Blaq Market Collection #01 et #02 : L’enfant miroir / Der Samurai

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Éditeur indépendant faisant indéniablement partie des plus intéressants en France en termes de qualité et d’audace, vient d’avoir la bonne idée de lancer une collection appelée « Blaq Market », destinée à réunir des œuvres inclassables et déroutantes, des films signés par des cinéastes singuliers aux thèmes et à l’identité formelle très affirmés. Une collection turbulente qui saura intéresser non seulement un public amateur de cinéma de genre au sens très large du terme mais aussi tout cinéphile avide de découverte(s)… Les deux premiers titres de cette collection sont l’excellent film de L’enfant miroir, accompagné pour l’occasion d’un étrange film de genre allemand, Der Samurai

 

 

L’enfant miroir


Royaume-Uni, Canada : 1990
Titre original : The
Réalisateur : Philip Ridley
Scénario : Philip Ridley
Acteurs : , ,
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h32
Genre : Drame, Fantastique
Date de sortie cinéma : 28 novembre 1990
Date de sortie DVD : 7 décembre 2015

 

 

Dans l’Amérique rurale des années 50, un enfant rêveur et farceur, élevé par un père violent et une mère abusive, échafaude des hypothèses farfelues à propos des villageois qui l’entourent. Il est ainsi convaincu que la vieille dame qui vit seule sur le bord de la route est un vampire…

 

 

Der Samurai



Allemagne : 2014
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Till Kleinert
Acteurs : , ,
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h16
Genre : Thriller, Fantastique
Date de sortie cinéma : 15 juillet 2015
Date de sortie DVD : 19 novembre 2015

 

 

Traquant un loup qui sème la terreur dans la région, Jakob, jeune policier très à cheval sur les règles, croise la route d’un travesti armé d’un katana. Démarre alors une étrange course poursuite et une véritable spirale de violence

 

 

Comme l’écrivait Martin Debat sur notre site à l’occasion de la projection de L’enfant miroir à l’occasion du PIFFF 2015 (Paris International Fantastic Film Festival), le film est « une œuvre cinématographique toute aussi rare que son auteur (…) Le film de Philip Ridley marque de prime abord pour sa puissance picturale héritée des œuvres de Grant Wood et son American gothic et des peintures de Andrew Wyeth et leur réalisme rural. Comme l’expliquait le cinéaste lors de la présentation de son film, le récit est raconté par un vieux narrateur qui raconte son enfance et travestit à son goût la réalité. Le cinéaste dépeint une campagne américaine avec des champs de blé à perte de vue, peuplée de bigots, d’ivrognes et de petites gens. Il décrit au travers de son jeune héros de la perte de l’innocence, qui frappe le garçon tel un coup de massue sur la tête et le précipite d’un coup dans le monde des adultes. »

Aussi fascinant que bizarre, L’enfant miroir est une plongée dans un monde de l’enfance fantasmé, grotesque, amenant le fantastique par petites touches subtiles et s’avérant au final un film véritablement fascinant, irréel, perturbant, drôle, excessif, toujours sur le fil entre le ridicule achevé et le véritablement poignant.

Et à vrai dire, il n’est point réellement étonnant de retrouver Der Samurai distribué aux côtés d’un film de Philip Ridley tant le film de Till Kleinert rappelle constamment une œuvre méconnue et pour tout dire un peu oubliée de Ridley : le très étrange Darkly Noon. Partageant avec lui cette ambiance à la fois morbide, érotique et dangereuse (on ne sait jamais quand la violence va exploser), le film allemand se vit comme un cauchemar éveillé, une veillée funèbre aux côtés de deux homosexuels refoulés ne parvenant à communiquer que par la violence malgré une attirance très forte. Si le film sera vite catalogué par certains comme appartenant à la catégorie « LGBT » (Lesbian Gay Bi Transgender), il dépasse largement le stade de simple film communautaire pour aborder de front le genre horrifique sans jamais vraiment y rester. Inclassable, très déstabilisant, slalomant entre les scènes gore et les délires visuels les plus grotesques, le film se voit malheureusement également plutôt desservi par une gestion du rythme en dents de scie. Cependant, Der Samurai demeure un film vraiment unique et vaut assurément que l’on s’y attarde, ne serait-ce que pour se faire une idée de la bête.

 

 

Les DVD

[4/5]

Avec les deux premiers films de cette collection « Blaq Market », Blaq out nous livre un travail éditorial complet et remarquable. La qualité des masters est excellente : pas de souci majeur de compression, encodage nickel, 16/9 bien sûr, format respecté… Du grand Art, jonglant de façon très habile avec les limites d’un encodage en définition standard. Rien à redire non plus côté son, les films étant proposés dans des mixages Dolby Digital 2.0 tout à fait satisfaisants. On notera également le soin apporté aux illustrations ornant les jaquettes des digipacks ; le dossier de presse nous informe que chaque film sera mis en valeur par une illustration originale, ceci afin de créer une identité visuelle forte et reconnaissable à cette nouvelle collection de DVD. Pour L’enfant miroir, dont nous n’avons malheureusement pas eu la jaquette entre les mains, l’illustration est signée Emre Orhun, auteur de bande dessinée et d’illustrations jeunesse.

Du côté des suppléments, chaque galette nous propose un entretien avec le réalisateur du film (Philip Ridley / Till Kleinert) ainsi que deux courts-métrages. Les entretiens sont rondement menés, même si on retiendra surtout celui de Philip Ridley, beaucoup plus long et intéressant que celui de Kleinert. En ce qui concerne les courts-métrages, commençons avec Philip Ridley : Visiting Mr. Beak et The universe of Dermot Finn sont deux courts-métrages à l’ambiance absurde et onirique, voire même carrément surréaliste. Peuplés de personnages étranges aux habitudes pour le moins curieuses, ils permettaient déjà à Ridley d’emmener le spectateur dans un monde parallèle, fantastique et déroutant, où chacun aura forcément du mal à retrouver ses repères. Le DVD de Der Samurai nous propose donc également deux courts ; Kokon, qui narre de façon quasi-muette le changement dans la vie d’un ado après que ce dernier se soit coupé les cheveux. Le second s’intitule Cowboy et mettait déjà en scène Pit Bukowski ; cela dit, on aura du mal à le visionner à moins de parler couramment allemand : s’il propose bien des sous-titres, ceux-ci ne semblent avoir aucun rapport avec les propos que s’échangent les protagonistes. Dommage.

 

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