À voir sur Amazon Prime Video : Borat 2 / Sacha Baron Cohen vs. Trump

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États-Unis : 2020
Titre original : Borat – Subsequent moviefilm
Réalisation :
Scénario : , , ,
Acteurs : Sacha Baron Cohen, ,
Distributeur :
Durée : 1h35
Genre : Comédie
Date de sortie : 23 octobre 2020

Note : 4/5

Livraison bakchich prodigieux pour régime de l’Amérique au profit autrefois glorieuse nation Kazakhstan…

Ils sont fous ces ricains

Tout y est plus grand, plus fort, plus rapide : les États-Unis représentent, pour nombre d’observateurs extérieurs, le pays de tous les excès, de toutes les folies. Plusieurs films de cinéma sont d’ailleurs revenus, depuis de nombreuses années, sur la démesure américaine, sur ces modes de vie nous paraissant, de loin, bizarres, voire même absolument grotesques. On pense par exemple à des films tels que L’Amérique insolite (François Reichenbach, 1960), L’Amérique à nu (Sergio Martino, 1970), ou encore à la trilogie de Romano Vanderbes L’Amérique interdite / L’Amérique en folie / L’Amérique secrète (1977-1991).

Mais finalement, parmi ces films dont la vocation première était de souligner la folie furieuse régnant au pays de l’oncle Sam, le plus impressionnant était peut-être Borat (2006), qui, sous le couvert de la comédie potache, dressait un portrait des États-Unis qui faisait littéralement froid dans le dos : racisme, homophobie, antisémitisme… Aux commandes du film, le talentueux Sacha Baron Cohen pointait du doigt une nation à la dérive, dont il continuerait d’explorer les arcanes les plus sombres quelques années plus tard avec Brüno (2009).

Mais comme le dit le proverbe, « Quand on est con, c’est pour la vie »… Et quatorze ans après le premier film, Sacha Baron Cohen se voit donc obligé de ressortir le costume gris du journaliste kazakh dans alias Borat 2, afin de souligner, toujours par le biais de l’humour, les dérives sectaires de plus en plus alarmantes d’un pays semblant se complaire dans l’ignorance et la bêtise crasse, tout en cultivant une défiance de plus en plus absurde vis-à-vis du rationalisme.

Le rire pour cacher le malaise

Si Borat 2 reprend approximativement le même dispositif technique que le film de 2006, Sacha Baron Cohen s’est vu obligé d’opter pour une galerie de personnages et de déguisements plus large que dans le film original, pour la simple et bonne raison que le personnage de Borat Sagdiyev est aujourd’hui trop célèbre pour passer inaperçu. La société de 2020 n’est plus non plus exactement la même que celle de 2006, et Borat se verra donc ici accompagné de sa fille Tutar (Maria Bakalova), histoire de pouvoir proposer un discours sur la place de la femme aux États-Unis.

Comme dans le film original, Borat 2 enchaînera donc les scènes de fiction et les scènes tournées sur le mode du documentaire, avec de « vrais américains » faisant preuve de toujours plus d’indifférence, de lâcheté, voire même d’une certaine servilité à l’égard de leurs contemporains, même quand ces derniers évoquent le fait de commettre les crimes les plus atroces. L’individualisme est ainsi poussé dans ses derniers retranchements du côté des commerçants, prêts à tout accepter tant que le business fonctionne. Comme en 2006, le spectateur sera tour à tour sidéré, consterné, voire effrayé par l’absence de réaction des américains aux provocations racistes, misogynes ou criminelles des différents personnages incarnés par Sacha Baron Cohen.

Parallèlement, Borat 2 va parfois très loin dans le trash et le mauvais goût, n’hésitant pas à rire de choses dont on ne rit généralement pas – on pense par exemple à la scène de la « danse de la fertilité », qui repousse vraiment les limites du mauvais goût, mais s’avère également une des séquences les plus drôles du film.

Le malaise prend le dessus

Mais quand Baron Cohen commence, peu à peu, à infiltrer les cercles de plus en plus proches du parti républicain, le rire se crispe légèrement, pour finalement laisser place à un véritable malaise – le summum sera atteint lors de la scène finale du film, mettant en scène , ex-maire de New York et actuel avocat de . Cette séquence, qui donne à voir les prémisses d’une agression sexuelle tout sauf simulée, donne littéralement la nausée, et permettra au spectateur de saisir la véritable nature de Borat 2, qui bien au-delà de la simple comédie s’avère un film profondément politique, subversif, fustigeant plus que jamais l’hypocrisie des conservateurs américains. On voit mal, honnêtement, comment la carrière politique de Giuliani pourrait survivre au film – mais tout est possible aux États-Unis.

Trump – Amazon : La guerre est déclarée

Derrière le rire, Borat 2 est donc un film politique, engagé, profondément militant, et on ne pourra que s’amuser du fait qu’après différents litiges publics et très médiatisés (notamment concernant le contrat JEDI), le PDG d’Amazon Jeff Bezos porte ici un coup extrêmement puissant à son adversaire Donald Trump en choisissant de distribuer, à grands renforts de publicité, le nouveau film de Sacha Baron Cohen.

C’est d’autant plus clair que Borat 2 surfe sur une actualité vraiment brûlante : il s’agit ainsi du premier film post-Covid19 qu’il nous ait été donné de voir, et la séquence mettant en scène date du mois de juillet : trois mois à peine après les événements, le film est donc livré au public, le 23 octobre 2020 en sortie mondiale – soit dix jours avant les élections américaines, qui auront lieu le 3 novembre.

Ce pied solidement ancré dans l’actualité donne d’autant plus froid dans le dos, dans le sens où les différents protagonistes que l’on découvre au fil de la découverte de Borat 2 existent bel et bien… et vont très prochainement s’exprimer dans les urnes aux États-Unis. Car ces gens-là VOTENT eux aussi. Traditionalistes cathos tenant des propos à dégueuler, adeptes des conspirations à gogo, lobbyistes armés nostalgiques du bras tendu en l’air…

Moins drôle, mais également moins surprenant dans son dispositif que le premier film, Borat 2 n’en dresse pas moins un état des lieux tout à fait alarmant de la situation idéologique aussi absurde que profondément dangereuse dans laquelle « MacDonald Trump » semble avoir plongé les États-Unis. Extrêmement politique, le film de Sacha Baron Cohen apporte, non sans un humour féroce, sa pierre à l’édifice démocrate concernant la nécessaire éviction de l’actuel locataire de la Maison-Blanche. On verra le 3 novembre si la méthode Borat Sagdiyev a porté ses fruits !

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