Accueil Blu-ray, DVD, livres Blu-ray Test Blu-ray : Mort un dimanche de pluie

Test Blu-ray : Mort un dimanche de pluie

0
125

Mort un dimanche de pluie

France, Suisse : 1986
Titre original : –
Réalisation : Joël Santoni
Scénario : Joël Santoni, Philippe Setbon
Acteurs : Nicole Garcia, Jean-Pierre Bacri, Jean-Pierre Bisson
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h49
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 10 septembre 1966
Date de sortie DVD/BR : 1 octobre 2025

David Briand, un architecte, vit dans une grande maison avec sa femme et leur fille. A la suite de l’éboulement d’un immeuble dessiné par David, un homme, Cappy Bronsky se retrouve handicapé. David se sent obligé de l’engager comme jardinier et son épouse comme babysitter. Mais la vie des Briand va vite devenir un enfer…

Le film

[4/5]

Il y a des films qui semblent avoir été tournés dans un nuage de nicotine froide, et Mort un dimanche de pluie fait partie de ceux qui portent encore sur leurs épaules l’odeur des années 80 françaises, mélange de grisaille sociale, de tensions sourdes et de pulls en laine trop épaisse pour être innocents. Sorti en 1986, le film de Joël Santoni arrive dans un paysage cinématographique où le polar hexagonal cherche à se réinventer, coincé entre l’héritage des années 70 et l’arrivée d’un cinéma plus psychologique, plus intime, parfois plus cruel.

Dans Mort un dimanche de pluie, la pluie n’est pas qu’un décor ou un élément d’ambiance : c’est un personnage à part entière, une sorte de rideau humide qui enveloppe les protagonistes et les empêche de respirer. Le récit, adapté d’un roman de Joan Aiken, s’articule autour d’un couple ordinaire plongé dans une spirale de menace et de paranoïa, et propose une vraie réflexion sur la violence ordinaire, celle qui s’infiltre dans les foyers sans prévenir. Jean-Pierre Bacri, encore jeune mais déjà porteur de cette lassitude élégante qui deviendra sa signature, incarne un homme dépassé par les événements, tandis que Nicole Garcia, en robe rouge éclatante, traverse le film comme une balafre de couleur dans un monde monochrome.

La mise en scène de Mort un dimanche de pluie privilégie les espaces clos, les couloirs étroits, les intérieurs où chaque meuble semble prêt à témoigner contre les personnages. Jean Boffety, directeur de la photographie, filme la pluie comme une matière vivante, presque sexuelle, qui glisse sur les vitres et transforme les rues en miroirs déformants. Certaines scènes ressemblent à des cauchemars éveillés où les ombres se tordent comme des intestins décoratifs – une image étrange, certes, mais qui colle parfaitement à l’atmosphère du film. Cette esthétique trouble sert un propos clair : montrer un monde où la menace n’est jamais spectaculaire, mais rampante, sourde, prête à surgir dans les moments les plus banals.

Dans Mort un dimanche de pluie, les performances des acteurs donnent au film une densité émotionnelle rare. Nicole Garcia, magnétique, incarne une femme tiraillée entre peur, colère et instinct de survie. Sa robe rouge, éclatante comme un signal d’alarme, devient un symbole visuel fort, presque politique, dans un récit où la violence masculine rôde en permanence. Bacri, lui, apporte une fragilité inattendue, loin de ses rôles plus tardifs de râleur professionnel. Leur duo fonctionne à merveille : elle incarne la tension, lui la rupture, et Joël Santoni trouve dans cette opposition une dynamique dramatique qui dépasse largement les codes du thriller classique.

Mais (re)découvrir Mort un dimanche de pluie aujourd’hui, c’est aussi et surtout se replonger dans une époque où le cinéma français osait encore mélanger polar, drame psychologique et chronique sociale sans se soucier des étiquettes. Les années 80, marquées par les bouleversements politiques, les attentats, les débats sur la famille et la sécurité, transparaissent dans chaque scène. Et derrière son intrigue feutrée, le film parle de peur, de culpabilité, de la difficulté à protéger ceux qu’on aime quand le monde extérieur semble vouloir entrer par effraction : Santoni filme un monde où la menace est diffuse, presque invisible, mais terriblement réelle.

Enfin, Mort un dimanche de pluie mérite d’être redécouvert pour la manière dont il détourne les codes du thriller sans jamais les renier. Là où d’autres films de la même période, comme Garde à vue ou Mortelle randonnée, misaient sur la tension psychologique, Santoni préférait la menace sourde, les silences lourds, les regards qui en disent plus que les dialogues. Et c’est précisément cette retenue, cette élégance un peu mélancolique, qui en fait un film à part, un thriller qui préfère la bruine à l’orage, mais dont les éclats n’en sont que plus marquants.

Le Blu-ray

[4/5]

Mort un dimanche de pluie vient de débarquer au format Blu-ray chez Le Chat qui fume, et comme d’habitude avec le félin, cette édition s’impose immédiatement comme un véritable objet de collection. Le boîtier Scanavo, glissé dans un fourreau cartonné reprenant le visuel français d’exploitation, donne au film une allure presque cérémonielle. Le packaging, fidèle à l’esthétique léchée de l’éditeur, joue sur les contrastes : sobriété du boîtier, éclat du fourreau, classe de la composition graphique, assurée par le toujours excellent Frédéric Domont.

Côté galette, le master 4K restauré à partir du négatif original 35 mm offre à Mort un dimanche de pluie une nouvelle jeunesse : les couleurs retrouvent leur éclat, les contrastes gagnent en densité, et la texture argentique est respectée avec une précision qui ferait frissonner un archiviste. La robe rouge de Nicole Garcia, éclatante comme un signal de détresse, tranche magnifiquement avec les décors sombres, et l’image, stable et propre, révèle des détails jusque-là invisibles. Le piqué impressionne, les noirs sont profonds, et l’ensemble restitue parfaitement les intentions de Santoni et de Jean Boffety. Côté son, le film de Joël Santoni nous est proposé en DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0, et les deux mixages se défendent admirablement. Le mixage stéréo, plus fidèle aux intentions d’origine, offre une clarté appréciable dans les dialogues et une belle mise en valeur des ambiances naturelles. La version 5.1, plus enveloppante, propose une spatialisation musicale convaincante et des effets latéraux subtils mais efficaces. Les voix restent nettes, la balance frontale est dynamique, et l’ensemble conserve une cohérence sonore qui respecte l’esprit du film. Le Chat qui fume propose également des sous-titres destinés au public sourd et malentendant, complétant ainsi une édition techniquement irréprochable.

Dans la section suppléments, on trouvera tout d’abord un entretien avec Philippe Setbon (7 minutes), dans lequel le coscénariste de Mort un dimanche de pluie revient sur la genèse du projet, les choix de casting, les ambitions initiales et les aléas de la production. Il évoque notamment la sortie du film, éclipsée par les attentats de 1986, et la manière dont cette actualité tragique a influencé sa réception. Un second entretien avec Philippe Setbon, plus long (25 minutes), lui permettra de revenir sur sa carrière, ses influences, ses rencontres déterminantes, sa passion pour le cinéma américain et ses expériences parfois douloureuses derrière la caméra. Ces deux modules, riches en anecdotes, offrent un éclairage précieux sur le film et sur le parcours d’un scénariste essentiel du cinéma français. L’ensemble constitue un véritable coffre à souvenirs, un complément éditorial solide qui permet de replacer le film dans son contexte artistique et historique. En deux mots comme en cent, Le Chat qui fume signe ici une édition exemplaire, à la fois belle, complète et respectueuse du matériau d’origine. Pour vous procurer cette édition Blu-ray de Mort un dimanche de pluie, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici