Les séries d'aujourd'hui — 27 novembre 2016
Critique : Black Mirror (saison 3)

Black Mirror. Jusqu’à il y a peu, il s’agissait d’une série anglaise injustement annulée après 7 épisodes. Mais le mois dernier, ce sont six nouveaux épisodes qu’on a pu découvrir grâce à , qui a commandé une saison 4 dans la foulée.

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Six nouveaux épisodes, c’est à dire six nouveaux moyens-métrages. Car les épisodes ne se suivent pas, ils ne se passent d’ailleurs ni au même endroit ni à la même époque (toujours indéterminée d’ailleurs). Le principe est simple : proposer à chaque fois une histoire en lien avec la technologie et ses dérives. Que ça soit dans notre époque ou dans un futur plus ou moins lointain, la seule constante est l’homme derrière tout ça : Charlie Booker, showrunner. Inconnu dans nos contrées, l’anglais est pourtant célèbre outre-Manche pour son humour cynique, qu’il développe aussi bien à la télé que dans la presse.

Cette nouvelle saison a le mérite d’aborder de nouveaux thèmes, mais reste cantonnée à deux sujets globaux : la Réalité Virtuelle d’une part, grâce à laquelle on plonge dans un monde numérique, qu’on le fasse via un casque muni d’écrans (l’Oculus Rift par exemple), ou via d’autres moyens (en se connectant à un ordinateur, ce qui n’est donc pas encore possible … Pour l’instant …). D’autre part, la Réalité Augmentée, qu’on expérimente plus ou moins au quotidien. Pas besoin de se munir de google glass (aujourd’hui) ou d’implant cérébral (demain), puisque tout le monde ou presque a un smartphone dans sa poche ! C’est donc un futur pas si lointain que vont nous décrire ces nouveaux épisodes, et certains faits n’ont malheureusement rien de fictionnel. Dans le premier épisode, où on doit avoir une bonne note sur les réseaux sociaux pour être intégré dans la société, un chauffeur VTC est mal noté par la protagoniste – dans notre monde, il y a peu, un chauffeur Uber a vu son compte désactivé pour avoir une moyenne de 4,1.

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Seulement, cet épisode a beau avoir quelque chose à décrier, il le fait mal. Les personnages sont plats au possible dans leur écriture, et on a l’impression que le ton cynique de Black Mirror a disparu. Heureusement, les épisodes suivants vont me donner tort, et celui-ci a le mérite d’annoncer ce qui nous attend : une appartenance de chaque épisode à un genre précis. Cette variété des genres, et cette variété des tons, permet à chaque épisode de se renouveler et à la série de ne jamais s’essouffler. C’est simple, comme dans les saisons précédentes il s’agit de six petits films avec chacun leur « patte » : s’ils sont tous écrits par Charlie Booker, ils ont le mérite de proposer une ambiance totalement différente grâce à des réalisateurs qui changent à chaque fois (Joe Wright signe par exemple le premier épisode). Il est donc plus simple de juger chaque épisode séparément, voici donc une courte critique pour chacun.

Nosedive (s03e01)

Il est ici question d’une société dans laquelle on ne peut accéder à certains emplois, certaines boutiques ou certaines maisons que selon notre note sur les réseaux sociaux. Si les problèmes qu’ils soulèvent sont d’actualité depuis maintenant plusieurs années, l’histoire en elle-même est sans grande surprise – en bref, une comédie qui ressemble à l’idée qu’on se fait de Black Mirror, sans étrangement en avoir la saveur …

Playtest (s03e02)

Un trentenaire qui a fait le tour du monde finit son voyage à Londres, mais il se fait voler ses affaires. Pour gagner un peu d’argent, il s’inscrit à la bêta d’un jeu-vidéo qui s’annonce révolutionnaire … Ici la série aborde le film d’horreur : piégé dans un jeu en réalité augmentée, il fait face à ses plus grandes peurs. Les codes du genre sont bien maîtrisés, mais dommage que le « plot-twist » repose sur les mêmes ficelles qu’un épisode des saisons précédentes (mon préféré qui plus est).

Shut up and dance (s03e03)

Ici, pas de technologie qui pourrait arriver demain. Le protagoniste, un adolescent, doit obéir à des messages que des anonymes lui envoient pour éviter que ceux-ci ne diffusent des photos compromettantes du jeune homme devant sa webcam. Une descente aux enfers qui tient le (télé-)spectateur en haleine, avant une fin qui nous rappelle que l’on est bien dans Black Mirror, et que Booker adore nous plomber le moral …

San Junipero (s03e04)

Pour moi, San Junipero est LA grande réussite de cette saison – révéler l’intrigue serait en gâcher la beauté. Il est question de nostalgie, de rapport au temps, d’une histoire d’amour, de transhumanisme. Le tout baigné dans une photo magnifique et interprété par des actrices jouant parfaitement. Si les autres épisodes de la saison flirtent parfois avec le genre «  », ici la série plonge entièrement dedans dans la mesure où l’épisode nous questionne sur notre réalité, sur nos propres choix, bref nous met face à nous-mêmes.

Man against fire (s03e05)

Que sera la guerre demain, alors qu’aujourd’hui il est chaque jour plus question de drones et de guerre à distance, pour ne pas en voir les dégâts alors que nous vivons paradoxalement dans un monde ultra-connecté ? Charlie Booker en ébauche une réponse, et le résultat est plutôt satisfaisant. Comme précédemment, difficile de trop en dire sans spoiler, surtout que toute l’intrigue tourne (trop ?) autour d’un twist. Bien sûr, pour notre plus grand bonheur, la fin est totalement démoralisante, comme dans pratiquement tous les épisodes !

Hated in the nation

Le dernier épisode de cette saison est le plus proche d’un format de long-métrage : il dure d’ailleurs près d’une heure et demie. Remake des oiseaux, avec des drones-abeilles, il s’agit d’une enquête policière qui tacle autant les haters des réseaux sociaux, qui déversent leur haine sont couvert d’anonymat sans paraître en peser les conséquences, que les politiques d’ultra-surveillance qui paraissent aujourd’hui être la norme dans des pays comme … le nôtre. Un film très David Fincher dans son esthétique comme dans ses thèmes ; une très belle conclusion donc pour cette saison ! Et pour en revenir à l’actualité, devinez qui vient de faire passer une loi de surveillance généralisée cette semaine ? L’Angleterre bien sûr !

Black Mirror

Conclusion

 « Je ne m’attendais pas à vivre dans le futur » nous dit un des protagonistes de l’épisode 6. Nous non plus, répond Charlie Booker avec cette nouvelle saison. Si tous les épisodes ne sont pas de même qualité, il y en a pour tous les goûts et pour tous les genres. Comme dans les saisons précédentes, et comme dans toute oeuvre de S.F. qui se respecte, Black Mirror nous fait réfléchir sur notre futur … et donc sur notre présent. Qui sait quels événements nous feront penser à des situations de la série d’ici à ce que la saison 4 ne sorte !

Je vous déconseille fortement de regarder ce trailer avant de voir la saison 3 …

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Nicolas Santal

Cet article a été rédigé par Nicolas Santal, rédacteur de Critique-film.fr