Accueil Critiques de films Animation Critique : Jim Queen

Critique : Jim Queen

0
89

Jim Queen

France, Belgique, 2026
Titre original : –
Réalisateurs : Marco Nguyen et Nicolas Athané
Scénario : Marco Nguyen, Nicolas Athané, Brice Chevillard et Simon Balteaux
Voix : Alex Ramirès, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon et Elisabeth Wiener
Distributeur : The Jokers Films
Genre : Animation
Durée : 1h25
Date de sortie : 17 juin 2026

3,5/5

Il suffit de quelques minutes à peine aux réalisateurs de Jim Queen pour planter magistralement le décor. Avant même que le générique ne soit terminé, nous y avons vu passer en revue l’ensemble des clichés sur les Gym Queens, ces irrécupérables adeptes de la gonflette qui peuplent les salles de sport de certains quartiers parisiens. Mieux encore, nous sommes d’emblée rassurés sur la finesse et la précision avec lesquelles Marco Nguyen et Nicolas Athané tournent joyeusement en dérision ce microcosme aux valeurs singulières. Car l’ambition de leur premier long-métrage d’animation était tout de même de taille : vulgariser en quelque sorte la culture gaie en s’en moquant avec acuité, mais sans méchanceté excessive. Mission amplement réussie, grâce à leur façon décomplexée de tendre la glace à la bulle LGBTQIA+, sans nécessairement tenter à la faire éclater à tout prix !

Présentée au dernier Festival de Cannes – comme il se doit en Séance de minuit, puisque ce genre d’animation n’est définitivement pas à mettre devant les yeux des plus jeunes –, cette farce jouissive à plusieurs niveaux s’apparente à un formidable fourre-tout qui avance à cent à l’heure sans pour autant souvent rater sa cible. Dans cet univers gay bricolé de toutes pièces, on se trouve face à un habile assemblage de références qui ont toutes (ou presque) ponctué la vie en dehors de la norme hétéro de ces dernières années, voire de ces dernières décennies.

Pour quiconque a suivi de près ou de loin l’actualité autour de la condition de vie des gays depuis les balbutiements du militantisme éhonté à partir de la fin des années 1960, il ne sera guère difficile de faire le rapprochement ludique avec ce qui se passe à l’écran. De l’épidémie du sida jusqu’à diverses substances chimiques pour augmenter la prise de plaisir physique, en passant par les comportements sectaires qui rendent depuis toujours une affirmation collective si compliquée, tout y est pour le plus grand plaisir d’un public d’initiés.

Reste à savoir si une telle plongée, aussi débridée que colorée, dans les backrooms et autres lieux de drague passablement glauques pourra également trouver son public ailleurs que dans le périmètre restreint du public qu’il parodie avec une telle férocité … Au vu de l’humour hautement corrosif qui prédomine dans Jim Queen, on ne peut que le souhaiter vivement !

© 2025 Bobbypills / Umedia / Global Constellation / The Jokers Films Tous droits réservés

Synopsis : Jim Parfait est comme son nom l’indique au centre de toutes les attentions et de tous les fantasmes du cercle fermé de la scène gaie parisienne. Sa belle gueule, ses pectoraux saillants et ses abdos impeccables en font la vedette parmi les influenceurs de la musculation sans limites. Son plus grand fan est le jeune Lucien, enfermé chez lui par sa mère Christine qui refuse d’admettre que sa progéniture pourrait être homosexuelle. La chance de Jim tourne irrémédiablement, quand il s’aperçoit qu’il perd un muscle du ventre après l’autre. Après la consultation chez sa meilleure copine Nina, le verdict est sans appel : il est atteint de l’Hétérose, une maladie mystérieuse qui transforme tous les gays stylés du quartier en hétéros ringards.

© 2025 Bobbypills / Umedia / Global Constellation / The Jokers Films Tous droits réservés

Au fond, Jim Queen nous conte l’éternelle histoire des opposés qui s’attirent. À l’autre extrémité du quotidien bling-bling de Jim, adulé de tous et horriblement imbu de sa personne, il y a donc Lucien, le jeune gay encore un peu mal dans sa peau par excellence, qui rêve tant de rencontrer un jour son idole qu’il sera forcément déçu. Conformément à l’esprit délibérément fictif et festif du récit, notre point d’identification et d’accès évolue, lui aussi, en dehors de toute forme de vie réelle. Le dilemme de Lucien n’est point qu’il sera mis à la rue une fois que sa mère dominante apprendra qu’il est gay, condamné dès lors à la grande précarité enrageante qui attend la plupart de jeunes adultes dans cette situation difficile. Non, l’emprise du sosie à peine larvé de Christine Boutin, l’affreuse égérie de l’opposition au mariage pour tous au milieu des années 2010 et auparavant ministre du logement au gouvernement Fillon, est finalement encore plus machiavélique.

Or, sa démarche, aussi malveillante soit-elle, s’inscrit là encore dans un fil narratif qui privilégie autant le détournement des grands gestes extravagants que celui de la bêtise omniprésente des personnages. Dès lors, il devient inévitable que la bonne étoile dopée aux stéroïdes de Jim baisse pour que celle de son jeune acolyte puisse prendre son envol. Est-ce que le maître obnubilé par sa forme physique et le disciple biberonné à l’eau de rose finiront par faire équipe ? Rien n’est moins sûr. Toutefois, Marco Nguyen et Nicolas Athané se font un malin plaisir de leur compliquer la tâche. Avec un soin particulier apporté à la cohérence des deux protagonistes, puisqu’ils restent jusqu’au bout respectivement un peu con-con pour le premier et habité par la naïveté romantique à l’état pur pour le deuxième.

© 2025 Bobbypills / Umedia / Global Constellation / The Jokers Films Tous droits réservés

Néanmoins, la véritable qualité de Jim Queen se situe ailleurs. Dans un feu d’artifices quasiment ininterrompu de références, qui risquent sans doute parfois de passer au dessus de la tête de certains membres du public. La cible tout désignée pour pareille moquerie cinglante est évidemment le microcosme du Marais avec son hiérarchie mi-cruelle, mi-superficielle, basée sur des codes qui n’ont visiblement pas trop changé au fil du temps. Ce qui constitue en soi déjà un cliché dont les réalisateurs sont clairement conscients. Pendant une heure et demie, qui passe d’ailleurs à une vitesse impressionnante, ils s’emploient à se payer la tête de ces clones en apparence interchangeables qui peuplent les bars et autres salles de gym, tout en célébrant la diversité considérable qui devrait faire la force redoutable de la communauté LGBTQIA+. Un exercice en termes de commentaire social et culturel qui était loin d’être gagné d’avance.

Pourtant, Marco Nguyen et Nicolas Athané l’accomplissent avec une joyeuse désinvolture qui n’a pas tardé à nous subjuguer. Les sujets qu’ils évoquent ont beau avoir trait aux heures les plus sombres de l’Histoire européenne, qui pourraient hélas aussi faire partie de notre avenir commun, ils réussissent chaque fois à relativiser les choses en y ajoutant une petite touche coquine. Attention, cela ne veut pas dire que la vulgarité et l’obscénité soient les maîtres-mots de cette parabole sur la bêtise humaine et la capacité de l’homme de faire contre toute attente preuve de bienveillance ! Toutes proportions gardées par rapport à la valorisation positive des plaisirs sexuels quels qu’ils soient dans le long-métrage en prise de vue réelle Shortbus de John Cameron Mitchell, ce film d’animation-ci procède à la même démystification enjouée de l’acte sexuel et des artifices matériels et culturels qui l’entourent, parfois inutilement.

© 2025 Bobbypills / Umedia / Global Constellation / The Jokers Films Tous droits réservés

Conclusion

Peut-être l’attrait d’un film comme Jim Queen est-il d’abord incertain depuis le point de vue du grand public, guère familier des particularités de cette planète gaie un peu à part qui a élu domicile en France dans le quartier du Marais à Paris ? Et franchement, c’est dans cette barrière culturelle que nous détectons le plus probable empêchement au film de Marco Nguyen et Nicolas Athané de faire mouche lors de sa sortie en ce début d’été 2026. Ce qui serait quand même fort dommage, tant cette incursion irrévérencieuse dans un monde qui a tendance à trop se prendre au sérieux brille de mille étincelles à travers ce bel esprit d’ouverture et d’acceptation de l’amour et du désir désinhibés qui fait encore trop souvent défaut au cinéma français !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici