Critique : Agents très spéciaux

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Etats-Unis, 2015
Titre original : The Man from U.N.C.L.E.
Réalisateur :
Scénario : Guy Ritchie et Lionel Wigram, d’après la série de Sam Rolfe
Acteurs : , Armie Hammer, , Elizabeth Debicki
Distribution : Warner Bros.
Durée : 1h57
Genre : Espionnage
Date de sortie : 16 septembre 2015

Note : 2/5

Les années 1960 marquaient l’avènement d’un nouvel état d’esprit, débridé et stylisé. Ce fut également une période de tension accrue entre les adversaires de la Guerre froide. Ces deux influences se retrouvaient dans la série « Des agents très spéciaux », qui voguait sur la vague d’un manichéisme historique qui est hélas de nouveau d’actualité ces jours-ci. Tandis que l’univers de James Bond – lui aussi une création de cette époque propice au gentleman espion – a su évoluer au fil de ses nombreuses incarnations, celui de la bande improbable des agents de camps opposés qui allient leurs forces était plutôt tombé aux oubliettes. Nous ne le devons donc qu’à la mentalité mercantile des producteurs hollywoodiens, toujours en quête d’une recette éprouvée à recycler, qu’ils retrouvent le chemin de l’écran qui est cette fois-ci grand. Peut-être trop grand pour accommoder convenablement ce spectacle d’une ère révolue, qui manifeste des difficultés accrues pour sonner encore pertinent dans un contexte politique, social et de divertissement n’ayant pratiquement plus rien en commun avec les années ’60 qui swinguaient.

Synopsis : Au milieu des années ’60, l’ancien voleur prodigieux Napoleon Solo est envoyé par les services secrets américains derrière le rideau de fer, afin de recruter Gaby Teller, la fille d’un scientifique qui a collaboré avec les nazis et qui a mystérieusement disparu. L’extraction de Gaby de Berlin-Est relève de l’exploit à cause de la ténacité de Ilya Kuryakin, un agent russe aux méthodes au moins aussi musclées et astucieuses que celles de son pendant américain, qui cherche par tous les moyens d’empêcher la fuite de Gaby. Napoleon et Ilya devront pourtant faire équipe afin de retrouver le père de Gaby, dont la trace se perd du côté de la richissime famille italienne Vinciguerra. Les agences internationales craignent en effet que ces sympathisants de la cause nazie s’apprêtent à fabriquer une bombe atomique. Ilya devra alors se faire passer pour un architecte russe, le nouveau fiancé de Gaby, et Napoleon pour un expert en art antique, afin de gagner accès aux cercles de la haute société et de contrecarrer leur plan machiavélique.

Péril rouge contre cow-boy

L’effort consenti pour rendre percutantes les frasques de deux agents que tout oppose se voit péniblement dans Agents très spéciaux. Le souci de fabrication, voire de la raison d’être du projet tout entier, est alors doublement pénalisant pour le spectateur, puisque ni les excès formels de la réalisation de Guy Ritchie, ni les tentatives maladroites pour remettre la formule au goût du jour ne sont couronnés de succès. Ce film subit ainsi le même sort peu enviable que des dizaines d’autres avant lui : de nous convaincre à aucun moment de la nécessité de son existence et, pire encore, de nous lasser rapidement par sa surdité de ton. Quitte à passer à côté d’une aventure bourrée de testostérone, les producteurs auraient en effet pu opter pour une parodie décalée, à l’image des films de Austin Powers, qui s’étaient montrés à peu près divertissants dans les années ’90. Il n’en est hélas rien, puisque les rares doubles ententes quant aux liens ambigus entre les deux agents et les blagues autour des nazis caricaturaux tombent misérablement à plat. De ce point de vue-là, même les farces françaises de l’agent OSS 117 ont fait preuve de plus d’allure et d’esprit que ce film laborieux à tous les niveaux.

Comment ne pas réhabiliter un monde archaïque

Les séquences bâclées se succèdent à un rythme régulier, alors que nous avons attendu en vain un quelconque aspect rédempteur dans ce marasme mou de stéréotypes sans vie. Peu importe que ce soit celle de l’attaque du couple de circonstance dans le parc, celle du repas improvisé de l’un pendant que l’autre est pourchassé sur l’eau ou bien la course poursuite finale avec ses effets visuels tape-à-l’œil, nous pouvons malheureusement compter sur la narration une fois de plus inepte de Guy Ritchie pour évacuer tout semblant d’entrain dramatique du récit. Ce qui est d’autant plus regrettable que le réalisateur avait su insuffler une nouvelle vie dans l’univers de Sherlock Holmes, au moins aussi archaïque que celui de « Des agents très spéciaux ». L’interprétation est conforme à la déception générale. L’interaction entre Henry Cavill et Armie Hammer est d’une lourdeur consternante, alors qu’Alicia Vikander y livre son seul faux pas au cours de l’année qui l’a révélée, après Ex-machina et avant Mémoires de jeunesse et A vif.

Conclusion

L’impact sur la durée de la série à l’origine de Agents très spéciaux a été plutôt limité. Elle a néanmoins été plus mémorable que son adaptation cinématographique, une resucée au ton forcé qui ne sait pas sur quel pied danser pour moderniser son intrigue de base. En somme, c’est un gâchis, surtout pour le talent de comédiens solides comme et qui y font à peine plus que de la figuration.

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