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Critique Express : Didy

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Didy  

Suisse, Rwanda : 2024
Titre original :  –
Réalisation : Gaël Kamilindi, François-Xavier Destors
Interprètes : Gaël Kamilindi, Kayije Kagame
Distribution : Sudu Connexion
Durée : 1h24
Genre : Documentaire
Date de sortie : 22 avril 2026

3.5/5

Synopsis : Gaël avait cinq ans lorsque sa mère, Didy, est morte. Les souvenirs d’elle se sont depuis perdus dans la fureur des guerres civiles, du génocide et du sida qui ont ravagé le Burundi puis le Rwanda et ont précipité son exil vers la Suisse. 30 ans plus tard, il se risque à rouvrir les pages de son histoire familiale en partant à la rencontre de celles et ceux qui ont connu sa mère. À travers sa mémoire, c’est le portrait de toute une génération de femmes rwandaises qui se dévoile, renouant le dialogue avec ceux qui portent leurs histoires.

Quiconque s’intéressant un tant soit peu aux actualités internationales au début des années 90 se souvient forcément d’avoir entendu parler du Rwanda et du Burundi, des hutus et des tutsis, des massacres qui ont eu lieu à cette époque dans cette région de l’Afrique centrale. Beaucoup plus rares, par contre, sont celles et ceux qui pourraient se montrer capables de donner des détails pertinents sur ces événements vieux de 30 ans. Gaël Kamilindi, le co-réalisateur du film et son interprète principal, ce sont des détails très particuliers, très personnels, qu’il a cherché à réunir depuis plusieurs années, une recherche qui a fini par se concrétiser sous la forme d’un film : il est rwandais, il est tutsi, il est né en RDC en 1986, sa mère Claudine, surnommée Didy, est décédée du SIDA alors qu’il n’avait que 5 ans, il est arrivé en Suisse à l’âge de 7 ans, il a été élevé dans ce pays par Francine, une sœur de sa mère, il s’est formé au théâtre au Conservatoire de Genève avant d’intégrer en 2008 le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris.  Entré à la Comédie Française le 1er février 2017, il en est devenu le 547ème sociétaire. On notera que la 546ème n’est autre que Pauline Clément qu’on vient de voir dans Une fille en or !

Réalisé avec François-Xavier Destors, un documentariste pour lequel il avait fait la voix off dans un de ses films, Didy est un documentaire particulier que nous propose Gaël Kamilindi, un documentaire dans lequel Gaël part en Afrique sur les traces de sa maman et revient sur ses origines, ce qui amène bien sûr les 2 réalisateurs à aborder les faits qui se sont déroulés au Rwanda et au Burundi il y a plus de 30 ans, massacres dont nous sommes donc nombreux à avoir le souvenir, mais aussi l’épidémie de SIDA dont on a beaucoup moins parlé. Un documentaire particulier parce que,  bien que parlant de faits particulièrement tragiques, c’est une forme de poésie et de douceur qui traverse tout le film. En homme de théâtre, Gaël cherche au début du film à revoir sa mère avec l’aide d’une amie de longue date, la magnifique comédienne Kayije Kagamé qu’on avait découverte dans Saint-Omer, de Alice Diop. D’après les photos que Gaël a en sa possession,  Kayije Kagamé, d’origine rwandaise comme lui et née à Genève, ressemble beaucoup à sa mère, et avec l’aide d’une paire de lunettes elle et lui s’efforcent ensemble de la faire ressembler à Didy.  Puis vient le voyage en Afrique, en compagnie de 3 soeurs de Didy et permettant des rencontres avec des personnes ayant rencontré Didy. Gaël Kamilindi aurait aimer offrir une sépulture à sa mère, mais « comment faire sépulture quand on n’a pas de corps ? ».  En effet, comme Gaël l’a expliqué à son amie  Kayije Kagamé au début du film, Didy a certes bien été inhumée, elle a eu droit à une tombe dans un cimetière à Bujumbura, mais, depuis, on a  reconstruit sur ce cimetière et les pelleteuses ont tout réduit en poussière. Comme dit Gaël parlant de Didy :  « Elle est partout ». Mais, en même temps, elle n’est nulle part ! Ce périple africain va également permettre aux 3 sœurs de méditer sur la difficulté d’être mère célibataire en Afrique et de se rappeler de leur jeunesse, avec des bons moments, en particulier lors des soirées dansantes ou lorsqu’est apparue la mini-jupe, mais aussi d’autres beaucoup moins bons, par exemple à l’école où, étant tutsis dans un environnement majoritairement hutu, elles subissaient de nombreuses brimades. Beau film qui montre sans détour la force et le courage des femmes africaines, Didy arrive, à partir de l’évocation d’une tragédie, à faire preuve d’optimisme en montrant que rien n’est jamais perdu pour toujours, qu’une renaissance est toujours possible. Contribuant à aller dans ce sens, le film est souvent accompagné de belles musiques africaines signées, entre autres, par Blick Bassy, Bembeya Jazz National et Ibrahim Maalouf & Angelique Kidjo.

 

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