Critique : Baccalauréat

0
286


baccalaureat-affiche : 2016
Titre original : Bacalaureat
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 2h08
Genre : Drame
Date de sortie : 7 décembre 2016

4/5

Après sa Palme d’Or obtenue en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, après le Prix du scénario et le double Prix d’interprétation féminine attribués en 2012 à Au-delà des collines, le réalisateur roumain était, cette année, de nouveau présent à Cannes et son film y a recueilli le Prix de la mise en scène, ex-aequo avec Personal Shopper, d’Olivier Assayas.

Synopsis : Romeo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en œuvre pour que sa fille, Eliza, soit acceptée dans une université anglaise. Il ne reste plus à la jeune fille, très bonne élève, qu’une formalité qui ne devrait pas poser de problème : obtenir son . Mais Eliza se fait agresser et le précieux Sésame semble brutalement hors de portée. Avec lui, c’est toute la vie de Romeo qui est remise en question quand il oublie alors tous les principes qu’il a inculqués à sa fille, entre compromis et compromissions…

baccalaureat-8

Au plus mauvais moment

Lycéenne dans une ville de Transylvanie, Eliza est une élève brillante et, c’est certain, elle ne va avoir aucun problème à briller à l’épreuve du , ce qui lui ouvrira toutes grandes les portes d’une université anglaise prestigieuse. Sauf que, deux jours avant l’épreuve et alors que Romeo, son père, chirurgien dans la même ville, vient de la déposer à proximité de son lycée, Eliza subit une agression sexuelle et se retrouve gravement handicapée, psychologiquement bien sûr, et physiquement, avec une blessure au bras. Comment passer le dans ces conditions ? Une situation insupportable pour Romeo qui ne peut admettre que les efforts réalisés par sa fille pour changer d’avenir soient anéantis par ce coup du sort. Malgré ces handicaps survenus au plus mauvais moment, Eliza doit obtenir les notes excellentes qu’elles méritaient et Romeo n’hésite pas à partir dans l’enfer des passe-droits, des accommodements réciproques, de la tricherie pure et dure, un enfer dont on ne peut pas revenir, car vous voilà à jamais prisonnier d’une chaîne de liens et de réciprocités. Quant à Eliza, c’est pour elle la découverte d’un système qui va à l’encontre des fondements moraux auxquels, surtout à son âge, il est important de croire.

 

baccalaureat-7

Le ver serait-il dans le fruit de la démocratie roumaine ?

Si l’on s’en tient à l’histoire du pays depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la a connu un régime communiste de type classique pendant 20 ans, puis un régime communiste « spécial » sous Ceausescu, jusqu’en 1989, date à laquelle un coup d’état a annoncé le retour à la démocratie. Sauf que, film après film, le cinéma roumain ne cesse de montrer que, bien souvent, trop souvent, le ver est dans le fruit de cette démocratie. C’est ainsi que, dans Baccalauréat, on entend Victor expliquer à sa fille que sa femme et lui, qui avaient fui la de Ceausescu et étaient revenus dans leur pays après la chute du dictateur, avaient eu l’ambition, comme de nombreux autres roumains, de changer l’âme du pays mais, qu’en fait, ils n’avaient rien changé du tout. Si est un film sur ce que l’amour parental peut amener un père à faire pour sa fille, c’est tout autant un film sur la corruption qui gangrène la contemporaine, un pays où il semble tout à fait possible d’obtenir son grâce à la triche ou à la corruption, quand ce n’est pas l’alliance des deux, un pays où les échanges de services semblent monnaie courante.

baccalaureat-2

Un grand comédien

Dans Illégitime, film roumain sorti en France il y a 6 mois, le personnage Romeo était un des fils de Victor, un médecin interprété par . Dans Baccalauréat, il y a de nouveau un personnage qui s’appelle Romeo, mais, cette fois-ci, il s’agit du père de famille, il est chirurgien et il est interprété par … . Victor et Romeo : deux rôles très différents, deux rôles dans lesquels prouvent qu’il est un très grand comédien, aussi à l’aise dans ce qui ressemble fort à de l’improvisation dans Illégitime que dans les longs plans séquence de Baccalauréat, aux textes beaucoup plus écrits. Ces longs plans séquence, les revendique avec force : dans la vraie vie, celle dont il veut essayer de se rapprocher dans ce qu’il montre, les scènes se déroulent sans qu’il y ait de coupure et le plan séquence permet de donner au spectateur la notion du temps qui passe. Il les revendique avec force et il les maîtrise parfaitement, ce qui rend son Prix de la mise en scène parfaitement justifié.

Pour interpréter Eliza, le choix s’est porté sur , une jeune comédienne qui avait débuté au cinéma en 2009, dans Le ruban blanc, la première Palme d’Or de Michael Haneke, alors  qu’elle  était  encore  étudiante à  l’université  de  Palucca,  à  Dresde,  en  Allemagne. Dans les seconds rôles, on remarque particulièrement , épouse de Victor et mère d’Eliza, ainsi que Vlad Ivanov, vu récemment dans deux autres films de Cannes 2016, Dogs et Toni Erdmann, et qui interprète ici le rôle d’un inspecteur de police corrompu tout en étant plein de bonne volonté.

baccalaureat-6

A force, on commence à considérer comme normale la richesse du cinéma roumain contemporain, de cette Nouvelle Vague qui, pour diverses raisons, tourne en dehors des studios et qui nous donne régulièrement des nouvelles de leur pays. Pourtant, les films issus de cette Nouvelle Vague rencontrent peu de succès en , la plupart des spectateurs de ce pays préférant se gaver de blockbusters américains. Par contre, les grands Festivals les accueillent à bras ouverts et quelques pays, et tout particulièrement la France, fournissent une aide substantielle pour la production de ces films. C’est le cas pour , film co-produit par la , la France et la Belgique. Concernant ce dernier pays, on ne sera pas surpris de trouver les frères Dardenne parmi les co-producteurs. Et, au bout de la chaîne, qui trouve la récompense de ces aides ? Nous, spectateurs !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici