Test DVD : Les yeux de Satan

0
410


Etats-Unis : 1972
Titre original : Child’s play
Réalisation :
Scénario : d’après la pièce de
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h36
Genre : Drame
Date de sortie en salles : 29 juin 2005
Date de sortie en combo DVD/BR : 16 mars 2021

Paul Reis vient d’être engagé comme professeur de sport dans un établissement catholique pour garçons. Le jeune enseignant découvre qu’il règne dans la pension une étrange atmosphère. De violents incidents, sans explication rationnelle, éclatent entre les élèves. Deux professeurs de l’établissement semblent être à l’origine de ces débordements violents.

[3.5/5]

Ancien élève de l’établissement catholique Saint-Charles, et pas des plus brillants, Paul Reis vient d’être engagé dans ce pensionnat comme professeur de sport et d’histoire. Ce qu’il découvre dès son arrivée le surprend : une atmosphère délétère avec des phénomènes de violence physique perpétrés sur des élèves isolés par d’autres élèves agissant chaque fois en groupe et, par ailleurs, un énorme antagonisme haineux entre deux professeurs, deux professeurs qu’il a connus en tant qu’étudiant. L’un d’eux, Joe Dobbs, est professeur d’anglais et Directeur des études des étudiants en première année. Professeur dont on ne peut que noter l’attitude bienveillante et sympathique envers ses élèves, c’est lui qui a obtenu l’embauche de Paul, son protégé, de la part de la Direction de l’établissement. L’autre, Jérôme Malley, est professeur de lettres classiques et Directeur des Etudes des étudiants en dernière année, un poste que Joe Dobbs convoite. Malley est un professeur très strict, limite sadique, un professeur qui ne laisse rien passer, quitte à se faire haïr par ses élèves au point d’être surnommé Fouet. Bien qu’ayant l’âge de partir à la retraite, et ayant en plus une mère qui vit avec lui et qui est sur le point de mourir d’un cancer, il s’accroche à son poste, ne serait-ce que pour éviter d’être remplacé par Dobbs. De fait, le concernant, on a vite l’impression que, du fait de sa haine pour Dobbs, qu’il ne fait rien pour cacher, il est devenu complètement paranoïaque, accusant son ennemi de tout faire pour le pousser à partir de l’établissement. De la surprise ressentie par Paul à son arrivée à la recherche de la vérité, il n’y a qu’un pas qu’il franchit très vite : y a-t-il un lien entre les deux phénomènes, cette guerre larvée entre deux professeurs et les violences commises en groupe contre certains élèves ? Pourquoi les élèves qui subissent ces violences semblent-ils les accepter sans réaction de leur part ? Malley est-il vraiment parano, Dobbs est-il vraiment un professeur bienveillant et sympathique ?

est l’adaptation cinématographique de la pièce « Child’s play » (Jeu d’enfant) écrite par et jouée 342 fois à Broadway durant l’année 1970. Le titre original du film reprend d’ailleurs le titre de cette pièce écrite par ce dramaturge peu prolifique et inspirée par l’atmosphère que ce dernier avait connue en tant que professeur de latin et de grec dans une école jésuite de Manhattan. Le film de n’a pas rencontré un grand succès lors de sa sortie, probablement du fait de sa complexité et des nombreuses interprétations contradictoires qu’il peut susciter. Par la faute du titre choisi sans aucune bonne raison dans notre pays et sous prétexte qu’on entend dans Les yeux de Satan un prêtre, le père Penny, parler d’une présence satanique au sein de l’établissement Saint-Charles, certains y voient un film fantastique s’inscrivant, comme L’exorciste (1973), dans la mouvance des films mettant le diable au premier plan, à la suite du Rosemary’s Baby de Polanski (1968). Même si fait de louables efforts au niveau du son et de la musique pour entraîner le spectateur dans cette voie, cette interprétation tient difficilement la route, d’autant plus que le père Penny, personnage alcoolique dans la pièce, est présenté dans le film comme un personnage difficile à prendre au sérieux. Non, est totalement exempt de phénomènes surnaturels, et, par les violences qu’il montre, faites par des groupes de jeunes gens sur des individus isolés, ce film s’avère au contraire très réaliste et, malheureusement, tout à fait en phase avec l’actualité du moment, la seule différence étant qu’aujourd’hui, le harcèlement, qui n’a rien de surnaturel, dont sont victimes certain jeunes et qui peut aller jusqu’à d’extrêmes violences, se construit le plus souvent en interne, sur les réseaux sociaux. En fait, dans ce film, reprend un thème qui lui est cher : la stigmatisation de la manipulation des masses et de la dictature de groupe. Tellement cher, qu’il arrive à faire croire que le réalisateur, en montrant de façon négative des élèves qui s’élèvent contre l’autorité, fustige la partie très importante en nombre de la jeunesse américaine qui, au même moment, au début des années 70, proteste contre la guerre au Vietnam. Etonnant de la part d’un réalisateur qui a toujours été considéré comme étant un homme de gauche attaché aux idéaux démocratiques ? Peut-être pas ! Peut-être était-il d’une grande lucidité au point de pressentir le glissement progressif de nombreux hippies pacifistes vers la « yuppisation » des années 80.

Il est regrettable que ce film de soit souvent considéré comme une œuvre mineure, ne serait-ce que pour la qualité de l’interprétation : un très grand magnifique mélange d’extrême sévérité et de vulnérabilité dans le rôle de Jérôme Malley, , ambigu à souhait dans celui de Joe Dobbs, et , interprétant Paul Reis, l’« innocent » qui cherche à comprendre.

Le DVD

[4/5]

Cela devient une (bonne) habitude pour Rimini Editions : sortir en combo DVD/BR les éditions ou les rééditions des films du passé que cette société propose. Même si la qualité de l’image offerte sur un DVD ne peut pas avoir la quasi-perfection de celle d’un Blu-ray, le spectateur disposera sur d’une très belle image quand bien même il n’a pas la possibilité matérielle de visionner la galette Blu-ray. Le son, disponible en VF et en VO, avec ou sans sous-titres, est proposé dans les deux cas en Dolby Digital 2.0. Une remarque en passant : à l’époque de la sortie du film, le doublage en français était beaucoup plus « fréquentable » que celui des films d’aujourd’hui.

Un seul supplément accompagne le film mais il est riche et intéressant : une analyse de de 32 minutes par Michel Cieutat, critique de cinéma dans la revue Positif. Même si son interprétation du film est différente de la nôtre, ce supplément enrichit notre connaissance de ce grand réalisateur qu’était .

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici