DVD — 10 février 2017
Test Blu-ray : Jodorowsky’s Dune

Jodorowsky’s

 
France, États-Unis : 2013
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Frank Pavich
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h26
Genre : Documentaire
Date de sortie cinéma : 16 mars 2016
Date de sortie DVD/BR : 5 décembre 2016

 

 

Sorti en 1965, « Dune », le livre de , est un succès mondial et devient le livre de science-fiction le plus vendu au monde. En 1975, le producteur français Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky une adaptation très ambitieuse de « Dune », au cinéma. Ce dernier, déjà réalisateur des films cultes « El Topo » et « La Montagne sacrée », accepte. Il rassemble alors ses « guerriers » artistiques, dont Jean (Moebius) Giraud, Dan O’Bannon, Hans-Rudi Giger et qui vont être de toutes les aventures cinématographiques de science-fiction de la fin du siècle (Star Wars, Alien, Blade Runner, Total Recall, etc.). Le casting réunit Mick Jagger, Orson Welles, Salvador Dali, David Carradine ou , mais également son jeune fils , Pink Floyd et Magma acceptent de signer la musique du film… L’équipe de production recherche 5 millions de dollars pour finaliser le budget et se heurte à la peur des studios hollywoodiens qui craignent le tempérament de Jodorowsky… « Jodorowsky’s Dune » retrace l’extraordinaire épopée de ce film fantôme qui devait être « le plus grand film de l’histoire du cinéma » et changer à jamais la face du du 7ème art…

 

 

Le film

[4,5/5]

Jodorowsky’s Dune retrace le récit d’une ambition folle : plus que « simplement » adapter le monument littéraire de Frank Herbert, Alejandro Jodorowsky désirait, au milieu des années 70, signer ce qu’il désignait lui-même comme un « Film-Messie », destiné à élargir la perception du monde qu’avait la jeunesse de l’époque. Plus de quarante ans après les déboires de production qui lui vaudraient un coïtus interruptus après deux ans et demi de préparation fiévreuse (qui incluaient la préparation physique intensive de son propre fils afin d’incarner le rôle de Paul Atréides), le cinéaste revient dans le détail et avec un enthousiasme désespéré sur le mauvais karma qui entourait le film, souvent désigné avec ironie comme « le plus grand film de science-fiction n’ayant jamais vu le jour ».

Malin, Frank Pavich décide donc de reconstituer une partie du projet avec Jodorowsky’s Dune, qui s’articule largement autour des personnalités d’Alejandro Jodorowsky et de Michel Seydoux, producteur du film, mais également autour du « livre du film », énorme pavé reprenant l’intégralité du storyboard de Dune dessiné par Moebius, accompagné des indispensables éléments techniques de cadre et de mise en scène (mouvements de caméra, etc). A ce fil rouge s’ajouteront les interventions de personnalités liées au projet de près ou de loin, ou simplement admiratives du boulot abattu par Jodo et son équipe de « warriors » (il les désignait par ce terme) impliqués dans le tournage à venir. Ce sont donc -entre autres- H.R. Giger, Chris Foss, Brontis Jodorowsky, , , , Diane O’Bannon ou encore Amanda Lear qui évoqueront avec emphase et parfois un certain amusement la démesure du projet Dune.

Au final, il sera presque impossible de ne pas sourire ou de ne pas tomber sous le charme de l’enthousiasme presque mystique du génial Alejandro Jodoroswky, qui s’exprime dans un langage n’appartenant qu’à lui, mélange de différentes langues et d’onomatopées diverses – à force de l’écouter, on finit par se convaincre de l’importance cinématographique majeure qu’aurait pu avoir ce projet avorté s’il n’avait fini dans les limbes du « development hell ». Reste maintenant à voir si un producteur aura un jour les couilles de relancer ce projet monumental à partir des bases du travail du créateur de L’incal ; il n’est même pas sûr que Jodo, qui semble avoir tourné la page malgré une douleur encore vivace, ait l’énergie et la motivation nécessaires pour se relancer dans l’aventure…

 

 

Le coffret Blu-ray

[5/5]

A l’occasion de la sortie en combo Blu-ray + DVD de Jodorowsky’s Dune, Blaq Out se fend d’un objet superbe rendant ses lettres de noblesse à l’appellation « Édition Collector ». Il s’agit d’une édition limitée, proposée dans un imposant coffret, contenant en plus d’un digipack 3 volets un beau livre de 132 pages riche en illustrations, auxquels viennent encore s’ajouter quatre cartes postales et un poster réversible. On a donc entre les mains un véritable et bel objet de collection, mais Blaq Out ne mise pas tout sur la présentation puisque l’éditeur nous a donc rajouté près de trois heures de suppléments sur les DVD et Blu-ray du film.

Côté galette, le Blu-ray du film nous propose une image littéralement impeccable : tournés en numérique, les différents entretiens s’imposent sans peine avec une définition accrue, des couleurs naturelles et des contrastes sans souci. Côté son, et de façon très étonnante, le documentaire est proposé au choix en DTS-HD Master Audio 2.0 ou en DTS-HD Master Audio 5.1, à la spatialisation discrète mais bien réelle, qui profite surtout à la musique de Kurt Stenzel, qui se développe à sa guise sur la scène arrière, l’immersion étant prolongée par un recours fréquent au caisson de basses. Très inhabituel pour un documentaire donc, mais tout à fait plaisant !

Dans la section suppléments, on commencera avec plus d’une heure de scènes coupées, nous rapportant énormément d’anecdotes supplémentaires – on apprend notamment que Charlotte Rampling a refusé un rôle pour le film, ou la conception par Jodorowsky d’une scène de combat assez révolutionnaire, digne des idées les plus barges d’un Tsui Hark, surtout quand on la remet dans le contexte des années 70. On poursuivra ensuite avec une série d’entretiens autour du film. On commence avec une interview de Frank Pavich, réalisateur du film, qui narre ses découvertes concernant la production du film de Jodorowsky et dresse une intéressante note d’intention. On poursuit avec un entretien avec Norman Spinrad, auteur de SF, qui revient non pas sur le film mais sur la création du livre, écrit par son ami Frank Herbert. Numa Sadoul reviendra quant à lui sur la rencontre entre Jodorowsky et Moebius ; enfin, Marc Toullec (ex-rédac chef de Mad Movies) évoquera les tentatives passées d’adaptations au cinéma de quelques classique de la science-fiction – une partie de son intervention sera donc consacrée au projet de Jodorowsky, puis au nanar de David Lynch.

On terminera avec un passionnant documentaire consacré à l’artiste suisse Hans Rudi Giger, et intitulé H.R. Giger : Magicien de l’art fantastique. Probablement moins souffrant à l’époque que durant l’enregistrement de ses interventions pour Jodorowsky’s Dune, Giger s’exprime avec bonhommie sur son Art, en faisant notamment découvrir son musée à Gruyères (Suisse) ainsi que le fameux Giger Bar. Un bonus que chériront littéralement les passionnés de cet artiste disparu en 2014.

Avant de terminer, on se penchera également sur le livre accompagnant le coffret, contenant entre autres un résumé du scénario du film, accompagné de la très intéressante réponse à Frank Herbert, l’auteur du livre, qui avait critiqué ledit scénario. On trouvera également des croquis des artistes Chris Foss et H.R. Giger, un compte-rendu des différents essais d’adaptation de Dune au fil des ans, et un sublime portfolio dans lequel 19 artistes livrent « leur » vision de l’univers de Dune. On trouvera également les biographies des principaux « warriors » de Jodorowsky rattachés au projet…

Une édition purement et simplement indispensable.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles