Vu sur OCS : Le Salaire de la violence

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© 1958 Columbia Pictures / Sony Pictures Releasing France Tous droits réservés

Complexe du fils indigne en perspective dans ce western, qui interroge pas sans habileté quelques codes de la virilité, encore d’actualité dans les années 1950. Le triangle aux doses de testostérone inégalement réparties, composé d’un père autoritaire et de ses deux fils, qui ne ressemble pas du tout à la progéniture qu’il espérait avoir, implose en effet sans ménagement dans . Les grands espaces, où l’opéra de chevaux célèbre généralement l’esprit pionnier, deviennent le terrain miné de reproches familiaux sans espoir de conciliation dans le film de . Ce démontage en règle de tout ce qui faisait autrefois la fierté des pères de la nation américaine nous inciterait presque à tolérer le sexisme et le racisme, à l’œuvre pendant les premières minutes du film, quoique associés au personnage le plus ténébreux de l’intrigue.

, le beau gosse de la génération de vos grands-parents, voire de vos arrière-grands-parents, dont le sourire désarmant faisait son petit effet dans des comédies romantiques des années ’50 et ’60 aujourd’hui largement tombées dans l’oubli, est exceptionnellement autorisé à jouer au dur à cuire sans scrupules ici. Un contre-emploi plutôt réussi, qui vaut de surcroît son pesant d’or, si l’on tient compte de la double vie de l’acteur, jeune premier et gendre idéal dans la vie publique, homosexuel fermement tenu dans le placard en privé. Or, son frère aîné à l’ambition criminelle immodérée, toujours en quête d’occasions afin de se mesurer à son père – un puissant baron fermier dont les mœurs n’ont pas su s’adapter à un style de vie aux angles plus arrondis – , n’est pas vraiment le personnage le plus complexe du film.

© 1958 Columbia Pictures / Sony Pictures Releasing France Tous droits réservés

Son lourd bagage psychologique est en fait à peine moins élaboré que celui de son cadet, la brebis galeuse d’une famille ne jurant que par les armes et une pureté raciale et sociale fâcheusement rétrograde. , le futur chanteur de variété au physique diamétralement opposé à celui de Hunter, s’acquitte assez bien de ce rôle. Son personnage laisse présager l’Amérique de demain, plus ouverte d’esprit et paradoxalement plus adulte que celle qui l’a précédée. Avec en métisse indienne vaguement crédible, il forme le genre de couple qui aurait dû faire la différence. Son existence même restait hélas l’exception à l’époque de la production du film. Ce qui ne signifie guère que ce western, aussi solide que modeste d’un point de vue formel, aurait un quelconque cahier de charges progressiste à défendre.

Car le point crucial du récit est le père, cette figure par essence contradictoire, plus haïe qu’admirée par ses fils. Ceux-ci se montrent moins ingrats qu’étouffés par la stature hors pair de leur paternel. A son tour, le patriarche Hackett a du mal à cacher la déception qu’ils lui inspirent, chacun à sa façon. C’est l’éternelle histoire du relais entre générations qui échoue lamentablement. A cause du père qui ne donne qu’une forme factice de liberté à ses enfants. Et en raison de ces derniers, qui lui rendent mal son éducation maladroite, en mettant trop de temps à s’émanciper. se montre tout à fait à la hauteur de ce personnage plus grand que nature. Son sens du devoir et de l’honneur devra passer par l’épreuve ultime d’un parent, avant de pouvoir prétendre à la rédemption. Un propos étonnamment radical pour une simple production de studio hollywoodien de cette époque-là, sinon globalement acquise au consensus bourgeois !

Patrick Brion, Quentin Tarantino, tout le monde a son mot à dire sur ce western, encore disponible sur le replay d’ jusqu’à demain soir. Pour notre part, on y a surtout apprécié le traitement sans fioriture des frictions familiales, au fil d’une intrigue sachant parfois seulement in extremis mettre en veille sa grandiloquence théâtrale.

© 1958 Columbia Pictures / Sony Pictures Releasing France Tous droits réservés

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