Critique : 3 from Hell (Rob Zombie)


 
États-Unis : 2019
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Rob Zombie
Acteurs : Bill Moseley, Sheri Moon Zombie,
Durée : 1h56
Genre : Thriller, Horreur
Date de sortie DVD/BR : courant 2020

Note : 5/5

Voilà une quinzaine d’années maintenant que nous suivons avec le plus vif intérêt la carrière de cinéaste de Rob Zombie. Cinéaste-phare, leader d’une nouvelle vague de cinéma horrifique américain, le rocker reconverti dans le cinéma s’était construit, jusqu’en 2016, une filmographie incontournable et sans la moindre fausse note. La sortie de son sixième film, sobrement intitulé , avait cependant un peu changé la donne. Malgré une photographie littéralement sublime signée David Daniel, malgré une poignée de séquences extraordinaires, ce projet tourné en indépendant s’était avéré non pas plus faible (il demeurait au-dessus des trois quarts de la production horrifique actuelle), mais tout de même moins spectaculairement réussi que ses longs-métrages précédents. Trois ans plus tard, l’annonce de la sortie d’un nouveau film de Rob Zombie était par conséquent attendue au tournant : sa filmographie allait-elle suivre la pente descendante amorcée avec 31, ou le cinéaste allait-il remettre un coup de collier à sa carrière en retrouvant toute sa superbe ?

 

 

Synopsis : Baby, Otis et le ont miraculeusement survécu à leur fusillade avec la police et sont jugés pour leurs crimes. Largement couvert par les médias, leur procès devient une cause célèbre, donnant lieu à l’organisation de manifestations à travers tous les États-Unis, le public affirmant que leurs crimes ont été commis afin de lutter contre le système. Malgré cela, ils sont tous trois sont reconnus coupables. Otis et Baby sont condamnés à la prison à vie, tandis que le est exécuté par injection létale. En prison, Otis retrouve son demi-frère, Winslow Foxworth « Foxy » Coltrane. Ils parviennent à s’évader de la prison : reste maintenant à libérer Baby…

 

 

Réunion de famille

3 from Hell permet donc à Rob Zombie de retrouver la « famille » Firefly, dont nous avons fait la connaissance en 2003 dans La maison des 1000 morts, puis en 2005 dans The devil’s rejects, deux pièces maitresses de sa filmographie : il s’agit d’une famille de tueurs se délectant de l’innocence de leurs victimes autant que des supplices qu’ils leur infligent. Dans la dernière scène du film de 2005, le trio de psychopathes était supposément abattu par la police : allongés dans leur décapotable tels trois figures christiques, ils fonçaient vers une destinée inconnue alors que le morceau « Free bird » de Lynyrd Skynyrd se décharnait en fond sonore. Pour revenir à l’univers qu’il avait créé – et au sujet duquel il lui restait encore beaucoup à dire – Rob Zombie prend donc le parti de, littéralement, ressusciter ses personnages après un résumé-express de leurs frasques dans les deux premiers films. Les trois fous furieux seront donc finalement écroués et condamnés à perpétuité. Dans les premières minutes du film, on apprend que le Captain Spaulding () a été condamné à mort ; néanmoins, malgré seulement cinq ou six minutes de présence à l’écran, il nous livrera tout de même l’un des meilleurs monologues de la carrière de Rob Zombie. Un monologue d’autant plus émouvant qu’il s’agira du dernier pour , l’acteur étant décédé le 21 septembre dernier, quelques jours à peine après la sortie de 3 from Hell aux États-Unis.

En lieu et place du Captain Spaulding, Otis (Bill Moseley) et Baby (Sheri Moon Zombie) se verront donc accompagnés dans leur évasion / cavale sanglante par Winslow Foxworth Coltrane, alias Foxy, incarné par un Richard Brake tout simplement hallucinant. Côté casting, on sera également ravis de retrouver, parfois pour seulement quelques secondes, une pléiade de têtes connues de l’univers développé par le cinéaste depuis des années : Danny Trejo, , , le nain , David Ury, en présentateur des infos, en directeur de prison, en gardienne sadique… Ils sont venus, ils sont tous là, comme pour poser sur la photo de famille. En osmose avec la vision sauvage et purement 70’s du cinéma de Rob Zombie, ils donnent tous le meilleur d’eux-mêmes, et même les « petits nouveaux » Richard Edson (ex-batteur de Sonic Youth) ou imposent une véritable personnalité…

 

 

