Critique : Tournée

0
432

tournée afficheTournée

France, 2010
Titre original : –
Réalisateur : Mathieu Amalric
Scénario : Mathieu Amalric, Philippe Di Folco, Marcelo Novais Teles, Raphaëlle Valbrune
Acteurs : Mathieu Amalric, Miranda Colclasure (Mimi Le Meaux)
Distribution : Le Pacte
Durée : 1h51
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 30 juin 2010

Note : 4/5

Le New Burlesque, un groupe de cinq ‘performeuses’ délurées, s’est trouvé un beau porte-paroles avec Mathieu Amalric qui signait son œuvre la plus accessible, drôle et énergique avec sa quatrième réalisation.

tournée 02

Synopsis : Producteur de télévision parisien à succès, Joachim avait tout plaqué – enfants, amis, ennemis, amours et remords – pour repartir à zéro en Amérique à l’aube de ses quarante ans. Il revient avec une tournée de strip-teaseuses «New Burlesque» à qui il a fait fantasmer la France… Paris !
De port en port, l’humour des numéros et les rondeurs des filles enthousiasment les hommes comme les femmes. Et malgré les hôtels impersonnels, leurs musiques d’ascenseurs et le manque d’argent, les showgirls inventent un monde extravagant de fantaisie, de chaleur et de fêtes. Mais leur rêve d’achever la tournée en apothéose à Paris vole en éclats : la trahison d’un vieil «ami» fait perdre à Joachim la salle qui leur était promise. Un bref aller et retour dans la capitale s’impose, qui rouvre violemment les plaies du passé…

tournée 00

Le New Burlesque, c’est moi

Les cinq danseuses/performeuses (mais n’oublions pas Rocky Roulette) de sa troupe sont très différentes et le regard de ce comédien fétiche de Arnaud Desplechin est respectueux de leur spectacle. Leurs tempéraments sont variés, de la débutante encore mal à l’aise avec son corps, à celle qui aime faire des blagues à des hôtesses de l’air en passant par la plus mélancolique du groupe, Mimi Le Meaux aussi exubérante sur scène que triste en dehors. Elles sont attachantes et leurs numéros sont finalement peu présents dans le film mais suffisamment pour dévoiler leurs talents respectifs.

Miranda Colclasure alias Mimi le Meaux
Miranda Colclasure alias Mimi le Meaux

Ces scènes ont d’ailleurs été tournées lors de vrais spectacles joués pour le film devant de vrais spectateurs. Les chansons entendues sont celles que ces femmes utilisent dans leur numéros et elles ont d’ailleurs tout créé elles-mêmes, mise en scène et costumes. Obtenir les droits de ces chansons ont parfois été compliquées, comme celles de Henry Mancini pour Breakfast at Tiffany’s et l’implication de William Friedkin, un proche de sa veuve s’est avérée déterminante. Une des utilités d’être un méchant face à James Bond.

Angela de Lorenzo alias Evie Lovelle
Angela de Lorenzo alias Evie Lovelle

Mathieu Amalric, justement récompensé du Prix de la mise en scène lors du Festival de Cannes où il a fait un très beau discours de remerciement en rappelant ces débuts d’assistant, raconte le parcours d’êtres qui cherchent à vivre leurs passions et à réaliser leurs rêves et devient enfin ce dont il rêvait lui-même, un vrai cinéaste après des années où il a brillé en tant que comédien. Le sujet était manifestement un sujet en or pour lui et il s’en sort brillamment. Il ne porte pas de jugement, il n’explique pas tout. Un travail d’écriture discret, sur le fil, qui n’élude pas les zones d’ombre mais sans pesanteur.

Suzanne Ramsey alias Kitten on the keys
Suzanne Ramsey alias Kitten on the keys

Pour créer son personnage, il a eu au moins deux modèles. D’abord officieusement Cosmo Vitelli (Ben Gazzara) dans le film Meurtre d’un bookmaker chinois de John Cassavetes (critique) dont il partage le même rapport au monde et au spectacle. Dans ses interviews, il évoque plus directement l’ombre du producteur et distributeur Paolo Branco à qui il destinait ce rôle, car il était inquiet pour son mentor après le suicide du producteur Humbert Balsan (indirectement évoqué dans le film Le Père de mes enfants, voir critique) mais s’est finalement approprié cette figure ambigüe.

Linda Maracini alias Dirty Martini
Linda Maracini alias Dirty Martini

Une mise en scène virevoltante

Mathieu Amalric est vampirisé par ces femmes bien en chair qui assument leurs corps et en font un outil de liberté, liberté qui imprègne ce film et qui le dépasse et au final le tire vers le haut. Sa mise en scène est virevoltante, la caméra tourne brillamment autour d’elles et de Joachim, leur accompagnateur – producteur qu’Amalric interprète avec un mélange de fourberie quant à ses intentions réelles et de sincérité dans son investissement pour trouver le financement et les lieux nécessaires pour permettre à ce voyage d’une douce folie de se poursuivre. Les rapports avec ses fils qu’il ne peut pas voir depuis son divorce sont émouvants et peuvent être rapprochés de ceux du père dans le film Lenny & The Kids des frères Safdie mais son personnage est beaucoup plus attachant alors que Lenny devenait irritant à force d’immaturité trop soulignée. Un beau portrait humain d’un type qui n’aime pas les musiques d’ambiance dans les lieux publics, qui se bourre les poches de sachets de sucres ou de paquets d’allumettes dans les cafés, restaurants et les hôtels mais qui sait aussi être généreux.

Julie Ann Muz
Julie Ann Muz

De très beaux seconds rôles font de courtes apparitions : Anne Benoît drôle et pathétique en caissière de supermarché qui perd son sang-froid face à un rêve vite brisé ou surtout Aurélia Petit en serveuse de station-essence dans un bref échange de séduction avec Amalric où un simple pain au chocolat ramené de Paris pourrait devenir une plus belle preuve d’amour qu’un bouquet de fleurs.

Have Love Will Travel composée par le légendaire Richard Berry et réinterprétée par le groupe The Sonics ouvre le film et le clôt et participe au plaisir éprouvé pendant tout ce film.

Résumé

Un vrai tour de manège pour cette tournée des grandes duchesses, une comédie douce-amère à laquelle on repense régulièrement après l’avoir vu, soignée dans la forme et vraiment divertissante même si tout n’est pas gai dans ce portrait d’un producteur sur le retour qui n’est pas sans évoquer l’indolence de Cosmo Vitelli dans Meurtre d’un bookmaker chinois.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici