Critique : Dalva (Deuxième avis)

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Dalva

France, Belgique : 2022
Titre original : –
Réalisation : Emmanuelle Nicot
Scénario : Emmanuelle Nicot
Interprètes : Zelda Samson, Alexis Manenti, Fanta Guirassy
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 1h20
Genre : Drame
Date de sortie : 22 mars 2023

4/5

C’est en Belgique, à l’Institut des Arts de Diffusion (IAD), que Emmanuelle Nicot, française originaire de Sedan, a fait et terminé, il y a 10 ans, ses études de cinéma. Durant ces 10 années, elle a réalisé 2 court-métrages, très bien reçus dans de nombreux festivals, et elle a fait du casting sauvage pour un certain nombre de longs métrages. Toutefois, son ambition était avant tout de devenir réalisatrice de longs métrages. Ses premiers pas dans le domaine, c’est avec Dalva qu’elle les a réalisés. Ce film sur le début d’un placement d’une jeune adolescente a été présenté à la Semaine de la Critique de Cannes 2022 d’où il est reparti avec 3 prix : le Prix FIPRESCI de la critique, le Rail d’or et le Prix Louis Roederer de la révélation pour Zelda Samson. Présenté depuis dans de nombreux festivals, Dalva a rencontré partout un très gros succès !

Synopsis : Dalva a 12 ans mais s’habille, se maquille et se vit comme une femme. Un soir, elle est brusquement retirée du domicile paternel. D’abord révoltée et dans l’incompréhension totale, elle va faire la connaissance de Jayden, un éducateur, et de Samia, une adolescente au fort caractère. Une nouvelle vie semble alors s’offrir à Dalva, celle d’une jeune fille de son âge.

Une vraie femme … de 12 ans

Quel âge peut-on donner à Dalva ? Avec son rouge aux lèvres, sa coiffure et les vêtements qu’elle porte, on lui donne facilement 20 ans. Sauf que, en réalité, elle n’a que 12 ans. Quand on la découvre, pour elle, c’est le drame, la révolte, les cris, la colère : les autorités sociales et policières viennent de la séparer de Jacques, son père, avec qui elle vit depuis plusieurs années, lui étant dirigé vers une prison, elle vers un foyer de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Incompréhension totale de sa part ! Quand on lui dit qu’on veut la protéger de son père, elle ne cesse de prendre sa défense, rétorquant qu’il ne l’a jamais forcée, allant même parfois jusqu’à affirmer que c’est elle qui le demandait. Me protéger de mon père ? Mais c’est lui qui cherchais à me protéger de ceux qui ne savent pas. Qui ne savent pas quoi ? Faire l’amour !

Après avoir été pendant de longues années la petite femme d’un père prédateur qui a fait d’elle sa chose, Dalva se retrouve dans un foyer, à partager sa chambre avec Samia, avec qui, au début, le contact se fait mal, et à passer beaucoup de temps avec Jayden, l’éducateur qui l’a en charge. Voir sa mère, qu’elle a à peine connue, pour Dalva, il n’en est pas question. En effet, pour Dalva, c’est sa mère qui est la responsable de la séparation de ses parents, et, en plus, cette mère est pour elle une véritable rivale, elle qui, confondant amour filial et amour de couple, se voit en femme aimée de son père. Non, ce que Dalva souhaite avant tout, c’est aller voir son père en prison.

Une tâche difficile : combattre le déni

L’emprise ! Cela peut exister au sein d’un collectif, par exemple dans le cadre d’une secte, mais cela peut se faire, également, au sein d’une famille. C’est une emprise de type familiale qu’a vécue Dalva, une emprise imposée par son père avec qui elle vit seule depuis des années, déscolarisée, sans contact avec le monde extérieur. Cette emprise va jusqu’à la laisser perplexe lorsque Jayden l’emmène dans un magasin afin qu’elle choisisse des vêtements à son goût. Avoir son propre goût, cela, pour elle, dépasse l’entendement puisque, jusqu’à présent, ce sont les choix de son père qui prévalaient. Bien évidemment, Dalva n’a aucune conscience de cette situation d’emprise qu’elle a subie durant de longues années. Bien au contraire, elle se réfugie dans un déni qui va se révéler très difficile à combattre.

Comment arriver à ramener Dalva vers le personnage qu’elle devrait être, une jeune adolescente de 12 ans qui, jusqu’à son arrivée au foyer, n’avait jamais eu de menstruation ?  Ce sont surtout deux personnes qui vont accompagner ce difficile cheminement : Samia et Jayden. Si Samia a été placée dans ce foyer de l’ASE, c’est parce que sa mère se prostitue à domicile. Autant Dalva peut être considérée comme étant totalement hors-sol lorsqu’elle arrive dans le foyer, autant Samia a bien les deux pieds sur terre, et les rapports d’amitié qui, petit à petit, se construisent entre les deux adolescentes ont forcément un côté positif pour Dalva. Quant à Jayden, lui, c’est son métier de reconstruire Dalva. Un métier difficile, ce que montre très bien le film : Dalva a un manque d’amour à combler mais combler ce manque est une voie dans laquelle Jayden ne peut pas s’engager, d’autant plus qu’elle n’a connu qu’un seul type d’amour, l’amour physique. Elle le dit d’ailleurs sans détour : quand un homme et une femme s’aiment, c’est normal qu’ils fassent l’amour. En tant que nouveau référent masculin de Dalva, en tant, en quelque sorte, de père de substitution, Jayden ne peut que se montrer à la fois autoritaire et bienveillant, que fixer des limites à Dalva et l’accompagner, l’aider dans son existence de tous les jours.

Un premier long métrage particulièrement réussi

En 2023, alors que de trop nombreux films, depuis des années, se vautrent dans la redondance, dans des plans trop longs, dans des scènes inutiles, quel plaisir de voir un film qui arrive à raconter toute la richesse d’une histoire en 80 minutes chrono. On se montre d’autant plus admiratif de ce montage parfait que Dalva est le premier long métrage d’Emmanuelle Nicot ! Certes, elle avait un certain nombre d’atouts au départ : un frère éducateur, ce qui lui a permis de se montrer très juste dans le personnage de Jayden ; une amie, Caroline Guimbal, qui est sa Directrice de la photographie et qui, ayant beaucoup travaillé dans le domaine du documentaire, sait être proche des gens tout en restant très pudique : d’autant plus important lorsqu’on filme des enfants à qui on souhaite donner beaucoup de liberté ; une grande expérience dans les castings sauvages ce qui lui a permis de trouver deux adolescentes exceptionnelles pour interpréter les rôles de Dalva et de Samia : Zelda Samson et Fanta Guirassy. Le casting des adultes, effectué chez les comédiens et comédiennes professionnel.le.s, est tout aussi réussi avec, en particulier, Alexis Manenti, que la réalisatrice a découvert dans son interprétation de Chris dans Les misérables de Ladj Ly, et qui, ici, s’avère très convainquant dans le rôle de Jayden, et Jean-Louis Coulloc’h, qui fut l’amant de Lady Chatterlay dans le film de Pascale Ferran, et qui, ici, excelle a donner toute l’ambigüité nécessaire à Jacques, le père de Dalva, un homme qui, certes, aime très mal sa fille mais qui l’aime, qu’on le veuille ou non. A noter que le choix du format 4/3, très tendance lors du dernier Festival de Cannes, a ici une justification sérieuse : emprisonner Dalva dans sa solitude, elle qui, à part son père n’avait rien autour d’elle, pas de mère, pas d’amies.

Conclusion

Rares sont les premiers longs métrages aussi réussis que Dalva, aussi exempts de défauts imputables à l’inexpérience de la réalisatrice ou du réalisateur. Vue l’histoire racontée dans le film, il aurait pu être sordide et il est généreux, lumineux et émouvant. Le duo formé de Emmanuelle Nicot et de sa grande amie, la directrice de la photographie Caroline Guimbal, fonctionne à merveille et l’interprétation de la jeune Zelda Samson est prodigieuse. Une certitude se dégage de Dalva : une grande réalisatrice est à l’aube d’une grande carrière.

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