Critique : Santa Sangre

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Santa_Sangre

Italie, Mexique, 1989
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Alejandro Jodorowsky, Roberto Leoni,
Acteurs : Axel Jodorowsky, Blanca Guerra
Distribution : Wild Side (Blu-ray)
Durée : 2h03
Genre : Drame, ,
Date de sortie : 1er mai 1989 (Blu-ray : 2013)

Note : 4/5

On peut dire que Alejandro Jodorowsky fait partie de l’actualité cinéphile : l’excellent Jodorowsky’s , narrant son titanesque et inabouti projet d’adaptation du roman de Frank Hebert, est sorti en avril et nous avons pu découvrir à Cannes son nouveau film, (critique) dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs. Santa sangre n’est pas annoncé comme autobiographique, et n’est d’ailleurs pas écrit seulement par Jodorowsky. Son autobiographie ne sera publiée que dix ans plus tard, et portée à l’écran en 2013 par Jodo lui-même, sous le même titre : le magnifique La Danza de la Realidad, dont Poesia sin fin est la suite. Pourtant, on y retrouve ses obsessions, et on peut voir la première partie du film comme un miroir déformant, brisé, de son enfance.

Synopsis : Dans un hôpital psychiatrique, un homme se souvient de son enfance : élevé dans un cirque au Mexique, entre funérailles d’éléphant et couple parental dysfonctionnel, son enfance n’a pas été des plus communes, et son avenir semble incertain …

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Freaks

Nous sommes ainsi immergé dans un cirque à travers les yeux d’un enfant. Rien de merveilleux pour autant : comme peut nous l’indiquer la moustache portée par le jeune Fenix (interprété par Adan Jodorowsky, fils de Alejandro), les yeux dudit enfant sont confrontés à la dure réalité de ce lieu situé entre deux mondes : Mexique et Etats-Unis, rêve et réalité. « El circo del gringo » est en effet peuplé de personnages étranges, échappés du Freaks de Ted Browning. A sa tête, le père de Fenix, un être difforme, cruel, sorte de caricature de l’Amérique – un aigle tatoué sur son torse soulignant le propos. Et tandis que ce « monstre » hypnotise des femmes avec le reflet de son couteau (phallique), la mère de Fenix semble douce et aimante. Le titre, Santa Sangre, fait d’ailleurs autant référence à la figure maternelle qu’à une secte dont cette dernière s’occupe, avec pour idole une femme dont les bras ont été mutilés.

Si il n’est pas simple de décrire avec justesse toute la poésie qui se dégage de cette première partie, difficile de rester insensible face à tant de belles images ; la mort d’un éléphant puis un drame nous emmèneront de l’autre côté du miroir, pour retrouver l’homme aperçu au début, le même Fenix, interné dans un asile. Notons que c’est aussi un fils de Jodorowsky – Axel – qui joue le personnage ; on le recroisera dans la Danza dans la peau du père d’Alejandro. Le cinéma, une affaire de famille !

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Inferno

Et alors que ces premières quarante minutes – mes préférées – nous montrait un monde « merveilleux », ici nous sommes dans la triste réalité. On retrouve pourtant toujours la fibre poétique du chilien, malgré le côté cru, sordide, de la plupart des scènes ; le côté « autobiographique » fantasmé a laissé place à un cauchemar flirtant avec le mythe d’œdipe. C’est une véritable atmosphère de qui s’installe progressivement, il est d’ailleurs intéressant de noter qu’on retrouve au scénario Claudio Argento, producteur de nombreux films de son frère Dario (Suspiria, Rouge profond …), qui signe là sa première (et seule) œuvre en tant que scénariste. Les personnages qui peuplent cette ville, qui ressemble à zone de non droit, frontière entre l’Amérique anglo-saxone et l’Amérique latine, sont aussi singuliers que ceux qui peuplaient le cirque : un catcheur au genre indéterminé, un soldat ressemblant au « Shark » de James Bond côtoient des hallucinations sorties de l’imaginaire torturé de Fenix. Dommage que le « twist » final ne soit pas bien surprenant, tant le chemin qui y mène est plaisant à suivre, même si dans sa structure cette seconde partie de Santa Sangre est assez classique – et un peu longue à mon goût, s’il fallait trouver quelque chose à redire. L’atmosphère si singulière qui se dégage du film est soulignée par la musique omniprésente : de la ritournelle de cirque aux chansons populaires, de l’orchestre mexicain à la musique composée par un certain Simon Boswell, tout est fait pour nous plonger dans cette atmosphère onirique.

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Conclusion

Entre rêve et cauchemar, Santa Sangre est une œuvre assez peu connue (moins que les premiers films de son réalisateur en tout cas) qui vous emportera pour peu que vous adhérez à l’univers de Jodorowsky. De quoi patienter avant de découvrir Poesia sin fin !

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