Critique : Alita Battle Angel

États-Unis, 2019

Titre original : Alita Battle Angel

Réalisateur :

Scénario : & Laeta Kalogridis, d’après les mangas de Yukito Kishiro

Acteurs : Rosa Salazar, , ,

Distribution : 20th Century Fox France

Durée : 2h02

Genre : Science-fiction

Date de sortie : 13 février 2019

3/5

Deux hommes-orchestres au style cinématographique distinct se sont repartis les tâches sur un film, qui ne ressemble finalement à l’univers ni de l’un, ni de l’autre. Et on aurait envie de dire tant mieux, puisque Alita Battle Angel bénéficie grandement de cette synergie créative afin de gommer les complaisances, voire les défauts qui ont pu rendre les filmographies de Robert Rodriguez et de James Cameron assez inégales dans le passé. Cette épopée futuriste sort ainsi du lot, en comparaison avec toutes ces productions récentes interchangeables, qui remplissent certes les salles, mais qui vident en même temps de sa substance le genre de la science-fiction. Aucun message plein de sagesse philosophique n’est à tirer de cette histoire d’une adolescente cyborg qui se découvre une âme de guerrière insoupçonnée, admettons-le. Néanmoins, le récit fait preuve d’une admirable cohérence, tout en préservant l’équilibre si difficile à maintenir entre l’action et la réflexion, entre l’affrontement manichéen de puissances diamétralement opposées et une vision du monde plus harmonieuse. Bref, la collaboration improbable entre Rodriguez, l’homme à tout faire, surtout à partir d’un budget dérisoire, et Cameron, le visionnaire démesuré qui ne lésine pas sur les moyens pour mettre en images ses fantaisies farfelues, a accouché d’un film à la dimension spectaculaire indéniable. De surcroît, cette dernière n’est guère minée par le calcul mercantile d’un scénario, dont la seule raison d’être serait de préparer d’ores et déjà le terrain pour une série de suites répétitives.

© 20th Century Fox France Tous droits réservés

Synopsis : En 2563, trois siècles après la grande guerre qui avait vu la civilisation humaine s’effondrer, les survivants vivent massés dans Iron City, une agglomération cosmopolite qui n’existe que pour servir la caste supérieure des hommes exilée dans la cité flottante de Zalem. Le docteur Dyson Ido y répare de son mieux les cyborgs sauvagement abîmés pendant les matchs de Motorball, un grande cirque populaire dont le champion aura le privilège exclusif d’accéder au monde du dessus. Pour ce faire, le scientifique récupère toutes sortes de pièces détachées dans la grande décharge au cœur de la ville, où les déchets de Zalem sont déversés. Un jour, il trouve la tête encore fonctionnelle d’une cyborg à la mécanique sophistiquée, qu’il greffe sur le corps ayant été autrefois conçu par lui pour sa fille malade Alita. Sa création, complètement amnésique, portera ce même nom et ne tardera pas à découvrir avec enthousiasme son nouvel environnement.

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Une fille sans importance

Alita est une héroïne fantastique plutôt atypique. Bien plus qu’une simple cousine de Frankenstein, à laquelle son père scientifique, interprété ici avec une dose considérable de mélancolie par Christoph Waltz, inculquerait des valeurs humaines idéalistes, rapidement anéanties par les dures réalités d’un monde impitoyable, elle développe au contraire une autonomie de pensée et d’action qui la mettra en porte-à-faux vis-à-vis du docteur Ido et de ses velléités paternelles. C’est une fille de son âge en quelque sorte, une adolescente vive d’esprit et perspicace, qui fait de plus en plus semblant d’être une progéniture docile tout en se façonnant son propre opinion. La complexité des traits de caractère de son personnage persiste même après le virage majeur, qui la verra endosser le rôle lourd de responsabilités d’une justicière quasiment divine, envoyée sur Terre pour redresser les torts d’un système profondément injuste. Or, pour une fois, cette mission hautement caricaturale ne s’accompagne pas des excès en termes de discours pompeux et édifiant qui a pu relativiser la qualité de certains contes antérieurs signés James Cameron. Au contraire, sans pour autant être une héroïne récalcitrante, Alita ne perd jamais tout à fait son innocence initiale, véhiculée astucieusement par ses grands yeux, qui jettent un regard plein de compassion, mais sans mièvrerie, sur le monde.

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Ensemble

Si la patte de Robert Rodriguez se manifeste notamment dans l’orchestration époustouflante des scènes de combat et d’action, aussi précises qu’essentielles pour le déroulement sans faille du récit, on aurait pu craindre que James Cameron cède à nouveau à son envie apparemment irrépressible d’ajouter une histoire d’amour à l’eau de rose pour égayer tant soit peu un univers pas si glauque que ça. Et effectivement, la fille au cœur surpuissant le perdra tôt ou tard à un jeune voyou, qui personnifie à lui seul la symbiose parfaite entre les productions de Steven Spielberg des années 1980 avec leurs héros juvéniles mal dégrossis et leurs descendants indirects plus contemporains, quoique pas forcément plus avancés sur la voie de la maturité. Malgré quelques séquences au penchant romantique clairement marqué, le récit ne se laisse point amadouer par autant de manifestations d’un sentiment amoureux pur. Il préfère avancer sans broncher sur le chemin d’un divertissement de haut vol, dont chaque élément est mis au service d’une quête existentielle. L’issue de cette dernière reste incertaine, à la fois pour des raisons commerciales et parce qu’il vaut mieux avoir une fin ouverte qu’un affrontement grandiloquent, qui serait en parfaite contradiction avec l’économie narrative admirablement rigoureuse de Alita Battle Angel. Enfin, le camp adverse se démarque par la même ambiguïté morale que celui des (pas si) foncièrement bons, grâce au méchant le plus élégant de ces dernières années interprété par Mahershala Ali et, dans une moindre mesure, à Jennifer Connelly dans le rôle d’une scientifique plus nostalgique de ses instincts maternels que d’une vie insouciante parmi les riches.

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Conclusion

A première vue, Alita Battle Angel ne paie pas de mine avec son personnage principal en images de synthèse et son histoire a priori déjà vue cent fois. Pourtant, ses créateurs Robert Rodriguez, à la mise en scène, et James Cameron, au scénario et à la production, en font une aventure enivrante et presque intelligente. Ils y évitent adroitement le piège de l’exposition surchargée, de l’installation prématurée d’un équilibre de forces appelées à s’affronter sans concession, au profit d’un récit d’initiation au jeu en particulier et à la vie en général qui nous a séduits par son manque de prétention. Au vu de son succès planétaire raisonnable, il se peut que nous voyons bientôt d’autres aventures de l’intrépide cyborg débarquer sur nos écrans de cinéma. Espérons seulement qu’elles auront la même tenue vigoureuse que celle-ci !

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles