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Test Blu-ray : L’Anglaise et le Duc

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Test Blu-ray : L’Anglaise et le Duc

Titre original : L’Anglaise et le Duc
Réalisateur et scénariste : Éric Rohmer
Casting principal : Jean-Claude Dreyfus, Lucy Russell, François Marthouret
Genre : Drame, Historique Date de sortie cinéma : 5 septembre 2001 Date de sortie DVD/BR : 27 octobre 2026
Durée : 2h09
Pays : France, Allemagne (2001)
Éditeur : Pathé

Pendant la Révolution française à Paris, une jeune aristocrate écossaise vit les évènements sous la protection de son ancien amant, le duc d’Orléans, cousin du roi et révolutionnaire influent…

Test Blu-ray : L’Anglaise et le Duc

Le film

[3/5]

La Révolution française a beau avoir été vendue comme une grande lessive nationale, les aristocrates n’ont pas tous fini avec le même degré de propreté. Dans L’Anglaise et le Duc, Éric Rohmer choisit de raconter cette période de bouleversements à travers les yeux de Grace Elliott, aristocrate écossaise et fervente royaliste installée à Paris. Adapté des mémoires de cette dernière, le film suit également ses relations compliquées avec Philippe d’Orléans, cousin de Louis XVI et ancien amant devenu partisan de la Révolution. Entre fidélité aux convictions, sentiments contrariés et survie en terrain politique miné, le cinéaste s’intéresse moins aux grandes dates du manuel scolaire qu’à la manière dont l’Histoire vient fracasser les existences individuelles. Car les idées ont beau proclamer la liberté, elles deviennent nettement moins séduisantes lorsque leurs défenseurs se mettent à distribuer les condamnations à mort.

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Avec L’Anglaise et le Duc, Éric Rohmer s’attaque surtout à un sacré morceau de cinéma historique en prenant le risque de se débarrasser des habitudes du genre. Les extérieurs ne sont pas reconstitués dans de véritables rues parisiennes : les acteurs évoluent devant des fonds verts, ensuite associés aux tableaux peints par Jean-Baptiste Marot. Voilà un procédé que n’aurait pas renié George Lucas… Néanmoins, on ne peut s’empêcher de se dire que le résultat, parfois déroutant, donne l’impression de voir des personnages s’échapper d’une peinture d’époque pour venir discuter de politique dans un livre d’images devenu vivant. L’illusion n’est pas toujours parfaite, loin de là, et certaines incrustations rappellent que l’informatique a ses limites lorsqu’il s’agit de ressusciter le XVIIIe siècle. Mais cette étrangeté possède aussi son charme. Le Paris révolutionnaire apparaît comme un décor mental, une cité fragile dont les façades semblent pouvoir s’effondrer au moindre changement de régime. L’artifice finit ainsi par rejoindre le sujet : l’Histoire elle-même est une construction mouvante, et les certitudes d’hier deviennent les absurdités du lendemain.

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Le dispositif de L’Anglaise et le Duc ne se résume pourtant pas à une expérimentation visuelle. Éric Rohmer confronte deux personnages que tout devrait opposer, mais que leurs liens affectifs empêchent de devenir de simples porte-drapeaux idéologiques. Grace Elliott défend la monarchie sans renoncer à son intelligence ni à son indépendance, tandis que Philippe d’Orléans tente de concilier ses convictions nouvelles avec les contradictions d’un homme issu de l’aristocratie. Le film ne distribue pas les bons et les mauvais points avec la facilité d’un tribunal révolutionnaire miniature. Il préfère observer comment les principes se déforment au contact de la peur, de l’ambition et des circonstances. La Terreur transforme alors les rues en pièges et les relations humaines en exercices de survie. Derrière les perruques, les robes et les politesses d’usage, la violence politique révèle surtout la fragilité des libertés individuelles lorsque la collectivité prétend parler d’une seule voix.

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Reste que L’Anglaise et le Duc exige une certaine patience. Les dialogues abondants, le rythme posé et la raideur de quelques scènes peuvent maintenir le spectateur à distance, tandis que le procédé numérique, aussi audacieux soit-il, empêche parfois l’émotion de s’installer pleinement. Heureusement, Lucy Russell apporte à Grace Elliott une présence vive, une dignité jamais tout à fait docile et une inquiétude qui affleure sous les bonnes manières. Face à elle, l’excellent Jean-Claude Dreyfus compose un Philippe d’Orléans ambigu, partagé entre ses sentiments et ses choix politiques. Leur relation donne au récit son véritable cœur battant. Sans atteindre la fluidité des grandes réussites de son auteur, L’Anglaise et le Duc reste une proposition singulière, stimulante lorsqu’elle interroge les rapports entre art, vérité historique et conscience individuelle. Une Révolution peinte à grands traits, donc, mais dont les déchirures humaines demeurent bien réelles.