De retour aux affaires

Cette bande d’acteurs et de gueules cassées forme donc la colonne vertébrale de 3 from Hell, qui s’impose véritablement comme un pur film de Rob Zombie, sauvage, nihiliste, dépravé mais sachant également se montrer drôle, et même par instant réellement touchant, dans le sens où même si les héros représentent la lie de l’humanité, on ne peut s’empêcher de s’attacher à eux et de les trouver sympathiques. Et pourtant, ces tordus sèment le chaos et la violence partout où ils passent, Zombie n’ayant pas son pareil pour faire brutalement passer l’ambiance de l’humour au chaos le plus choquant, distillant le malaise par l’usage d’une violence excessive et inattendue. Mais si les trois personnages centraux sont des ordures, que dire du monde en déliquescence dans lequel ils évoluent ? Ils sont « méchants », mais les autres sont encore pires : l’avidité, la haine ou l’appât du gain les entourent, et chacun suivra l’évolution de ces « 3 de l’enfer » à l’aune de sa propre morale.

Bien entendu, le film a écopé aux États-Unis de la fameuse restriction « R », le MPAA ayant classé le film « Rated R for strong sadistic violence, language throughout, sexual content, graphic nudity, and drug use ». Violence sadique, vulgarité, nudité et usage de drogues : rien que de très normal quand on évoque un film de Rob Zombie, qui se trouve être la suite de son film le plus dérangeant… Pour autant, 3 from Hell ne relève pas de la simple accumulation de violences et de scènes choc en tous genres : la trajectoire des trois personnages principaux, d’abord séparés puis réunis à l’occasion d’une séquence absolument folle furieuse, prend en effet la forme d’une rédemption d’un nouveau genre, et suivant une certaine logique dans sa folie destructrice, puisqu’elle mènera ces trois anges de la Mort au Mexique pendant la Fête des Morts ou Día de los Muertos. Hétérogène et complètement imprévisible, 3 from Hell propose presque au spectateur d’assister à plusieurs films en un seul : après une introduction façon News TV racoleuses des années 70, le récit passera un peu de temps par la case prison, avec d’un côté un hommage appuyé au genre du « Women In Prison » mettant en scène un affrontement hardcore entre Sheri Moon Zombie et Dee Wallace, et de l’autre, une grande évasion menée par Bill Moseley. La réunion des forces en puissance se fera donc au cœur d’une séquence tenant autant du « Home Invasion » que de la réunion de sadiques ; une fois le trio sur la route, le film reviendra à un hommage appuyé à Sam Peckinpah, évoquant évidemment également le chef d’œuvre de Walter Hill Extreme Prejudice dans sa dernière partie. Passant d’un genre à l’autre avec une aisance folle, Zombie expérimente, bifurque, change d’humeur comme de style formel, la péloche crasseuse et viciée laissant occasionnellement place à des plans littéralement sublimes, évidemment signés par son complice David Daniel. L’expérience est certes un peu déstabilisante (d’aucuns pourront penser que l’ensemble manque de cohésion ou d’équilibre), mais puissamment portée par l’énergie et la joie sadiques du trio central de psychopathes. Au final, le seul regret que l’on puisse avoir en tant que spectateur réside en fait dans la relative brièveté de chacune de ces incursions dans les différents genres, qu’on aurait aimé voir durer plus longtemps.

 

 

Conclusion

Violent, barge et provocateur, proposant un mélange des genres hétérogène nourri de sauvagerie et d’une certaine culture de la violence, 3 from Hell risque de laisser plus d’un spectateur sur le carreau. Pourtant, avec son récit porté par l’énergie et la décontraction de sa famille de tarés psychopathes, Rob Zombie parvient paradoxalement à imposer une galerie de personnages finalement bien plus fascinants et attachants qu’ils ne sont repoussants. Et si le film vire parfois au cauchemar éveillé lors de ses incursions dans la violence la plus abjecte, le ressenti général se démarque un peu du « feel bad movie » auquel l’ancien leader de White zombie nous avait habitué jusqu’ici. La violence tape certes toujours aussi dur, le sang gicle et les hurlements vont bon train, mais pour la première fois – peut-être grâce à un final ouvertement tourné vers le « soleil » – l’horreur laisse occasionnellement la place à une certaine poésie, dessinant avec un peu plus de précision que ses opus précédents les contours du monde déglingué, crasseux et peuplé de monstres développé par Rob Zombie dans son cinéma depuis 2003. Un univers vaste, déroutant, dérangeant et vicelard, qui s’enrichira vraisemblablement à chacun de ses nouveaux longs-métrages de nouveaux aspects tordus et inédits.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles