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Test Blu-ray 4K Ultra HD : La Tarentule au ventre noir – Édition Prestige limitée

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La Tarentule au ventre noir – Édition Prestige limitée

Italie, France : 1971
Titre original : La Tarantola dal ventre nero
Réalisation : Paolo Cavara
Scénario : Marcello Danon, Lucille Lukas
Acteurs : Claudine Auger, Barbara Bouchet, Barbara Bach
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 1h38
Genre : Thriller, Giallo
Date de sortie cinéma : 19 juillet 1972
Date de sortie DVD/BR/4K : 17 février 2026

L’inspecteur Tellini est sommé de résoudre une affaire de meurtre particulièrement sordide. Il apprend que la victime, Maria Zani, était la cible d’un maître-chanteur qui menaçait de révéler l’infidélité de la jeune femme à son époux. D’abord soupçonné, ce dernier engage un détective privé pour retrouver la trace de l’extorqueur. C’est alors qu’un nouveau crime survient, au mode opératoire similaire : le tueur paralyse ses victimes féminines à l’aide d’une aiguille d’acupuncture avant de les éventrer…

Le film

[4/5]

La Tarentule au ventre noir surgit des années 70 comme un insecte baroque échappé d’un laboratoire où l’Italie expérimentait autant sur les couleurs que sur les mœurs. 1971 : époque bénie pour le Giallo, où les réalisateurs rivalisent d’audace visuelle, où les actrices portent des vêtements qui semblent avoir été dessinés par des couturiers sous LSD, et où la libération sexuelle s’invite dans chaque plan comme un parfum entêtant. Dans La Tarentule au ventre noir, cette atmosphère se respire dès les premières minutes : les robes fendues, les manteaux de fourrure, les coiffures gonflées comme des nuages menaçants racontent autant l’époque que les meurtres eux-mêmes. Paolo Cavara, souvent éclipsé par Dario Argento ou Sergio Martino dans la mémoire des amateurs du genre, signe pourtant un film qui mérite largement sa place dans la grande ruche du Giallo.

La Tarentule au ventre noir s’appuie sur un concept simple et terrifiant : un tueur paralyse ses victimes avant de les assassiner, les transformant en statues vivantes, prisonnières de leur propre corps. Cette idée, déjà glaçante, devient sous la caméra de Paolo Cavara une métaphore du contrôle, de la domination, de la peur de perdre sa voix dans une société en mutation. Les années 70 voient l’Italie traverser des tensions politiques, des bouleversements sociaux, et le film semble absorber cette nervosité ambiante. Les femmes y sont filmées comme des figures de désir mais aussi de puissance, et leurs vêtements – souvent audacieux, parfois provocants – témoignent d’une époque où la mode était presque un langage d’émancipation. Le film capte cette dualité : beauté et menace, liberté et vulnérabilité. La Tarentule au ventre noir se distingue aussi par sa mise en scène, qui oscille entre élégance clinique et pulsions presque animales. Paolo Cavara utilise la caméra comme une aiguille, piquant, glissant, s’insinuant dans les espaces les plus intimes. Les zooms rapides, typiques du giallo, deviennent ici des morsures visuelles, comme si l’objectif cherchait à imiter la tarentule du titre. Les couleurs saturées, les ombres épaisses, les reflets dans les miroirs composent un ballet visuel où chaque plan semble prêt à bondir, et le cinéaste filme l’intérieur des corps et des esprits avec une précision presque chirurgicale.

La Tarentule au ventre noir repose sur une distribution remarquable. Giancarlo Giannini, encore jeune mais déjà doté d’un regard capable de traverser un mur, incarne un inspecteur mélancolique, presque spectral. Son jeu, tout en retenue, contraste avec l’exubérance visuelle du film. Autour de lui gravitent trois actrices devenues mythiques : Barbara Bouchet (A la recherche du plaisir, La Longue nuit de l’exorcisme, Le Sourire de la Hyène…), Claudine Auger (La Baie sanglante) et Barbara Bach (Le Continent des hommes poissons, Je suis vivant). Chacune apporte une nuance différente à l’univers du film : sensualité, mystère, fragilité. Leur présence, magnifiée par les costumes et la photographie, rappelle que le giallo a souvent été un terrain d’expression pour les femmes, non pas comme simples victimes, mais comme figures complexes, ambivalentes, parfois plus dangereuses que les tueurs eux-mêmes. On soulignera d’ailleurs tout particulièrement la présence de Barbara Bouchet, véritable icône du Bis qui a joué dans tellement de séries B qu’on aurait du mal à toutes les citer ; tout juste pourra-t-on remarquer que si elle a navigué dans la plupart des genres en vogue dans les années 60/70 (giallo, comédie sexy, espionnage, polar…), elle n’a jamais tourné de péplum, au grand dam de ses admirateurs de l’époque, qui scandaient à l’entrée de tous les cinémas de quartier « Bouchet ! A l’arène ! Bouchet ! A l’arène ! ». On murmure également que l’humoriste Manu Levy, grand admirateur de l’actrice, aurait tenté il y a quelques années de monter un spectacle de stand-up avec Barbara Bouchet, mais que les producteurs n’ont pas suivi, arguant qu’un spectacle intitulé « Levy et Bouchet » n’attirerait que des plombiers. Dommage !

Bien évidemment, La Tarentule au ventre noir évoque d’autres œuvres de son époque, notamment au sein du genre très riche du giallo. On pense à L’Oiseau au plumage de cristal pour la précision du suspense, à La Queue du scorpion pour la luxuriance visuelle, ou encore au Venin de la peur pour la manière dont le film explore les angoisses psychologiques d’une société en pleine mutation. Paolo Cavara, pourtant, ne copie personne : il injecte dans son film une sensibilité presque documentaire, héritée de son passé dans le cinéma vérité. Cette hybridation donne au film une texture unique, à la fois stylisée et ancrée dans le réel. De plus, le cinéaste filme les mains, les regards, les respirations, comme autant d’indices d’un monde où la menace peut surgir de n’importe quel recoin. En résumé, La Tarentule au ventre noir reste aujourd’hui un film précieux, non seulement pour les amateurs de giallo, mais pour quiconque s’intéresse à la manière dont le cinéma peut refléter une époque. Le film capture les années 70 avec une intensité rare : ses couleurs, ses vêtements, ses angoisses, ses désirs. Il montre un monde en transformation, où les corps se libèrent mais où les esprits restent hantés. Et surtout, il rappelle que le giallo, derrière ses excès, est un Art du regard : un cinéma qui scrute, qui fouille, qui explore les zones d’ombre. La Tarentule au ventre noir en est l’un des plus beaux exemples.

Le Coffret Blu-ray 4K Ultra HD

[5/5]

Le Blu-ray 4K Ultra HD de La Tarentule au ventre noir, édité par Carlotta Films, constitue le 35ème coffret de la collection « Édition Prestige Limitée » de l’éditeur, et on admettra sans peine que cette édition – uniquement tirée à 2000 exemplaires – mérite pleinement ce qualificatif de prestige. Le packaging, véritable objet de collection, adopte un format boîte cloche d’une élégance rare. Le design est soigné, et l’ensemble respire le soin et la passion : un digipack exclusif accueille le Blu-ray et le disque 4K Ultra HD (Dolby Vision et HDR10), tandis que divers éléments de memorabilia complètent l’expérience. Le fac-similé du guide publicitaire d’époque, six lobby cards au format généreux, un autocollant du titre français et une affiche (38,2 x 53,5 cm) reproduite avec fidélité transforment cette édition en petit musée portatif. Carlotta Films démontre une fois de plus son savoir-faire dans la valorisation du patrimoine, offrant un écrin à la hauteur du film.

Côté image, le transfert de La Tarentule au ventre noir a bénéficié d’une nouvelle restauration 4K qui sublime littéralement le travail de Paolo Cavara. L’étalonnage Dolby Vision / HDR10 apporte une profondeur chromatique impressionnante : les rouges éclatent, les verts deviennent presque toxiques, les ombres gagnent en densité sans jamais écraser les détails. Le tout affiche également une stabilité lumineuse exemplaire, notamment dans les scènes nocturnes où les contrastes jouent un rôle essentiel dans la construction du suspense. Le grain argentique a été respecté, fin, organique, jamais artificiellement lissé. Les gros plans sur les visages – essentiels dans l’Art du giallo – révèlent une texture nouvelle, presque tactile. Les séquences de meurtre, souvent éclairées de manière expressionniste, profitent d’une lisibilité accrue qui renforce leur impact. Côté son, le film nous est proposé en VF et VO dans des mixages DTS-HD Master Audio 1.0. Les deux pistes, en mono d’origine, ont également été restaurées avec un soin évident. La version originale offre une clarté remarquable, mettant en valeur les dialogues et la musique d’Ennio Morricone, dont les cordes stridentes et les chuchotements inquiétants gagnent en présence. La version française, loin d’être en retrait, propose un doublage typique des années 70, chaleureux, précis, et parfaitement cohérent avec l’ambiance du film. Les deux versions se complètent, chacune offrant une manière différente d’aborder l’œuvre : la VO pour la fidélité aux intentions de Paolo Cavara, la VF pour le charme rétro d’une époque où les studios de doublage savaient créer une atmosphère unique.

Côté suppléments, ce Blu-ray 4K Ultra HD de La Tarentule au ventre noir bénéficie naturellement des goodies disponibles au sein du coffret. Sur la galette Katka, on trouvera également deux modules aussi riches que pertinents. On commencera par une passionnante présentation du film par Jean-François Rauger (27 minutes). Le directeur de la programmation à la Cinémathèque française y analyse le giallo comme un rituel visuel où le « comment » prime presque toujours sur le « pourquoi ». Ses propos éclairent la mise en scène de Paolo Cavara, notamment la manière dont le film chorégraphie les meurtres comme des cérémonies macabres. On continuera ensuite avec un entretien avec Barbara Bouchet (10 minutes), dans lequel l’actrice reviendra sur son arrivée en Italie, ses difficultés à jouer dans un environnement multilingue, et son retour en grâce devant la caméra de Martin Scorsese en 2002 dans Gangs of New York – un film dans lequel elle orchestrait son grand retour après vingt ans d‘absence sur les écrans. Son témoignage, sincère et précis, enrichit la compréhension du contexte de production. Enfin, on terminera avec la traditionnelle bande-aannonce. En deux mots comme en cent, cette Édition Prestige limitée de La Tarentule au ventre noir s’impose comme l’une des plus belles restaurations du giallo disponibles aujourd’hui. Carlotta Films offre un objet somptueux, une image splendide, un son respectueux, et des suppléments intelligemment choisis. Un coffret indispensable pour les amateurs du genre.

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