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Test Blu-ray 4K Ultra HD : The Killer – Édition Collector Limitée

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The Killer

Hong Kong : 1989
Titre original : Dip huet seung hung
Réalisation : John Woo
Scénario : John Woo
Acteurs : Chow Yun-Fat, Danny Lee, Sally Yeh
Éditeur : HK Vidéo
Durée : 1h51
Genre : Action, Polar
Date de sortie cinéma : 3 mai 1995
Date de sortie DVD/BR : 12 mars 2026

Comment un tueur à gages, décidé à changer de vie va, lors de son dernier « contrat », provoquer la cécité d’une jeune chanteuse. Pour trouver l’argent nécessaire à l’opération de la jeune femme, il accepte un autre contrat…

Le film

[5/5]

Dans The Killer, les balles ne se contentent pas de traverser l’air : elles méditent. Elles tracent dans l’air des arabesques de calligraphie, des lettres d’amour en suspension, comme si John Woo avait décidé que la violence pouvait devenir un poème, un haïku en slow-motion. Souvent considéré comme le « manifeste » esthétique de John Woo, le film avance avec cette élégance carnassière qui n’appartient qu’à lui, mélange de douceur et de brutalité, de colombes et de flingues, de regards blessés et de murs criblés comme des partitions de free jazz. The Killer n’est pas un simple polar hongkongais : c’est un poème tragique, un opéra de poudre et de lumière, le tout torché avec une classe intemporelle, comme si le temps lui-même avait décidé de se mettre au ralenti pour mieux admirer Chow Yun-Fat en ange déchu.

Ce qui rend The Killer si hypnotique, c’est cette manière de transformer un polar en opéra tragique, un film d’action en ballet existentiel – de faire cohabiter l’intime et le spectaculaire en somme. Le film parle de rédemption, de loyauté, de fraternité, mais sans jamais sortir le gros marteau symbolique. John Woo ne filme pas que des fusillades : il filme des sentiments qui explosent. Les regards, les silences, les gestes minuscules qui disent tout… Tout se mêle dans un tourbillon où chaque plan semble vouloir dire quelque chose de plus grand que lui. The Killer devient alors une sorte de parabole moderne, où les hommes se débattent avec leur propre humanité comme des poissons rouges coincés dans un aquarium devenu trop petit – le cinéaste utilise justement l’espace comme un révélateur moral. Les intérieurs étroits, les églises silencieuses, les ruelles nocturnes : tout devient un miroir de l’âme.

La mise en scène de The Killer est un festival de virtuosité et de trouvailles visuelles. Les ralentis, les travellings, les contre-plongées héroïques : Woo orchestre tout cela comme un chef d’orchestre qui aurait troqué sa baguette contre deux Beretta chromés. Les fusillades deviennent des chorégraphies où les corps glissent, roulent, se relèvent, comme si la gravité n’existait plus. Et pourtant, derrière cette débauche de style, The Killer reste profondément humain. La relation entre le tueur et la chanteuse aveugle, entre le tueur et le flic, entre le flic et sa propre conscience : tout cela forme un réseau d’émotions qui donne au film une densité rare. On pense naturellement au Syndicat du Crime, à City on Fire, et bien-sûr au Samouraï de Melville, mais John Woo trace sa propre voie, équilibrant les problèmes de karma à coups de fusillades chorégraphiées.

Dans The Killer, les thèmes se glissent dans les interstices du spectacle. La culpabilité devient une ombre qui suit le héros, la rédemption une étoile lointaine, la violence un langage codé. John Woo filme la souffrance avec une pudeur inattendue, comme si chaque balle tirée était un aveu, chaque explosion un regret. Le film parle de la difficulté d’être un homme dans un monde qui ne laisse plus de place à la douceur, tout en étant émaillé de plusieurs scènes d’une beauté sidérante, comme celle de l’église où les colombes s’envolent au milieu des tirs croisés. Mais la poésie de The Killer n’est pas uniquement visuelle : elle tient aussi à ses silences. Le cinéaste sait laisser respirer ses personnages, leur offrir des moments de grâce au milieu du chaos. La chanteuse, fragile et lumineuse, devient le cœur battant du film. Le tueur, mélancolique et digne, avance comme un fantôme qui aurait oublié de mourir. Le flic, obstiné et loyal, incarne la justice dans un monde où la justice n’a plus de sens. Le film devient alors une réflexion sur la fraternité, sur la possibilité de trouver un allié dans l’ennemi, sur la manière dont deux hommes peuvent se reconnaître dans la violence et la douleur.

En deux mots, c’est beau, c’est tragique, bref c’est John Woo dans toute sa splendeur. Et puis, bien sûr, au milieu de tout cela, il y a Chow Yun-Fat. Dans The Killer, il ne joue pas : il plane. Il glisse dans le cadre comme une plume armée, un ange exterminateur avec un sourire triste. Danny Lee lui répond avec une intensité brute, presque animale. Sally Yeh apporte une douceur qui contraste avec la brutalité ambiante. Le trio fonctionne comme un triangle émotionnel où chaque sommet renvoie la lumière différemment. The Killer repose sur eux, mais sans jamais les écraser : John Woo les filme avec une tendresse palpable, comme s’il voulait leur offrir un écrin de lumière au milieu du chaos. On notera pour terminer que John Woo a signé en 2024 un remake de son propre film : s’il ne s’agit certes pas d’un ratage intégral, cette réimagination contemporaine du film mythique ne procure en aucun cas le frisson révolutionnaire ressenti à la découverte de l’original, et s’avère cent coudées en-dessous du formidable Silent Night, réalisé par John Woo en 2023.

Le coffret Blu-ray 4K Ultra HD

[5/5]

Le coffret The Killer – Édition Collector Limitée, qui débarque ces jours-ci dans les bacs sous les couleurs de HK Vidéo, est un petit autel dédié à John Woo, un objet qu’on manipule avec la même précaution qu’un Beretta chromé dans une église pleine de colombes. Le boîtier Digipack 3 volets, glissé dans un étui rigide, impose immédiatement le respect : texture élégante, visuel impeccable, reproduction de l’affiche dédicacée, photos d’exploitation, livret de 20 pages… On a l’impression d’ouvrir un grimoire sacré du cinéma hongkongais. Techniquement, c’est une vraie claque : le Blu-ray 4K Ultra HD propose une restauration 4K somptueuse, dopée au Dolby Vision et HDR10, qui redonne à The Killer une vitalité presque insolente. Les contrastes explosent, les noirs sont profonds, les couleurs retrouvent cette chaleur légèrement mélancolique typique du Hong Kong de la fin des années 80. Les ralentis gagnent en fluidité, les fusillades en lisibilité, et les visages en intensité. Le grain est respecté, jamais artificiel, comme si le film respirait à nouveau.

Côté son, HK Vidéo fait les choses en grand : VO et VF sont proposées en DTS-HD Master Audio 5.1 et DTS-HD Master Audio 2.0. Les deux mixages se défendent admirablement. La version originale offre une précision chirurgicale dans les ambiances, une spatialisation fine, des impacts nets, une clarté exemplaire dans les dialogues. Si la version française est certes un peu moins convaincante d’un strict point de vue artistique, elle bénéficie ici d’un soin rare : dynamique, propre, équilibrée, elle restitue parfaitement l’énergie du film sans jamais écraser les voix. Les deux pistes stéréo, plus proches de l’expérience d’origine, conservent un charme brut, presque nostalgique. Bref, The Killer trouve dans cette édition un écrin sonore à la hauteur de sa légende.

Les suppléments de cette Édition Collector Limitée de The Killer constituent un véritable arsenal critique, un coffre-fort rempli de pépites Woo-esques qu’on ouvre avec la même fébrilité qu’un inspecteur Danny Lee découvrant un indice dans un appartement criblé de balles. HK Vidéo ne s’est pas contenté de compiler quelques archives poussiéreuses : l’éditeur a construit un monument, un mausolée flamboyant dédié à John Woo, où chaque bonus semble vouloir prolonger le film, l’éclairer, le déplier, le caresser dans le sens du fusil. On commencera par les deux montages taïwanais, proposés en Haute-Définition pour le premier (2h09) et en exclusivité Ultra HD pour le second (2h16). Ces versions alternatives permettent de redécouvrir The Killer sous un angle différent, avec des variations de rythme, des plans rallongés, des dialogues modifiés, parfois même des respirations supplémentaires qui donnent au film une tonalité légèrement plus mélancolique. On y découvre un film plus ample, plus contemplatif, presque plus romanesque, comme s’il se souvenait de ce qu’il aurait pu être dans un monde parallèle où les producteurs n’auraient jamais regardé leur montre.

On continuera ensuite avec un commentaire audio de John Woo et du journaliste Drew Taylor. John Woo y parle beaucoup – parfois trop, parfois pas assez, mais toujours avec cette sincérité désarmante qui fait de lui un cinéaste profondément humain. Il évoque la genèse du film, ses influences (Jean-Pierre Melville, Sam Peckinpah, Chang Cheh), ses doutes, ses regrets, ses choix de mise en scène, la relation entre Chow Yun-Fat et Danny Lee, la manière dont il a pensé la chorégraphie des fusillades, la symbolique des colombes, la censure hongkongaise, les nuits de tournage interminables, les improvisations, les accidents, les petits miracles. Le journaliste modère juste ce qu’il faut, laissant le cinéaste dérouler sa pensée, en l’orientant parfois sur des sujets précis. Et même s’il répond par moments à côté des questions qui lui sont posées, on a l’impression d’être assis à côté de lui, dans une salle obscure, à écouter un homme revisiter sa propre légende.

On enchaînera avec un documentaire sur le genre Heroic Bloodshed (1h14), qui s’avère un des autres bonus incontournables de cette édition. Réalisé avec sérieux et passion, il réunit une brochette d’intervenants impressionnante : Luke White, James Mudge, Kim Newman, Chen Yu-Lin, Bruce Law, Victor Fan, Mike Werb, Roel Reiné, et bien sûr John Woo lui-même. Le programme revient sur la naissance du style Heroic Bloodshed, sur les liens entre Le Syndicat du Crime, The Killer et À toute épreuve, sur la dimension politique du cinéma hongkongais des années 80, sur la représentation de la police, sur la masculinité tragique qui irrigue toute l’œuvre de John Woo, sur l’impact du film à Hollywood, sur la manière dont The Killer a influencé Tarantino, Rodriguez, les Wachowski, et même quelques réalisateurs de jeux vidéo qui ont compris que le ralenti pouvait devenir une philosophie de vie. Le documentaire est dense, généreux, passionnant, et parvient à faire ce que peu de suppléments réussissent : replacer le film dans une histoire plus vaste, sans jamais l’écraser. Le supplément suivant est un entretien avec John Woo (45 minutes). Le cinéaste y parle de la relation entre le tueur et le flic, de la manière dont il a construit leur fraternité contrariée, de la direction d’acteurs, de la musique, des assistants de plateau, des contraintes du tournage, de la manière dont il a pensé la chorégraphie des fusillades comme un ballet tragique. Le cinéaste y apparaît apaisé, presque contemplatif, comme s’il regardait son film à travers une vitre embuée par le temps.

À l’opposé, l’entretien avec Terence Chang (6 minutes) est court mais intense : le producteur y évoquera pêle-mêle le budget du film, ses décors, la performance de Chow Yun-Fat, la présentation du film à Cannes, et la place de The Killer dans la carrière de Woo. On poursuivra avec un entretien avec David Wu (12 minutes), le monteur du film, qui nous proposera est une plongée rare dans la fabrication du film, du point de vue de l’image mais également du son : il nous expliquera en effet comment il a monté le thème principal comme un contrepoint musical, et comment il a ajusté les transitions pour renforcer la tension dramatique. Les entretiens d’archive avec Sally Yeh (15 minutes), Tsang Kong alias Kenneth Tsang (15 minutes) et Peter Pao (14 minutes) apportent chacune un éclairage différent : Yeh parle de son rôle avec une douceur presque fragile, Kong évoque la camaraderie du tournage, Pao détaille la photographie, les choix de lumière, les contraintes techniques, les astuces pour filmer les fusillades sans perdre la lisibilité.

Celles et ceux qui avaient découvert Grady Hendrix par le biais des éditions Katka de À toute épreuve et Histoires de fantômes chinois seront probablement ravis de le retrouver dans un nouvel opus de Hong Kong Confidential consacré à The Killer (12 minutes). Passionné et brillant, Hendrix reviendra sur les inspirations de John Woo, le casting, les thèmes, les différences de montage, le contexte du polar HK de l’époque, et parviendra à faire tenir en quelques minutes une analyse d’une intelligence redoutable. On continuera ensuite avec une poignée de scènes coupées et alternatives (12 minutes), de qualité variable, permettent de découvrir des variations de dialogues, des plans abandonnés, des séquences VHS improbables mais fascinantes, comme des fantômes de montage qui auraient refusé de disparaître.

Last but not least, cette Édition Collector Limitée de The Killer sera l’’occasion de retrouver l’équipe du regretté magazine HK – Orient Extreme Cinema dans HK Revisited – Episode 3 (54 minutes). Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon commenceront par aborder la restauration du film, ayant révélé un « poil » sur le menton de Danny Lee, que l’on n’avait jamais remarqué jusqu’ici. Ils reviendront sur la difficulté à parler de The Killer, tant leur rapport à l’œuvre est teinté d’un amour et d’une passion inextinguible. Ils dresseront un parallèle entre le film de John Woo et John Wick, qui s’explique par le fait que les deux films se déroulent dans un univers de cinéma, totalement fantasmé. Ils aborderont ensuite l’explosion du film à l’international, sa réception aux États-Unis (où il était vu comme une comédie), son aspect révolutionnaire, sa place dans la filmographie de John Woo autant que dans le cinéma hongkongais… Un échange passionné, érudit, drôle, où l’on parle de John Woo comme d’une véritable Divinité du panthéon cinéphile.

Enfin, on notera également la présence des suppléments de l’édition DVD de 2001 : on commencera avec le making of rétrospectif du film (32 minutes), intitulé « Naissance d’un tueur romantique », qui articulait des entretiens avec John Woo et Tsui Hark autour de certaines thématiques. La traditionnelle bande-annonce originale viendra refermer le bal avec ce parfum si particulier, mélange de nostalgie, de grain sale et de promesses d’un cinéma d’action prenant les atours d’une révolution culturelle majeure. Est-il besoin de préciser que l’on tient là une édition absolument indispensable ?

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