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Le Blu-ray

[4/5]

Avec cette édition Blu-ray de L’Anglaise et le Duc, Pathé remet en circulation une curiosité de la filmographie d’Éric Rohmer, dont les choix techniques compliquent sérieusement la tâche des restaurateurs. Tourné en Betacam numérique au moyen d’incrustations sur fond vert, le film avait été transféré sur pellicule 35 mm à l’époque. C’est ce retour sur film qui a servi de base à la restauration réalisée en 2025 par TransPerfect Media. Supervisés par Diane Baratier, les travaux permettent de proposer une présentation en Haute-Définition avec une ambition de restauration 4K, mais ils ne peuvent évidemment pas faire apparaître des détails qui n’existaient pas dans la source. Le gain en définition demeure donc limité, tandis que le renforcement des contours donne parfois aux visages un aspect artificiel. La texture argentique ajoutée au matériau d’origine ne suffit pas à masquer cette impression de netteté électronique, particulièrement visible dans les scènes extérieures, où les incrustations trahissent davantage leur nature. L’étalonnage corrige certaines dominantes vidéo et redonne un peu de dynamisme à l’ensemble, même si les ombres peuvent paraître bouchées et certaines hautes lumières trop appuyées. Les scènes d’intérieur s’en sortent mieux, mais le résultat reste inégal. Il faut saluer l’effort patrimonial de Pathé, tout en reconnaissant que cette restauration ne transforme pas miraculeusement les limites du support d’origine. Côté son, la piste française en DTS-HD Master Audio 5.1 offre un résultat contrasté. Les musiques et les ambiances profitent d’une répartition appréciable sur les différentes enceintes, avec quelques incursions discrètes dans les basses fréquences. En revanche, les dialogues restent très concentrés sur le canal central, avec une présence étroite qui tranche avec l’espace sonore accordé aux autres éléments. Cette séparation donne parfois une impression de décalage entre les voix et les décors, un défaut d’autant plus perceptible que le film repose largement sur les échanges verbaux. La piste DTS-HD Master Audio 2.0 propose une restitution plus resserrée, mais cohérente avec la nature essentiellement dialoguée de l’œuvre. Dans les deux cas, la priorité reste accordée à l’intelligibilité des échanges, sans véritable démonstration spectaculaire. Le mixage multicanal conserve néanmoins un léger avantage pour l’ampleur musicale et les ambiances.

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Pour ce qui est des suppléments, on commencera avec un sujet sur la restauration de L’Anglaise et le Duc (31 minutes). Prenant la forme d’un entretien entre Tessa Pontaud, directrice adjointe de la restauration du patrimoine chez Pathé, et Diane Baratier, directrice de la photographie du film, le module revient sur les contraintes techniques et les travaux effectués, mais s’attarde également sur les conditions de tournage et les choix visuels d’Éric Rohmer. L’ensemble éclaire les difficultés rencontrées pour redonner une nouvelle vie à un film dont le matériau original ne permet pas toutes les prouesses espérées. On continuera avec un entretien avec Anne-Laure Sol, conservatrice en chef du patrimoine au musée Carnavalet (8 minutes). Cette intervention permet de replacer les décors et les représentations de la capitale dans leur contexte historique, tout en soulignant le travail de reconstitution nécessaire à la fabrication du film. On poursuivra avec un making of d’époque (42 minutes), qui constitue probablement le complément le plus consistant de cette section. On y découvre la méthode de travail singulière du cinéaste, son recours aux fonds verts et la fabrication des tableaux destinés à recréer le Paris de la Révolution. Ce document apporte un éclairage précieux sur une démarche artistique qui pouvait sembler insensée au début des années 2000, mais qui témoigne d’une véritable volonté de renouveler le film historique. Enfin, on notera que le Digipack édité par Pathé comprend également un livret de 64 pages particulièrement intéressant. Celui-ci rassemble un entretien avec Éric Rohmer, un Entretien avec Françoise Etchegaray, productrice du film, une note d’intention du film par Éric Rohmer, les tableaux de Jean-Baptiste Marot et des repères chronologiques sur les évènements racontés dans le film. Un accompagnement éditorial généreux, qui permet de prolonger la découverte du film au-delà de ses limites techniques.

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