productrice sans scrupules et au franc-parler raciste, par exemple envers le technicien indien qui n’arrive pas à réparer son téléviseur au tout début du film : est-ce vraiment de la sorte qu’un humour digne de ce nom interrogerait certains fléaux sociaux toujours en vigueur aujourd’hui dans notre cher pays ? Même constat pour des blagues extrêmement proches du niveau fécal, qui – au lieu de poser en filigrane la question essentielle de la virilité – se contentent de répéter, encore et encore, les complexes du protagoniste par rapport à la taille de son sexe.

Tout à fait conforme à la paresse de la trame narrative, souvent en proie à un passage impromptu du coq à l’âne et du chat à l’aigle, la mise en scène ne s’emploie jamais à creuser les failles de la relation entre les hommes et les femmes au cours du film. Tandis que les dames y font essentiellement de la figuration, réduites à la fonction de punching-ball aux vagues aspirations romantiques pour Alice Dufour, de lien explicatif pour combler tant bien que mal les nombreuses ellipses qui ponctuent le scénario pour Élodie Fontan, voire de condensé de tout ce qui cloche dans le monde du cinéma pour la pauvre Chantal Ladesou, les messieurs font un piètre usage de leur point de vue dominant.

Leur masculinité en crise ne débouche ici sur aucune approche ironique de ces héros aux pieds d’argile. Ceux-ci ont alors beau maîtriser toutes les cascades imaginables pour l’un, séduire durablement la mère de son meilleur ami pour l’autre ou régresser au stade d’une imagination érotique débordante pour le troisième, rien, mais strictement rien de légèrement iconoclaste ne sort de cette bande de potes ennuyeusement molle du genou.

© 2021 Julien Panié / Cinéfrance Studios / Baf Prod / TF1 Studio / Studiocanal Tous droits réservés

Quel est son projet ?

Très tôt, beaucoup trop tôt, nous nous trouvons dans la même position peu enviable que l’inspecteur de police campé par un Jean-Hugues Anglade visiblement fatigué. Là où ce dernier se demande à quoi riment les exploits criminels disparates de son adversaire supposé, nous cherchons sans conviction la raison d’être de Super-héros malgré lui. L’irrévérence propre aux meilleures parodies y est largement absente, tombée victime d’une narration qui préfère mettre en place chaque gag de la même manière prévisible. On l’annonce, puis on l’exécute avec un brio fort discutable, telle est la recette usée jusqu’à la corde avec laquelle Philippe Lacheau a néanmoins réussi à attirer près de deux millions de spectateurs dans les salles françaises depuis la sortie de son film début février.

Mais derrière cette façade de la rigolade besogneuse, redoutable uniquement lorsque la maladresse de la confrérie des bras cassés éclate au grand jour, le temps d’une attaque collective orchestrée avec une certaine verve, la vacuité du propos rend quasiment impossible une quelconque prise de plaisir.

En principe, il n’y a rien de mal à vouloir surfer sur le succès d’un genre dont même les fans les plus inconditionnels doivent commencer à souhaiter un renouvellement profond. Malheureusement, cette comédie française globalement laborieuse ne sait à aucun moment franchir le pas de la version du pauvre vers une mise en abîme ingénieuse. Alors que Tarek Boudali et Julien Arruti y maintiennent modestement le statu quo des potes pour la vie, la participation d’acteurs comme Georges Corraface et Régis Laspalès ne contribue guère à relever le prestige de cette production très brouillonne. Au moins, le rythme assez soutenu et la courte durée du film nous ont épargné une sensation d’agacement encore plus prononcée !

© 2021 Julien Panié / Cinéfrance Studios / Baf Prod / TF1 Studio / Studiocanal Tous droits réservés

Conclusion

Hihi, le héros a un petit zizi ! Si vous êtes preneurs d’un humour plus mature et recherché que cette interrogation puérile de la masculinité du protagoniste de Super-héros malgré lui, vous ferez certainement mieux de passer votre chemin. En effet, par sa structure dramatique boiteuse, son intégration peu élégante de quelques faits divers de l’actualité française et, plus généralement, la faiblesse de son propos, ce film de Philippe Lacheau rate plutôt le coche en termes de moquerie cinglante d’un genre, arrivé depuis longtemps en bout de course. De quoi enrager, si ce n’était pour la gentillesse inoffensive qui caractérise, pour le meilleur et pour le pire, l’univers de l’acteur-réalisateur !

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