Blaq Market Collection #03 et #04 : Ruined heart / Aaaaaaaah!

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Après nous avoir offert à l’automne dernier la possibilité de découvrir ou redécouvrir deux pépites cinématographiques bien déviantes avec une première vague dans sa collection Blaq Market (lire notre article), poursuit sur sa lancée début juin avec deux nouvelles œuvres inclassables et déroutantes. L’éditeur français nous propose cette fois de découvrir deux films ayant tous deux eu les honneurs d’une sélection à l’Etrange Festival 2015 : (, 2014) et (, 2015). Deux films uniques et singuliers, qui diviseront à coup sûr les spectateurs, mais ne manqueront pas non plus d’intriguer non seulement un public amateur de cinéma de genre au sens très large du terme mais aussi tout cinéphile avide de découverte(s)…

 

 

Ruined heart


Philippines, Allemagne : 2014
Titre original : Ruined Heart – Another lovestory between a criminal & a whore
Réalisateur : de la Cruz
Scénario : Khavn de la Cruz
Acteurs : , ,
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h13
Genre : Drame
Date de sortie DVD/BR : 7 juin 2016

 

 

À Manille, un chef de gang règne avec violence sur la ville. Il demande à son plus loyal homme de main de protéger sa petite amie, impulsive et qui a tendance à attirer les ennuis. De leur rencontre va naître une romance et c’est durant leur fuite qu’ils vont apprendre à se connaître…

 

 

Aaaaaaaah!



Royaume-Uni : 2015
Titre original : –
Réalisateur : Steve Oram
Scénario : Steve Oram
Acteurs : , ,
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h17
Genre : Comédie
Date de sortie DVD : 7 juin 2016

 

 

Smith, mâle Alpha, accompagné de son Bêta, Keith, veulent prendre le contrôle d’une petite communauté. En se rapprochant d’une Femelle, Denise, ils vont réveiller de vieilles rancunes au sein de la tribu. Une querelle mortelle s’annonce. Sommes-nous des Hommes ou des Bêtes ?

 

 

Aussi différents puissent-ils être l’un de l’autre, Ruined heart et Aaaaaaaah! sont tout de même réunis par un dénominateur commun : il s’agit de deux films ne comportant aucun dialogue. Si les acteurs de Aaaaaaaah! ont dans un premier temps appris leur texte avant de « l’oublier » (ils s’expriment uniquement à l’écran par des cris et des grognements, censés reproduire un langage primitif proche de celui des singes ou des hommes de Cro-Magnon), ceux déclamés par les acteurs de Ruined heart sont constamment couverts par des sons ou de la musique, le film de Khavn de la Cruz (plus connu sous le simple sobriquet de « Khavn ») étant un poème filmique intense porté par la sublime photo de Christopher Doyle et par sa bande-sonore hétéroclite, qui transporte littéralement le spectateur au cœur d’un monde étrange et inconnu.

Ruined heart est donc un film de pures sensations, délaissant toute notion de rigueur ou de construction dans sa narration. Suivant la trajectoire contrariée d’un couple illégitime (lui est un truand, elle la fiancée du « parrain »), allant jusqu’au bout de son idée en emportant le spectateur dans un maelstrom de bruit, de couleurs et d’images décousues, le film de Khavn parvient néanmoins à trouver le rythme et le ton qui lui permettent d’être toujours parfaitement clair pour le spectateur ; plus que clair encore : limpide. Porté par sa poésie de tous les instants et par sa caméra mobile qui emporte avec le lui le spectateur, Ruined heart est une expérience pour le moins intense, rappelant jusque dans ses outrances et autres digressions toute la force révolutionnaire que pouvaient contenir les premières œuvres de la « Nouvelle Vague » en France à la fin des années 50. Un véritable tour de force cinématographique qui agacera forcément les uns autant qu’il fascinera les autres ; en l’état, Ruined heart met tout de même Terrence Malick à l’amende, en réalisant avec brio tout ce que peine à faire le cinéaste américain depuis quelques années : un pur poème filmé, saisissant en à peine 73 petites minutes toute la beauté fugace d’une fuite en avant dont l’aboutissement tragique est écrit à l’avance en lettres de sang.

Ecrit et réalisé par Steve Oram, dont on aura surtout retenu la prestation en tant qu’acteur et co-scénariste sur le déjà très étrange Touristes, Aaaaaaaah! est une comédie mettant en scène un conflit entre « singes » – ou pour être plus exact entre êtres humains agissant comme des primates. Le film est « underground », et Oram n’a que faire de la mise en scène de son bébé, qui s’affiche de façon directe, tourné en vidéo et en 4/3, sans pied, sans stabilité et visiblement sans apporter le moindre soin à la photographie de l’ensemble. De fait, le film s’impose rapidement comme une succession de scénettes absurdes et trash, scato et sexuelles, dont le but évident est de provoquer le spectateur, comme le faisait en France le professeur Choron il y a quelques années. Aaaaaaaah! nous offrira certes une poignée de séquences amusantes, le message sous-jacent sur la société contemporaine et surtout le développement de l’être humain est intéressant, mais dans son acharnement à vouloir aller au bout d’une logique absurdissime et à donner à voir des humains agissant volontairement comme des primates, l’ensemble fera au final surtout penser au film de Lars Von Trier Les idiots, qui développait une réflexion sociale assez voisine.

 

 

Un Blu-ray / Un DVD

[4,5/5]

Les deux premiers films de la collection « Blaq Market » n’avaient vu le jour que sur support DVD, mais à l’occasion de cette deuxième vague, Blaq out nous offrira le loisir de découvrir le merveilleux Ruined heart en Blu-ray, alors que Aaaaaaaah! sera logiquement uniquement proposé sur support DVD. La qualité des galettes est excellente : le Blu-ray est proposé en 1080p, les noirs et les couleurs très saturées du film de Khavn sont respectées à la lettre, il s’agit d’un bel hommage au film et à la photo de Christopher Doyle. Du côté du DVD de Aaaaaaaah!, l’éditeur compose parfaitement avec les limites d’un encodage en définition standard, et le film est proposé au format 4/3 d’origine. Côté son, les films étant uniquement sonores, il est difficile de parler réellement de pure « version originale » les films étant proposés dans des mixages Dolby Digital 5.1 pour le DVD, DTS-HD Master Audio 2.0 pour le Blu-ray. Tous deux s’avèrent tout à fait satisfaisants.

On notera à nouveau également le soin tout particulier apporté au packaging des disques et aux illustrations des jaquettes ; le DVD est proposé dans un très beau digipack, tandis que le Blu-ray s’offre quant à lui une jaquette réversible du meilleur effet.

Du côté des suppléments, Ruined heart contient plusieurs featurettes, concernant le tournage et la première du film. Trois clips ainsi que la traditionnelle bande-annonce accompagnent ces courtes plongées dans l’univers de Khavn. En revanche, pas moyen malgré nos essais répétés de lancer le court-métrage Pusong Wazak, le court-métrage à l’origine du film annoncé à la fois sur la jaquette et dans le menu. Aaaaaaaah! quant à lui nous proposera d’entrée de jeu deux commentaires audio : le premier fait office de « gag » puisqu’il est proposé en langage « bestial » ; le second assuré par Steve Oram s’avérera en revanche très riche en informations (VOST), en particulier sur ce que se disaient les personnages dans la version « écrite » du scénario. Quelques sujets directement en rapport avec le film (l’intégrale de Carolla cooks et de Pub, les émissions de TV aperçues dans le film) et une poignée de très intéressantes interviews avec le casting complètent une galette à l’interactivité bien fournie.

 

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