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Test Blu-ray : Les Titans

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Les Titans

Italie, France, Espagne : 1962
Titre original : Arrivano i titani
Réalisation : Duccio Tessari
Scénario : Ennio De Concini, Duccio Tessari
Acteurs : Giuliano Gemma, Pedro Armendáriz, Antonella Lualdi
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h55
Genre : Péplum, Fantastique
Date de sortie cinéma : 29 août 1962
Date de sortie DVD/BR : 16 juin 2026

Dans la Grèce antique, Cadmos, roi de Crête, se fait proclamer dieu et bannit toute autre forme de religion. Il provoque la colère de Zeus, qui décide de le punir en armant Krios, le chef des titans : Zeus lui promet que ses frères, enfermés aux Enfers, seront libérés s’il mène à bien sa tâche…

Le film

[4/5]

Lorsque Les Titans est sortis sur les écrans du monde entier en 1962, on a eu l’impression que Duccio Tessari investissait le péplum comme un gamin surexcité dans un musée trop silencieux. Pour sa première réalisation après avoir œuvré au scénario de nombreux péplums italiens, Duccio Tessari s’amusait en effet à secouer la mythologie grecque comme un vieux tapis poussiéreux, histoire de voir ce qui tombe : un cyclope grognon, une Méduse jetée comme un caillou dans un lac, un géant qui semble sorti d’un rêve fiévreux… Cette fantaisie assumée, qui ne tarderait pas à contaminer le genre, donne à son film une allure de carnaval antique où les dieux, les héros et les humains se mélangent dans une grande foire joyeuse. Derrière cette légèreté, Les Titans glisse pourtant une idée plus profonde : la liberté ne se gagne jamais par la force brute, mais par l’intelligence, l’espièglerie et la capacité à déjouer les règles imposées par ceux qui se croient éternels.

Avec Les Titans, Duccio Tessari choisit donc de détourner tous les codes du péplum, mais sans jamais les ridiculiser. Se dégustant comme une bonne BD vintage, en mode détente, le film préfère l’agilité au muscle, la ruse au marteau, le sourire au glaive. Krios, le héros blondinet au charme insolent, incarné à l’écran par Giuliano Gemma, traverse le film comme un funambule qui aurait troqué sa perche contre un sac de blagues. Avec le recul, on pense parfois aux audaces d’un Hercule contre les vampires (Mario Bava, 1961), mais avec une touche plus malicieuse, presque enfantine. Dans cet état d’esprit, les scènes d’action qui émaillent le film deviennent presque naturellement des chorégraphies où les corps virevoltent, roulent, rebondissent, comme si la gravité était suspendue. Tout dans le film semble vouloir nous dire que l’on est là pour s’amuser, mais paradoxalement, au milieu de cette effervescence, Les Titans parvient, en filigrane, à évoquer la condition humaine : celle d’êtres minuscules qui tentent malgré tout de tenir tête à des forces qui les dépassent.

De fait, les décors monumentaux des Titans jouent un rôle essentiel dans cette aventure débridée. Les palais aux colonnes infinies, les grottes infernales éclairées comme les enfers chez Mario Bava, les paysages méditerranéens baignés de soleil : tout cela donne au film de Tessari une dimension presque picturale. La caméra glisse, grimpe, s’élève, comme si elle cherchait à capter la moindre parcelle de beauté dans ce monde où les dieux se comportent comme des enfants capricieux. Les Titans réussit ainsi à transformer chaque décor en espace symbolique : les enfers deviennent un théâtre de l’absurde, la cité un terrain de jeu politique, les montagnes un refuge pour les âmes rebelles… Et puis il y a l’humour, bien sûr, qui désamorce la violence, humanise les dieux, et nous rappelle que même les mythes les plus imposants peuvent être racontés avec légèreté. La mythologie n’y pas perçue comme un musée, mais comme un terrain de jeu mouvant, où chaque génération réinvente ses héros. Et en ce sens, il préfigure avec plus de cinquante ans d’avance un film tel que Gods of Egypt.

Du côté des acteurs, impossible de ne pas souligner la prestation de Giuliano Gemma, encore jeune mais déjà magnétique. Lui qui traverse Les Titans avec une énergie contagieuse sera par la suite régulièrement amené à collaborer avec Duccio Tessari, et notamment lorsque ce dernier abandonnerait les jupettes du péplum pour les colts du western spaghetti. Ensemble, ils donneraient au genre quelques-uns de ses plus beaux films : on pense notamment à des films tels que le diptyque Un pistolet pour Ringo / Le Retour de Ringo (1965), Le Bâtard (1968) ou encore Mort ou vif… de préférence mort (1969). Ici, avec son sourire espiègle, sa souplesse et sa manière de bondir d’un toit à l’autre, Giuliano Gemma donne au film une vitalité rare. À ses côtés, Pedro Armendáriz, en tyran colérique, apporte au film une présence imposante, presque théâtrale, et Serge Nubret, massif et charismatique, complète ce trio improbable. Grâce à eux, Les Titans devient un spectacle vivant, chaleureux, où chaque geste, chaque regard, chaque pirouette contribue à cette grande fête mythologique. Et c’est précisément cette humanité-là qui permet au film de Duccio Tessari de rester aussi rafraîchissant aujourd’hui.

Le Blu-ray

[4/5]

On ne peut rester indifférent devant le Combo Blu-ray + DVD Les Titans que nous propose ce mois-ci Rimini Éditions, tant l’objet semble avoir été conçu pour flatter l’œil avant même d’atteindre votre lecteur Blu-ray. Pour autant, une fois le disque lancé dans ledit lecteur, l’image surprendra également par la stabilité de son master Haute-Définition. Propre, l’image laisse respirer les couleurs chaudes et les bleus méditerranéens. Le film retrouve ainsi une texture argentique douce, globalement respectueuse du grain d’origine, qui sied parfaitement à ses décors de palais, de grottes infernales et de paysages baignés de soleil. Quelques plans paraissent plus lissés, mais l’ensemble reste harmonieux, lumineux, et surtout fidèle à l’esprit du film. Côté son, VF et VO italienne nous sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0 (mono). La piste italienne offre une clarté agréable, avec des dialogues nets et une musique ample qui soutient l’énergie bondissante du film. La version française conserve quant à elle ce charme si particulier des doublages français de l’époque : un léger gonflement dans les voix, une chaleur presque théâtrale, et une précision étonnamment bien préservée. Les deux pistes cohabitent sans se faire d’ombre, chacune apportant une couleur différente au film de Tessari. Du beau travail.

Les suppléments proposés par Rimini Éditions prolongent admirablement l’expérience. On commencera avec une présentation du film par Stéphane Lacombe (32 minutes), qui replace Les Titans dans l’histoire du péplum italien, évoquant la montée en puissance de Duccio Tessari, l’émergence de Giuliano Gemma et l’importance de ce ton décontracté qui allait influencer toute une génération de films. On continuera avec un entretien avec Ariane Mnouchkine (15 minutes). La fondatrice du Théâtre du Soleil, qui fut assistante sur le tournage, apportera sur le film un éclairage inattendu : souvenirs, anecdotes sur l’ambiance détendue, le tout teinté d’un regard tendre sur un cinéma qu’elle n’a jamais revendiqué mais qu’elle raconte avec une sincérité désarmante. On embrayera avec un module consacré aux péplums mythologiques italiens (36 minutes), prenant la forme d’un entretien avec Laurent Aknin. Ce dernier nous déroulera un panorama passionné du genre, convoquant Ulysse, Hercule, Maciste et même les délires tardifs de Luigi Cozzi, pour mieux montrer comment Les Titans s’inscrit dans cette tradition tout en la dynamitant par son humour et sa fantaisie. Enfin, on terminera avec une galerie de photos (5 minutes) et quelques bandes-annonces (9 minutes).

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