Blu-ray Blu-ray, DVD, livres — 11 janvier 2020
Test Blu-ray : Nous sommes tous des assassins

 
France, Italie : 1952
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : André Cayatte,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h55
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 2 mai 1952
Date de sortie DVD/BR : 20 novembre 2019

 

René Le Guen est un jeune dévoyé sans instruction ni morale. Ancien résistant, ses missions l’ont amené à tuer et la guerre finie, sa folie meurtrière se poursuit. Condamné à mort pour plusieurs crimes, il attend de longs mois son exécution aux côtés d’autres criminels destinés également à monter sur l’échafaud…

 


 

Le film

[5/5]

Faisant partie du « cycle judiciaire » (1950-1955) de la carrière d’Andé Cayatte, Nous sommes tous des assassins est un réquisitoire contre la peine de mort d’une modernité impressionnante. S’il fallait juste un élément pour nous en convaincre, rappelons-nous que la peine capitale n’a été abolie en France qu’en 1981, soit presque trente ans après la sortie du film sur les écrans. « Au dessus du jury,des magistrats, qu’un seul homme puisse tout remettre en question… N’est-ce pas l’aveu qu’on est pas tellement sûr d’avoir bien jugé ? » demande ainsi le personnage incarné par Antoine Balpêtré à la veille de son exécution, alors qu’on évoque une hypothétique grâce présidentielle.

Film à thèse, fustigeant avec un cynisme redoutable l’hypocrisie de la justice (et des avocats – on pense à la famille du personnage interprété par Claude Laydu, qui voit dans un triple homicide une formidable opportunité d’évolution de carrière) autant que de l’attitude de certains membres l’église par rapport à la peine capitale, le film regorge de petits détails montrant l’absurdité – et même la cruauté – du système. « Moi le type que j’ai descendu je l’ai pas tenu des mois au bout de mon revolver » se lamente ainsi le personnage du condamné corse interprété par Raymond Pellegrin, dans l’angoisse de son exécution depuis des mois. Nous sommes tous des assassins s’avère un film « choral » extrêmement riche en personnages et en sous-intrigues : malgré la multiplication de saynètes, chacune d’entre-elles s’avère pourtant passionnante, profondément humaine, et ne verse jamais dans le manichéisme primaire. Et si l’intrigue bifurque volontiers occasionnellement de l’un à l’autre des nombreux protagonistes du récit, on en revient finalement toujours au cas du personnage central, René Le Guen, interprété par Marcel Mouloudji.

La grande force du film de Cayatte est de nous présenter durant la première demi-heure de métrage un « innocent », qui s’avère bel et bien coupable des multiples meurtres dont on l’accuse, mais innocent dans le sens où il s’agit d’un simple d’esprit, n’ayant pas le bagage intellectuel suffisant pour faire la distinction entre le bien et le mal. Enrôlé par hasard dans la résistance durant la Deuxième Guerre Mondiale suite à sa participation crapuleuse et intéressée à la dissimulation d‘un crime, on lui apprendra à tuer et déjà durant la guerre, ses meurtres d’officiers nazis occasionneront la mort de plusieurs dizaines d’otages en représailles. Lui se contente d’obéir aux ordres, de tuer quand on lui dit de tuer, et à la libération, la confusion dans son esprit sera telle qu’il ne s’arrêtera plus de tuer. Comme durant la guerre, les armes dont il dispose sont le seul moyen pour lui de se sortir de la misère et de s’assurer d’avoir toujours à manger sur la table, du pinard dans son verre et, à l’occasion, de pouvoir s’offrir les services d’une prostituée.

A la sortie du film en 1952, certains critiques – dont François Mauriac – ont reproché à André Cayatte de mettre en avant une idée de déterminisme social qui dédouanerait en quelque sorte le personnage de Le Guen. Il nous semble au contraire que le naturalisme en marche au cœur de cette description des agissements de Mouloudji n’atténue ou ne pardonne en rien les dérives de son comportement asocial : il s’agit juste du constat, froid et clinique, de sa perte de contrôle, de sa plongée progressive dans la folie criminelle. Servi par un casting aux petits oignons, par un scénario intelligent et surtout par les dialogues extraordinaires signés Charles Spaak, Nous sommes tous des assassins s’avère également un petit prodige de mise en scène, jouant habilement d’une distance dans un sens très théâtrale et sur la notion d’attente(s), multipliant les ruptures de ton et les moments de bravoure – on pense par exemple à la minutie avec laquelle Cayatte décrit l’angoissant cérémonial précédant les exécutions capitales…

Aussi courageux qu’efficace, Nous sommes tous des assassins demeure, presque 70 ans après sa sortie dans les salles, un véritable chef d’œuvre, d’une modernité étonnante, doublé d’un vibrant plaidoyer contre la peine de mort. Le film a par ailleurs obtenu le Prix spécial du Jury au Festival de Cannes en 1952.

 

 

Le Blu-ray

[4,5/5]

Disponible chez Gaumont au sein de la trentième vague de sa collection « » (aussi appelée ), Nous sommes tous des assassins s’offre donc un lifting Haute-Définition sur galette Blu-ray, et comme à son habitude, l’éditeur a soigné sa copie, techniquement impeccable : le film est présenté au format 1.37 d’origine respecté, en 1080p, et bénéficie donc, à l’image des autres titres disponibles au cœur de la collection depuis quelques années, d’une impressionnante cure de jouvence. Le piqué est d’une précision extraordinaire, les contrastes sont soignés et surtout, le grain cinéma a été scrupuleusement préservé : de quoi apprécier à sa juste valeur le travail sur la photo effectué par Jean Bourgoin (Mon oncle). On ajoutera que l’ensemble s’avère d’une propreté et d’une stabilité étonnante : c’est littéralement impeccable. Côté son, le film est proposé dans un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, qui s’impose comme clair et toujours parfaitement net, sans la moindre saturation ou la moindre pétouille sonore à déplorer.

Du côté des bonus, l’éditeur nous propose un très intéressant entretien avec Noël Herpe (25 minutes), qui remettra avec talent le film dans son contexte de tournage tout autant qu’au sein de la carrière d’André Cayatte. Il évoquera sans langue de bois les aspects positifs et négatifs du métrage, déclarant sans ambages avoir quelques réserves vis-à-vis de Nous sommes tous des assassins : le critique et historien du cinéma déclare préférer Justice est faite (1950) ou encore Œil pour œil (1957), qu’il considère comme le chef d’œuvre de Cayatte. Il abordera néanmoins avec grand soin tous les aspects du film. On terminera le tour des suppléments avec la traditionnelle bande-annonce, qui s’accompagnera d’un édifiant sujet consacré à la restauration du film, sur le modèle toujours payant du « avant / après ».

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles

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