Accueil Bientôt au cinéma Critique : Ulysse

Critique : Ulysse

0
107

Ulysse

France, 2026
Titre original : –
Réalisatrice : Laetitia Masson
Scénario : Laetitia Masson
Acteurs : Élodie Bouchez, Stanislas Merhar, Romane Bohringer et Gringe
Distributeur : ARP Sélection
Genre : Drame familial
Durée : 1h37
Date de sortie : 17 juin 2026

3/5

Ce n’est sans doute pas un hasard qu’à une semaine d’intervalle, au début de l’été, sortent ce film-ci et Blue Heron de Sophy Romvari. Peu importe l’heure de votre séance, en cette saison des journées longues et des températures clémentes, vous êtes à peu près sûrs de trouver un environnement accueillant et chaleureux après avoir poussé la porte de sortie de votre salle de cinéma. Car ces deux films vous confrontent sans trop de ménagement à la dure réalité d’un enfant pas comme les autres, dont le destin plus ou moins tragique aura de lourdes répercussions sur la vie de sa famille.

Des sujets graves et difficiles, en somme, qui portent en plus le cachet de l’authenticité par voie de leurs origines autobiographiques de la part des deux réalisatrices. Cependant, la différence cruciale entre ces deux films, c’est que celui de Laetitia Masson n’abandonne jamais tout à fait son petit côté lumineux et optimiste.

Ulysse conte avant tout le parcours du combattant d’une mère – interprétée avec une fougue magistrale par Élodie Bouchez – qui refuse obstinément d’admettre que son fils handicapé ne puisse pas participer activement à une vie soi-disant normale. Peu importe les obstacles qui se dressent constamment contre cet objectif pourtant en apparence pas si ambitieux, elle persévère. Quitte à mettre à rude épreuve la structure familiale et à se mettre à dos bon nombre de professionnels, qui croient savoir quelle voie de garage sera la plus bénéfique au jeune garçon. Décrit ainsi, le récit aurait très facilement pu dévier vers la pente glissante du mélodrame larmoyant et misérabiliste. Or, en recentrant la démarche de la Mère courage sur son aspect social et pédagogique, la réalisatrice lui évite pour la plupart des écueils trop manipulateurs.

Et quand nous ne pouvons finalement pas nous empêcher de verser notre petite larme, lors de la séquence un brin trop consensuelle vers laquelle toutes ces épreuves accumulées ont convergé jusque là, nous n’en voulons pas particulièrement à la narration, globalement très digne et résiliente face à un antagonisme systémique.

© 2026 ARP Sélection Tous droits réservés

Synopsis : Quand la chercheuse en sociologie Alice apprend qu’elle attend un enfant, son bonheur et celui de son mari pianiste Vladimir sont complets. Rapidement, leur fils Ulysse montre des signes inquiétants de retard de développement. À l’âge d’un an, le verdict des pédiatres tombe : Ulysse est atteint d’un syndrome génétique. Alors qu’Alice cherche par tous les moyens d’armer son fils pour une existence la plus autonome possible, Vladimir aurait préféré le protéger d’un monde extérieur auquel Ulysse ne semble nullement préparé.

© 2026 ARP Sélection Tous droits réservés

Tout commence de la manière la plus banale imaginable dans Ulysse : le test de grossesse s’avère être positif, le choix du prénom finit sur un compromis après des options bien plus ésotériques et la petite famille célèbre le premier anniversaire du fiston sur la plage. Ce bonheur n’est pas fait pour durer, puisque les mises en garde médicales finissent par anéantir tout espoir d’une enfance ordinaire. Ce qui peut aussi être interprété comme la première mise en doute du statu quo familial, suivie par d’innombrables autres.

Dès lors, il ne s’agit plus de chercher une possibilité d’avenir aux adolescents anonymes qui participent à l’atelier d’Alice dans la première brève séquence du film de Laetitia Masson, mais d’abattre un à un les murs qui se dressent contre un quelconque épanouissement de cet enfant, mis dans la case d’emblée suspecte des personnes en situation de handicap. Avant de revenir sur ces entraves codifiées d’un système qui prône la performance et le rendement dans un temps imparti, il convient d’évoquer la façon presque organique dont la réalisatrice fait imploser le noyau familial.

Sans jamais minimiser la souffrance éprouvée par les parents et les efforts consentis par eux afin de permettre à leur fils de progresser malgré tout, la mise en scène ne s’accroche pas non plus outre mesure au maintien, coûte que coûte, du couple comme base indispensable à la réussite du projet commun. Au fil du temps, représenté à l’image par le symbole assez convenu du sablier, la quête individuelle du bonheur par les uns et les autres fait que la figure paternelle s’éloigne considérablement du quotidien épuisant avec un enfant handicapé.

Cette décision scénaristique a beau faire sens, puisqu’elle déplace le focus dramatique sur la lutte de la mère, elle nous prive en même temps de l’interprétation d’une immense sensibilité de la part de Stanislas Merhar. Son père mélomane a choisi la fuite en avant vers l’Amérique, soit. Mais cet élan d’abandon de sa progéniture défavorisée le hantera longtemps, un cadeau d’anniversaire onéreux pour se donner bonne conscience à la fois.

© 2026 ARP Sélection Tous droits réservés

Ce qui nous ramène à l’aspect central d’Ulysse : l’opposition de la mère aux institutions françaises qui ne lui rendent pas la vie plus facile, bien au contraire. Le propos de Laetitia Masson s’y distingue par une ambiguïté intéressante. D’un côté, elle reconnaît volontiers que des structures alambiquées d’aide financière et de soutien scolaire existent dans notre pays pour des familles qui se retrouvent – comme elle-même dans sa vie privée – dans cette situation inconfortable. Et de l’autre, elle ne cesse de souligner l’absurdité et l’opportunisme proche du cynisme d’un dispositif collectif dont la vocation paraît être de mettre sommairement à l’écart, au lieu de chercher des solutions adaptées aux profils atypiques.

Avec tout ce que cela implique en termes de jungle administrative et d’interlocuteurs incompétents. Sans oublier la lenteur lénifiante des instances collectives et, comble de l’ironie, cette certitude parfois toxique de savoir ce qu’il y a de mieux pour l’enfant, au détriment des convictions et de l’amour inconditionnel des parents.

Alors que le neuvième long-métrage de Laetitia Masson tente avant tout de mettre du baume au cœur à la fois à la mère écartelée entre ses responsabilités et à nous, spectateurs, qui observons son calvaire avec un sentiment tenace d’impuissance, il fait passer ce propos aussi sobre qu’édifiant principalement par un aspect visuel lumineux. Sinon, le récit reste plutôt proche d’une réalité sociale, qui semble avoir déniché in extremis la solution à la plupart des problèmes dans l’entrepreneuriat privé engagé. Une conclusion pour le moins discutable, quoique sentimentalement imparable.

Enfin, pour lutter efficacement contre un manichéisme caricatural, où la force vive d’Élodie Bouchez se casserait invariablement les dents contre la grisaille administrative personnifiée, la réalisatrice a fait appel à quelques invités de marque pour redresser tant soit peu le déséquilibre de l’identification. Ainsi, Anne Consigny et Emmanuel Salinger se tiennent compagnie pour contrer l’indignation légitime de la mère considérée par eux comme passablement hystérique. Romane Bohringer nous ferait presque oublier le mauvais souvenir récent de sa docu-fiction Dites-lui que je l’aime, grâce au rôle de la meilleure amie qui apporte un peu d’insouciance et de folie douce dans la routine exténuante d’Alice. Enfin, même si ce n’est que pour quelques secondes, au début du film dans le rôle d’un des pédiatres que les parents désespérés d’Ulysse consultent, c’est toujours un plaisir de voir Stéphan Guérin-Tillié sur grand écran.

© 2026 ARP Sélection Tous droits réservés

Conclusion

Les mères qui défendent bec et ongles leurs enfants, rejetés par la société parce que considérés comme infirmes, ont une longue tradition au cinéma. Au moins longue d’une quarantaine d’années avec des œuvres anglophones comme My Left Foot de Jim Sheridan et Lorenzo de George Miller. Avec Ulysse, Laetitia Masson ajoute un chapitre supplémentaire à cette sous-catégorie de mélodrames assurés d’émouvoir leur public jusqu’aux larmes. Pourtant, grâce à une conscience sociale aiguë, à l’excellence des interprétations, Élodie Bouchez en tête, et à l’investissement personnel dans cette histoire, vécue à peu de choses près par elle-même et dont son propre fils Alphonse Roberts joue la dernière incarnation d’Ulysse, elle réussit à conférer une sincérité désarmante à ce sujet, si aisément dévoyé vers la manipulation larmoyante !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici