Berlinale 2017 : Corps et âme

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Hongrie, 2017
Titre original : Teströl és lélekröl
Réalisateur :
Scénario : Ildiko Enyedi
Acteurs : , , Schneider Zoltan
Distribution : Le Pacte
Durée : 1h56
Genre : Drame
Date de sortie : 25 octobre 2017

Note : 3,5/5

Pour des raisons purement techniques, nous ignorons le nombre exact de membres de la presse internationale et autres festivaliers chanceux ayant découvert hier ce film hongrois, qui auraient rêvé cette nuit de cerfs en pâture dans des paysages enneigés. Il émane en effet une force suggestive redoutable de , le premier film majeur que nous avons vu cette année au ! La prémisse de deux âmes solitaires, qui peinent à s’accorder dans la vie de tous les jours, alors qu’ils sont d’ores et déjà sur la même longueur d’ondes dans l’univers onirique, aménageait quasiment les pièges dans lesquels le récit aurait pu, voire dû se perdre. Or, grâce à la précision de son observation psychologique à l’œuvre dans cette étrange valse de la séduction maintes fois frustrée et surtout à son regard filmique hors pair, déjà remarqué autrefois lors de sa Caméra d’or à Cannes en 1989 Mon 20ème siècle, la réalisatrice Ildiko Enyedi réussit à nous capter de bout en bout. Son sixième film constitue l’exemple parfait de l’expression d’un talent formel nettement maîtrisé, jumelé à une histoire qui témoigne de la fragilité si délicate des rapports entre hommes et femmes.

Synopsis : Dans un abattoir, le directeur financier Endre est intrigué par l’arrivée d’une jeune employée, la nouvelle contrôleuse de qualité Marika. Elle ne se mêle pas aux autres et ses manières de travail, tout comme sa façon de s’exprimer, laissent supposer une grande rigidité d’esprit et de cœur. A la suite d’un vol dans l’armoire à pharmacie de l’entreprise, la police préconise une évaluation psychologique généralisée. Lors de la question sur les rêves faits par les personnes interrogées la nuit précédant l’entretien, les réponses de Marika et d’Endre présentes de troublantes similitudes.

Combat d’amour en songe

Quand avez-vous vu pour la dernière fois des cerfs au cinéma ? Nous ne parlons pas d’images fugaces et encore moins de documentaires animaliers, mais de cette occasion rare et peut-être même unique de les voir endosser un rôle à part entière, sans que cela ne sonne faux ou enfantin. En dehors de la prouesse technique de créer de telles prises, vecteurs d’une quiétude inouïe, la narration de On Body and Soul les intègre dans le flux du récit avec un naturel désarmant. Une large part de la poésie magistrale du film réside dans la finesse avec laquelle il sait doser ces parenthèses oniriques – qui ne sont par ailleurs dévoilées en tant que telles qu’après une durée notable – sans pour autant en faire un contrepoint démonstratif par rapport aux pauvres bovins, exécutés machinalement et démembrés sans plus de considération dans l’abattoir. La réalisatrice ne recherche point des images choc, qui pourraient épicer artificiellement une intrigue tout en nuances. Elle n’en a aucunement besoin, puisque la tension subtile qui monte progressivement entre les deux amoureux transis se suffit amplement à elle-même.

Conversation entre poivriers

Ce qui nous amène à l’autre point fort de ce film passionnant : la qualité de l’interprétation des deux rôles principaux, soutenue par une distribution de personnages secondaires eux aussi sans faille. Endre et Marika sont des êtres meurtris qui ne savent pas communiquer sans arrières-pensées complexées avec leur entourage, soit. Tandis que l’un a appris à s’accommoder tant soit peu de son bras gauche paralysé, l’autre souffre de troubles du comportement situés quelque part entre l’autisme et les tocs maniaques. Là encore, il aurait été si facile de surcharger le compte sentimental, de faire en sorte que ces handicapés de la vie deviennent des survivants héroïques, grâce au courage que leur aurait inspiré l’amour insoupçonné. Heureusement, il n’en est strictement rien, grâce au jeu en tous points candide de Morcsanyi Geza et de Borbely Alexandra. Ils habitent leurs personnages avec une intensité et un calme à la hauteur du regard joliment ironique que le film porte sur les aspects les plus absurdes et complexes de l’existence humaine.

Conclusion

Ca y est, nous avons trouvé notre premier coup de cœur de cette 67ème Berlinale, qui participe en plus à la compétition officielle ! Espérons donc que le jury de Paul Verhoeven se montrera sensible à la facture subjuguante de ce film hongrois, qui nous fait avant tout regretter que sa réalisatrice Ildiko Enyedi n’ait pas tourné davantage au fil d’une carrière pour le moins décousue. En tout cas, à soixante ans passés, elle n’a nullement perdu la main pour conter de façon sublime et sans la moindre prétention une très belle histoire. On Body and Soul est un film qui va droit au cœur, justement parce qu’il sait simultanément faire appel à l’intelligence du spectateur, ainsi qu’à ses émotions les plus franches.

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