Critique : Lucky (deuxième avis)

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Etats-Unis : 2017
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : , Drago Sumonja
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h28
Genre : drame
Date de sortie : 13 décembre 2017

4.5/5

Rares sont les acteurs très âgés à qui on offre de participer de leur vivant à un film hommage  quelques mois avant leur disparition. C’est ce qui est arrivé à Harry Dean Stanton grâce à l’action conjointe de 3 comédiens et d’un réalisateur : les comédiens Logan Sparks et Drago Sumonja se sont métamorphosés en scénaristes pour raconter l’histoire d’un personnage ressemblant beaucoup à Harry Dean, le comédien John Carroll Lynch a récupéré ce scénario pour réaliser son premier film et le réalisateur David Lynch a fait l’acteur aux côtés de Harry Dean. Quelques mois plus tard, le 15 septembre 2017, le mythique acteur de Paris, Texas s’est éteint à Los Angeles, à l’âge de 91 ans.

Synopsis : Lucky est un vieux cow-boy solitaire. Il fume, fait des mots croisés et déambule dans une petite ville perdue au milieu du désert. Il passe ses journées à refaire le monde avec les habitants du coin. Il se rebelle contre tout et surtout contre le temps qui passe. Ses 90 ans passés l’entrainent dans une véritable quête spirituelle et poétique.

Un personnage incontournable

Bien qu’il soit persuadé d’être un solitaire qui n’a besoin de personne, bien que se montrant le plus souvent bourru et mal embouché, râleur et nihiliste, Lucky est un personnage incontournable de la bourgade qui l’abrite, en plein désert de l’ouest américain. A 90 ans, il continue de fumer comme un pompier et passe une bonne partie de son temps à écouter des jeux radiophoniques et à faire ses mots croisés. Pour se maintenir en forme, il marche et fait plusieurs fois par jour des exercices de yoga en écoutant de la musique mexicaine. Quant à sa vie sociale, on en a vite fait le tour : le bar tenu par Joe et dans lequel il se rend régulièrement et un semblant de relation avec une famille d’origine mexicaine.

Et puis, un beau jour, voilà Lucky qui s’effondre au cours d’un exercice, ce qui justifie l’intervention du docteur du village. Rien de bien grave et cette sentence de la part du médecin : « Je ne te conseille pas d’arrêter de fumer, ça te ferait plus de mal que de bien ». Toutefois, pour Lucky, les choses deviennent claires : la fin est proche, il faut la préparer,  il est peut-être temps de connaître la peur et d’adoucir son comportement.

Moins simple qu’on pourrait croire !

L’histoire que raconte Lucky peut apparaître comme étant d’une grande simplicité : l’histoire d’un vieil homme qui tient à faire croire qu’il est désagréable mais qu’on ne peut s’empêcher de trouver terriblement attachant. En fait, au milieu de cette apparente simplicité se cache, mine de rien, une grande richesse de détails allant du croustillant à des réflexions philosophiques sur la vie, sur la mort ou sur l’amitié. C’est ainsi que Lucky se reproche d’avoir mal jugé la vie sexuelle du célèbre (aux Etats-Unis !) pianiste Liberace, homosexuel notoire même s’il a passé sa vie à le nier : « Il baisait. Tant mieux pour lui. Moi, je n’arrive même plus à bander », commente Lucky en voyant le pianiste jouer un boogie woogie à la télévision. C’est ainsi que l’évocation chez Joe de la fuite de Président Roosevelt, une tortue centenaire appartenant à Howard, un client du bar, permet d’aborder par la bande le thème du deuil, l’animal ayant survécu aux deux épouses d’Howard. Quant à l’anticonformisme de Lucky, inspiré par celui de Harry Dean Stanton, il ressort dans des réflexions telles que : « la propriété, c’est un non sens » ou « l’autorité, c’est un truc arbitraire et subjectif ».

C’est un fait : tout au long du film, on peut s’amuser à relever des détails faisant de Lucky un personnage très proche du comédien qui interprète son rôle. Par exemple, lorsque, au cours d’une conversation, Lucky révèle qu’au cours de la 2ème guerre mondiale, il avait servi comme cuisinier dans l’US Navy, exactement comme Harry Dean Stanton dans sa vraie vie.

Sérénité et humour

Film abordant avec une grande sérénité et beaucoup d’humour l’arrivée inéluctable de la mort, Lucky donne aussi une vision idyllique d’une Amérique « dé-trumpisée » dans laquelle toutes les communautés vivraient en bonne harmonie : dans ce bled dans lequel la majorité de la population est blanche, Joe, le patron du bar, est noir et la communauté d’origine mexicaine vit en bonne intelligence avec le reste du village. Ce qui vaut d’ailleurs au chanteur que savait être Harry Dean Stanton (un premier album enregistré il y a 3 ans, alors qu’il avait 88 ans !) de nous donner une émouvante version de « Volver, volver » à l’occasion de l’anniversaire de Juan, jeune membre de la communauté aux origines mexicaines.

L’atmosphère que dégage Lucky n’est pas sans faire penser à celle qu’on retrouve dans la plupart des films de . Il y a d’ailleurs un lien entre ce film et ceux de la réalisatrice : il s’appelle Will Oldham, il a joué dans 2 films réalisés par Kelly Reichardt et il est l’auteur de la chanson « I see a darkness » qu’on entend dans Lucky, interprétée par Johnny Cash.

Accompagnant l’émouvante et parfaite prestation de Harry Dean Stanton, on trouve d’autres grandes figures du cinéma américain : , , ., , , Ron Livingston et, bien sûr, David Lynch dans le rôle de Howard, l’homme à la tortue.

 

Conclusion

Pour sa première réalisation cinématographique, l’acteur John Carroll Lynch frappe un grand coup : Lucky est un film qui traite de sujets graves avec légèreté et finesse , un film qui montre les Etats-Unis tels qu’on voudrait qu’ils soient, un film qui se déguste, un film qui ne manquera pas d’accompagner très longtemps les spectateurs. Quant à Harry Dean Stanton, grand acteur presque toujours cantonné dans des seconds rôles, le merveilleux cadeau que lui ont fait ses amis lui permet de quitter la scène avec son plus beau rôle, le sien, en quelque sorte !

https://www.youtube.com/watch?v=zsr_VHbQbSI

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