Les Cracks
France, Italie : 1968
Titre original : –
Réalisation : Alex Joffé
Scénario : Alex Joffé, Gabriel Arout, Pierre Lévy-Corti
Acteurs : Bourvil, Robert Hirsch, Gianni Bonagura
Éditeur : M6 Vidéo
Durée : 1h40
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 1 mars 1968
Date de sortie DVD/BR : 19 mai 2026
Au début du XXème siècle, Jules Auguste Duroc, artisan de formation et bricoleur à ses heures perdues, invente une bicyclette révolutionnaire. C’est son beau-frère Lucien Médard qui doit l’expérimenter lors de la course cycliste Paris-San Remo. Un concours de circonstance pousse Duroc à prendre la fuite sur son engin. Il se retrouve sur la ligne de départ de la célèbre course. Les événements vont prendre une tournure que les deux compères n’avaient pas imaginé…
Le film
[3/5]
Comédie en costumes tournée en 1968, Les Cracks est un film désuet mais déployant une certaine énergie – celle d’un vélo lancé trop vite dans une rue pavée. Autant dire que ça cahote, ça dérape, ça rit, et ça finit toujours par retomber sur ses roues avec cette élégance bancale dont seul Bourvil avait le secret. Le film d’Alex Joffé s’amuse à transformer une course cycliste en un terrain d’aventures humaines, où l’obsession du dépassement se mêle à un certain besoin de reconnaissance. Sous ses airs de comédie populaire, le film glisse en réalité vers une réflexion plus large sur la persévérance, la maladresse assumée et la manière dont chacun tente de trouver sa place dans un monde qui pédale parfois plus vite que lui. On y sent une tendresse sincère pour les rêveurs, les perdants magnifiques, ceux qui avancent malgré tout, faisant preuve de « résilience » pour employer un mot à la mode depuis quelques années.
Si certaines comédies restent toujours irrésistibles plusieurs décennies après leur sortie dans les salles obscures, d’une façon générale, plus les comédies prennent de l’âge, plus le spectateur contemporain aura tendance à se montrer indulgent. On se dit que le fait que les gags ne fonctionnent pas est lié au décalage temporel, et que ces gags poussifs et laborieux qui ne nous font pas rire aujourd’hui faisaient sans doute s’esclaffer le public il y a soixante ans. C’est le cas pour Les Cracks, mais également pour de nombreux films de Louis de Funès, des Charlots, de Coluche ou de Fernandel : on ne rit pas, mais on met ça sur le dos de l’époque. C’est une erreur – si on ne rit pas, c’est juste que c’est peut-être vraiment poussif et laborieux, et que ça l’était déjà à l’époque. Si l’humour se périmait, comment expliquer que l’on puisse encore rire aux larmes devant des films des années 30, tels que L’Impossible Monsieur Bébé, La Soupe au Canard ou La Règle du Jeu ?
Cela dit, même si on ne rit pas (ou peu), il faut reconnaître que Les Cracks fait preuve d’un certain nombre de qualités. Le film adopte par exemple un rythme assez vif, presque bondissant, comme si la caméra elle-même essayait de suivre Bourvil dans ses zigzags. Le cœur du récit repose sur une thématique simple mais universelle : la quête de reconnaissance. Le personnage de Bourvil, éternel doux rêveur, incarne cette volonté de se prouver quelque chose à lui-même. À travers le sport, le film met par ailleurs en évidence la frontière entre ambition et illusion, entre courage et entêtement. De fait, la semi-réussite des Cracks doit beaucoup à ses interprètes, et surtout à Bourvil, dont la présence lumineuse donne au film une chaleur immédiate. L’acteur déploie ici toute sa palette : maladresse touchante, humour discret, mélancolie légère. À ses côtés, Robert Hirsch apporte une énergie nerveuse qui contraste parfaitement avec la douceur bourvilienne, créant un duo aussi improbable qu’efficace.
Le Blu-ray
[4/5]
Les Cracks vient de débarquer au format Blu-ray, sous les couleurs de M6 Vidéo. Côté master, on assume une patine très « pellicule de la fin des sixties » : la copie, globalement propre, laisse apparaître quelques rayures et instabilités de cadre, jamais envahissantes mais suffisamment visibles pour rappeler que le matériel n’a pas bénéficié d’une restauration récente. La définition est satisfaisante, et la palette de couleurs s’en sort bien : les extérieurs verdoyants respirent, les teintes restent naturelles, et l’ensemble conserve une cohérence chromatique agréable. Le grain d’origine a été préservé, et apporte à l’ensemble une texture organique bienvenue. Côté son, le film nous est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0, sans souffle ni autre pétouille technique. Les dialogues sont clairs et nets, et la musique profite d’une dynamique légèrement supérieure, apportant un peu de relief à l’ensemble. Un mixage propre, fonctionnel, respectueux du matériau d’origine, mais qui ne cherche pas l’esbroufe.
Du côté des suppléments, M6 Vidéo est allé rechercher un bonus déjà présent sur l’édition DVD de 2007 : un entretien avec Jean-Paul Brouchon (21 minutes), qui reviendra sur l’histoire du vélo, son évolution et son usage selon les époques. L’intervenant revient régulièrement sur le film d’Alex Joffé , qu’il replace dans une perspective historique qu’il estime assez plausible. Ce supplément, bien que court, fonctionne comme une capsule de mémoire : il rappelle ce que représentait le cyclisme dans la France d’hier, et comment Les Cracks s’inscrit dans cette culture populaire.





















