Test Blu-ray : Traîné sur le bitume

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États-Unis, Canada : 2018
Titre original : Dragged across concrete
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 2h39
Genre : Policier, Thriller
Date de sortie DVD/BR : 3 août 2019

 

Deux enquêteurs sont suspendus après une arrestation trop musclée. A court d’argent et confrontés à des problèmes personnels, ils décident de doubler des braqueurs de banque pour leur subtiliser leur butin. Mais rien ne va pas se passer comme prévu…

 


 

Le film

[5/5]

Et si le meilleur film de 2019 n’était – à nouveau – pas sorti dans les salles obscures ? Puissant, immersif, drôle, émouvant, slalomant entre les ruptures de ton tout en gardant une homogénéité remarquable et affichant une photo littéralement sublime, ressemble bien à ce qui se fait de mieux en matière de cinéma de nos jours. Et d’une façon assez paradoxale, le film n’est pas sorti en salles. Il faut dire aussi que le scénariste / réalisateur ne signe pas de films adaptés au « grand public ». Le cinéaste met en effet en scène des personnages masculins « à l’ancienne », à la Sam Peckinpah, de vrais mecs caractérisés en l’espace de quelques séquences par des dialogues durs et un comportement qui pourra, à notre époque, volontiers passer pour réactionnaire, voire même volontiers tourné vers le passé. Cette confrontation entre une certaine vision de la société et des rapports entre êtres humains est d’ailleurs au centre de , dans le sens où ses deux personnages principaux sont écartés des services de police à cause d’un jugement moral émis de la part des médias de masse. La charge à l’encontre des journalistes et des réseaux sociaux, garants d’une moralité douteuse écartée de toute notion de contexte ou de réalité, est donc au centre du film de Zahler, qui prendra bien sûr des allures de « Néo-Noir » d’autant plus flagrantes que l’intrigue pourrait finalement être transposée à n’importe quelle époque sans le moindre problème.

, c’est aussi bien sûr une violence brutale et cruelle explosant périodiquement à l’écran, qui pourra provoquer un « rejet » quasi-épidermique chez certains spectateurs. Bien que la violence ne soit pas aussi présente dans ce polar hardcore que dans (qui revisitait les codes du western et du film de cannibales) et dans Section 99 – Quartier Haute Sécurité (qui s’attachait quant à lui au film de prison en flirtant avec la « Nazisploitation »), conserve néanmoins également cette fascination pour les corps démembrés ou réduits à l’état d’épaves fumantes, tout autant que pour les personnages qu’un certain code de l’honneur amène à se mettre en danger de la plus périlleuse des manières, comme s’ils s’offraient en sacrifice alors que l’issue semble clairement inéluctable.

Et s’il bifurque d’un genre à l’autre avec tant d’aisance, c’est peut-être tout simplement parce que est un touche-à-tout multipliant les casquettes : romancier, réalisateur, scénariste, directeur de la photographie, compositeur et musicien, l’animal a plusieurs cordes à son arc – les titres de soul music composés par ses soins pour Section 99 – Quartier Haute Sécurité et sont d’ailleurs très étonnants, dans l’esprit des plus grands titres produits aux Etats-Unis dans les années 70. S’attachant énormément à développer des personnages réalistes et attachants, il signe ici un polar poisseux qui, comme ses films précédents, s’intéresse aux laissés pour compte du rêve américain et développe une intrigue aux limites de la morale, au cœur de laquelle les deux personnages principaux décident de risquer le tout pour le tout, même si le prix à payer est lourd – tout simplement parce que chez Zahler le crime paie, et qu’il s’agit du seul moyen de s’en sortir. Ridgeman, incarné par un monumental, résume la situation dans un puissant monologue à mi-métrage : coincé au même grade depuis ses 27 ans, il s’avère incapable malgré ses états de service de gagner assez d’argent pour améliorer la vie de sa famille et essaie juste de joindre les deux bouts…

« For a lot of years I believed that the quality of my work, what we do together, what I did with my previous partners… would get me what I deserved. But I don’t politic and I don’t change with the times, and it turns out that shit’s more important than good honest work. So yesterday, after we stop a massive among of drugs from getting into the school system, we get suspended because we didn’t do it politely. »

A la recherche d’argent facile, Ridgeman et Lurasetti (, impeccable) décident de « racketter » un truand local, mais se retrouvent finalement sans le savoir au cœur d’un braquage de haut vol. Aux côtés de et , on trouvera plusieurs autres personnages, auxquels Zahler parvient à donner une réelle identité et un caractère propre, même dans le cas de personnages très secondaires, tels que ceux incarnés par , , ou (des habitués du cinéaste) qui parviennent – surtout dans le cas de Carpenter – à donner un contrepoint « humain » à la fois terrifiant et très intéressant sur les événements qui se déroulent à l’écran, et qui sont le plus souvent suivis du point de vue de Ridgeman, froid, distancié et déterminé.

Alors bien sûr, si vous vous attendez à un déferlement de scènes choc et de violence décomplexée, vous en serez pour vos frais : à l’image des autres films de , est un film à démarrage lent, un « diesel » qui prend le temps d’installer son intrigue et ses personnages mais qui proposera un troisième acte beaucoup plus riche en rebondissements et en action. La durée du film est d’ailleurs assez imposante (2h40), mais le film ne provoquera jamais le moindre ennui chez le spectateur – l’intrigue avance à son rythme vers un point culminant d’une quarantaine de minutes, qui y perdra un peu en théâtralité pour affirmer au final une vraie et solide identité cinématographique. Du lourd, du rugueux et, surtout, de l’indispensable.

 

 

Le Blu-ray

[4,5/5]

Très attendu par les fans français de et ceux de , arrive enfin sur support Blu-ray en France, sous les couleurs de . Le transfert du film est assez sublime : la définition est d’une précision à couper le souffle, nous offrant un piqué et un niveau de détail réellement impressionnants, qui contribuent à mettre en valeur la photo du film signée Benji Bakshi. Les couleurs et surtout les noirs ne dépareillent pas (c’est important si l’on considère que toute la dernière partie du film se déroule de nuit), et contribuent à proposer une immersion totale au cœur du film. Un beau Blu-ray, assurément. Côté son, et comme d’habitude avec l’éditeur, VF et VO sont proposées dans des mixages DTS-HD Master Audio 5.1 qui font le djaube sans souci et prendront vraiment toute leur ampleur durant le dernier tiers, très fourni en termes de fusillades et d’effets multicanaux littéralement tonitruants. Même si bien sûr la VF est très soignée, et que est doublé par Jacques Frantz (voix française de Mel, mais également de Robert De Niro, John Goodman ou Steve Martin), on privilégiera plutôt la version originale à sa petite sœur la VF, juste pour le plaisir de savourer la finesse des dialogues écrits par Zahler.

Rayon suppléments, on ouvrira le bal avec un making of divisé en trois parties, et dressant en environ 40 minutes un portrait de et de ses méthodes de travail : sa façon d’écrire, son rapport aux acteurs, le fait de travailler en indépendant… Un focus tout particulier sera également fait sur sa vision de la photo, du montage et de la musique avec des interventions de ses collaborateurs réguliers Benji Bakshi, Greg D’Auria et Jeff Herriott. C’est passionnant, très complet, et l’ensemble transpire la passion et la modestie. En revanche, comme l’annonce un panneau en préambule de la première partie, il convient plutôt de visionner ce making of après avoir vu le film, car certains éléments-clés de l’intrigue y sont révélés. On aura ensuite droit à une featurette consacrée à la « morale » dans les films de , qui complètera et approfondira certains des propos déjà tenus dans le making of sur la difficulté de produire un film à Hollywood ne rentrant pas dans le moule moral, social et culturel. On terminera ensuite avec la traditionnelle sélection de bandes-annonces éditeur, naturellement consacrée ici au genre « polar ».

 

 

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