Hanami

Portugal, Suisse, Cap Vert : 2024
Titre original : –
Réalisation : Denise Fernandes
Scénario : r Denise Fernandes, Telmo Churro
Interprètes : Dailma Mendes, Alice Da Luz Gomes, Sanaya Andrade
Distribution : Sudu Connexion
Durée : 1h36
Genre : Drame
Date de sortie : 8 juillet 2026
3.5/5
Synopsis : Sur une île volcanique isolée que tout le monde veut quitter, Nana apprend à rester. Sa mère, Nia, souffrant d’une mystérieuse maladie, est partie peu après sa naissance. Lorsque Nana est prise de fortes fièvres, on l’envoie se faire soigner au pied d’un volcan, où elle découvre un monde suspendu entre rêves et réalité. Des années plus tard, alors que Nana est adolescente, Nia revient.

Avec ses 10 îles situées dans l’Atlantique au large du Sénégal, l’archipel du Cap Vert présente un caractère volcanique très prononcé. Parmi ces îles, l’île de Fogo a la particularité de posséder un volcan, le Pico de Fogo, qui culmine à 2829 mètres d’altitude alors que la surface de l’île est inférieure à 500 km2. C’est dans cette île que Denise Fernandes est allée réaliser son premier long métrage, un film qui nous parle du phénomène de l’immigration avec une grande sensibilité et beaucoup de poésie. Aborder un tel thème pour une réalisatrice elle-même née à Lisbonne de parents capverdiens n’a rien d’étonnant, d’autant plus quand on sait que les capverdiens sont presque deux fois plus nombreux à vivre à l’étranger que dans leur propre pays. Cette « ingratitude » par rapport à leur terre vient pour beaucoup du caractère ingrat de cette même terre, au point que, dans l’archipel, la moindre parcelle de terre fertile y est bichonnée comme nulle part ailleurs. Le film s’attache à un personnage, Nana, dont Nia, la maman, a émigré très peu de temps après sa naissance et qui va être élevée au bord de la mer par ses grand-parents paternels, à proximité de São Filipe. Quand bien même sa grand-mère lui répète que Nia est particulièrement heureuse là où elle vit, « là bas, il pleut énormément, elle est entourée d’eau », quand bien même Manuel, son oncle, dont le rêve est d’ouvrir une boulangerie-pâtisserie, fait la liste de tout ce qui lui manque pour faire un tiramisu « facile et délicieux » alors que Nelson, son frère, parti à l’étranger, a tout ce qu’il veut à sa disposition, Nana se sent bien dans son île et n’envisagera jamais de la quitter. Jeune, elle a une copine de son âge, Boneca, elle a une poule, Lulu, dont elle surveille attentivement la ponte, allant même jusqu’à lui attribuer des œufs pondus par d’autres poules.
Trouvée brulante de fièvre sur la plage, elle va être envoyée en altitude, chez la tante Luz, dans la Chã das Caldeiras, la Caldeira située au pied du Pico de Fogo : un environnement totalement différent de celui auquel elle est habituée, une terre de lave toute noire avec, par ci par là, quelques taches de verdure, d’autres enfants avec qui jouer, mais c’est là qu’on peut trouver les remèdes de la terre de lave tels les bains de feuilles de savon de sorcière et les tisanes de céleri-de-roche susceptibles de guérir Nana. Alors que Nana est revenue guérie de la Caldeira et est devenue une jeune fille, le film continue de parler de celles et de ceux qui ont quitté leur île ou qui s’apprêtent à le faire et de celles et ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ont décidé de rester : Manuel qui a réussi à ouvrir la boulangerie-pâtisserie dont il rêvait, un garçon de l’âge de Nana avec qui elle s’entend bien mais qui va immigrer à Lisbonne, les familles parties un peu partout dans le monde et qui reviennent passer quelques semaines dans leur île natale, Nia, sa mama, que Nana connait si peu, auprès de qui elle va passer quelques jours et à qui, trop attachée à son île et à son mode de vie, elle va refuser de partir avec elle dans son nouveau pays. Tout au long du film, l’évocation des phénomènes migratoires baigne dans une atmosphère parfois onirique, presque toujours poétique, comme lorsque sont évoquées les tortues marines, ces grandes voyageuses qui parcourent le monde mais reviennent toujours sur leur lieu de naissance pour pondre les œufs qui assureront leur descendance. Mais au fait, pourquoi ce titre japonais, Hanami, cette coutume traditionnelle japonaise consistant à apprécier la beauté des fleurs, pour un film dont l’action se déroule au Cap Vert ? Tout simplement parce que le Cap Vert et le Japon, certes baignées par des mers éloignées et différentes, sont des îles volcaniques. Les fleurs étant par nature éphémères, cette coutume de l’hanami met en valeur le fait que la beauté ne se limite pas à un moment précis d’une existence et qu’on peut la trouver à toutes les pages de la vie. Dès son début, alors que Nana parle à sa mère alors qu’elle est encore dans son ventre, le film évoque la tradition japonaise du kintsugi, méthode japonaise qui consiste à réparer des céramiques ou des porcelaines brisées en utilisant de la laque saupoudrée de poudre d’or. Plutôt que de cacher la réparation, celle-ci est mise en valeur. Et ce qui est possible pour un vase peut l’être aussi pour un être humain ! Pour compléter l’empreinte japonaise introduite dans ce film, on va rencontrer plus tard Kenjiro Mizoguchi, un vulcanologue japonais, dans la Chã das Caldeiras. C’est par la musique et, tout particulièrement, grâce à Cesaria Evora, que le Cap Vert a commencé à se faire connaître dans le monde entier. Cette année, la Coupe du Monde a permis à ce petit pays de 500 00 habitants de se faire connaître dans le monde du football. Espérons que ce très beau film contemplatif qu’est Hanami contribue à faire connaître le Cap Vert au monde des cinéphiles.














