Critique : Vice-versa

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Etats-Unis, 2015
Titre original : Inside out
Réalisateur :
Scénario : Meg LeFauve, Josh Cooley, Pete Docter et Ronaldo Del Carmen
Acteurs : Amy Poehler, Phyllis Smith, Richard Kind
Distribution : Walt Disney Studios
Durée : 1h34
Genre : Animation
Date de sortie : 17 juin 2015

Note : 3,5/5

Alors qu’on la croyait en perte de vitesse, la recette a encore fait mouche avec ce nouveau joyau du cinéma d’animation. Le procédé de trouver un sujet universel et donc accessible à tous, puis de le faire passer par la moulinette de la relecture intelligente et guère iconoclaste propre à l’esprit Disney du nouveau millénaire fonctionne en effet à merveille dans Vice-versa. Rien d’étonnant à cela puisque des émotions conflictuelles, on en connaît tous. Et si ce film s’adresse aussi à un public d’enfants, une bonne partie des spectateurs potentiels a d’ores et déjà traversé cette période épineuse des sautes d’humeur inexplicables qu’est l’adolescence. La maison à la lampe sautillante nous paraît ainsi poursuivre son bonhomme de chemin sur la route de la maturité artistique et thématique. Car cette histoire abandonne plus que jamais le manichéisme voyant, au profit d’un regard sur le monde tourné vers l’avenir et des lendemains qui chantent, quoique nullement oublieux des enseignements à tirer du passé. En somme, le film de Pete Docter constitue une invitation à l’évasion drôlement divertissante, tout en élaborant un schéma sans doute réducteur mais fortement ludique sur les activités cérébrales de chacun d’entre nous !

Synopsis : Joie aurait aimé rester seule au gouvernail des émotions du nourrisson Riley. Mais son émerveillement n’a duré que quelques secondes, jusqu’à ce que Tristesse la rejoigne au quartier général dans la tête de la jeune fille. Les tâches conscientes ont été davantage réparties avec l’arrivée de Peur, Colère et Dégoût. Dès lors, ces responsables de l’état émotionnel de leur hôte font de leur mieux pour que Riley accumule chaque jour un maximum de souvenirs heureux et que sa personnalité grandisse d’une façon maîtrisée. Les choses risquent de se compliquer, lorsque les parents décident de déménager du cadre préservé de la campagne du Minnesota à San Francisco. Joie essaye tant bien que mal de persuader ses collègues que ce changement fera du bien à Riley. Son éjection accidentelle du centre de commandes, aux côtés de la dépressive Tristesse, mettra pourtant l’humeur de l’adolescente sens dessus dessous.

La méthode Pixar

La marge d’inventivité et d’originalité dans le domaine de l’animation filmique se réduit à vue d’œil, à cause de l’explosion du nombre de films produits à travers le monde. D’une maison de production et d’un continent à l’autre, les formules paraissent de plus en plus recyclées et exsangues, tandis que les capacités techniques atteignent des niveaux mirobolants. Contrairement à l’animation asiatique, qui a su préserver tant soit peu l’essence poétique de ce genre d’expression cinématographique, Pixar a tout misé sur la modernité dans le fond et dans la forme, au risque fort hypothétique de paraître démodé d’ici vingt ou trente ans. En attendant, ses meilleurs films peuvent prétendre au titre prestigieux de reflet pointu de la civilisation occidentale en général, et américaine en particulier. Sans oublier que le support pour faire passer ce point de vue doucement moqueur sur les excès de notre époque est l’art suprême de l’écriture scénaristique, dépourvu du moindre accroc mais pas non plus fluide au point de paraître superficiel. L’élément crucial qui décide en fin de compte du succès ou de l’échec d’un film Pixar est à nos yeux l’ingéniosité et la simplicité de la prémisse, puisque le mécanisme de mise en boîte qui lui succède est parfaitement rodé. Ainsi, nous sommes aux anges dans le cas de Vice-versa, alors que , le court-métrage de projeté en amont, nous inspire surtout de la consternation face à tant de niaiserie.

Dans la peau de Riley

Vous l’aurez compris, la joie innocente et naïve a depuis longtemps cédé les manettes dans notre propre tête à une philosophie de vie plus circonspecte. Ce qui ne signifie nullement que nous sommes restés insensibles à l’optimisme sur lequel la narration base malgré tout son raisonnement. Car ce spectacle étonnamment cérébral fait l’impasse sur un volontarisme primaire pour mieux sonder les contradictions inhérentes à l’esprit humain. D’une noirceur exceptionnelle, le propos du film peut sembler si complexe qu’il dépassera les facultés de compréhension des plus jeunes enfants, voire qu’il leur inspirera à son tour des cauchemars peuplés de clowns grand-guignolesques. Ce serait néanmoins le prix juste à payer pour cette leçon magistrale et aux ingrédients parfaitement dosés sur ce qui fait tourner notre cerveau. Le périple dans les méandres de la mémoire que Joie s’impose afin de rétablir la gaieté intrinsèque à la personnalité de Riley risque en effet parfois de n’être qu’une formidable aventure, truffée d’idées ingénieuses comme le faux raccourci à travers la décomposition abstraite. Jusqu’à ce que des bribes de sentiments surviennent subitement pour laisser derrière elles juste ce qu’il faut d’attendrissement pour enraciner ce conte sur des émotions également dans notre ressenti personnel. Toute la maestria de l’usine à rêves Pixar se trouve dans ce mélange hautement astucieux et jamais pédant entre le rire et les larmes, expliqué avec un amour touchant pour le détail au fil d’une intrigue dépourvue du moindre faux pas !

Conclusion

Des réalisateurs aussi chevronnés que Woody Allen et Spike Jonze ont dans le passé tenté de faire pénétrer le spectateur à l’intérieur du corps humain. Or, jamais ce voyage n’a été plus magique et amusant que dans le cas de Vice-versa. Avec en point d’orgue de ses accomplissements considérables, sa volonté manifeste de ne pas toujours donner raison au volontarisme artificiel que Hollywood affectionne tant. Grâce à cette histoire douce-amère, Pixar franchit haut la main une nouvelle étape dans son processus de maturité. Espérons seulement que ce dernier perdure, avant le déclin qui sera tôt ou tard inévitable.

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